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L’alimentation des personnes âgées avec Docteur Jean Claude Houdret

L’alimentation des personnes âgées

Depuis longtemps, je m’occupe des problèmes d’alimentation pour tous et, en particulier,

pour les personnes âgées. Depuis quelques années et, en particulier, depuis la canicule de

2003 on a l’impression que l’opinion publique s’est intéressée davantage à l’alimentation

des seniors. Ceci est dû à la forte mortalité qui a accompagné cet épisode caniculaire qui

n’était que peu de choses à côté de la grande canicule de 1976. Cette année-là de début

mai à fin septembre le thermomètre est resté aux alentours de 35° de jour comme de nuit,

sans pluie, sauf quelques orages, et sans vent.

Ceux qui ont de la mémoire se souviennent des incendies, de la pénurie de foin pour le

bétail et de l’envolée des prix alimentaires mais on ne souvient pas d’une hécatombe de

vieillards car il n’y en a pas eu vraiment.

Pourquoi ?

En 2003, les températures ont oscillés entre 30° et 40° de juin à août provoquant 70.000

morts en Europe dont 20.000 en France.

Pourquoi cette différence entre 1976 et 2003 ?

En 27 ans, le monde a changé. Les habitudes familiales ont évolués et les personnes âgées

qui traditionnellement restaient chez elles, aidées par leurs enfants, sont désormais, en

grande partie, dans des maisons de retraite à la merci non plus de la famille mais

d’employés parfois débordés.

Quoiqu’il en soit on a tiré de cet épisode la conclusion qu’une hydratation importante en

cas de fortes chaleurs et une alimentation équilibrée dans tous les cas étaient

indispensable pour augmenter les chances de survie des personnes âgées.

L’alimentation spécifique de cette catégorie de population constitue un problème de santé

publique car aujourd’hui les baby-boomers de 75 ans ne sont que l’avant-garde de masses

de personnes âgées dont l’espérance de vie ne cesse de grandir.

Bientôt les vieillards constitueront la majorité de la population, il est donc indispensable

de les garder en forme et en bonne santé aussi longtemps que possible si l’État ne veut pas

s’écrouler sous les charges de santé.

Pour rester en bonne santé, il faut bien manger, bien boire et avoir une activité le plus

longtemps possible. Les plus vulnérables sont certainement les veufs qui, ayant mis en

terre leur conjointe, se trouvent confrontés aux problèmes de l’alimentation auquels ils ne

connaissent en général rien du tout. Ils sont suivis par les veuves et les ex-mères

célibataires qui, l’âge venant, se retrouvent souvent complètement démotivées de faire de

la cuisine pour elles seules.

Ces personnes isolées ont souvent pour habitude de ne plus se mettre à table mais de

manger un morceau de n’importe quoi (pain, chocolat, saucisson, fromage, etc…) ou, dans

le meilleur des cas, un plat surgelé passé au micro-onde. Il est bien entendu que si une

personne âgée mange généralement moins qu’un jeune, il faut malgré tout qu’elle

continue à consommer régulièrement un peu de viande et de poisson, à prendre

régulièrement quelques produits laitiers et à consommer habituellement du pain et des

féculents en quantité très raisonnable. Contrairement à une légende, les œufs, s’ils sont

frais et pris en quantité raisonnable (2 à 3 par semaine), ne sont pas du tout mauvais pour

le foie.

Souvent en vieillissant la sensation de goût s’atténue et, parfois, les personnes ont

tendance à forcer sur le sel pour améliorer l’appétence. C’est une erreur, surtout en cas

d’hypertension artérielle ou de rétention d’eau, mais la suppression du sel est aussi une

erreur si elle n’est pas médicalement justifiée. En tout cas, il faut utiliser largement les

aromates (curcuma, paprika, etc.) ainsi que l’ail, l’oignon, l’échalote… L’usage d’huiles et

de vinaigres aromatisés peut aussi contribuer à gagner du goût et à stimuler l’appétit. De

même, l’usage de produits sucrants sans sucres comme la stévia ou l’isomalt, etc. peut

permettre de donner de l’appétit pour les desserts tout en limitant les dégâts.

 

« Manger 5 fruits et légumes par jour ». Certes l’intention est bonne mais, nos petits vieux

nourris par la cuisine de la maison de retraite qui fait une tambouille collective pour 200

personnes servies à 11h du matin et à 5h30 du soir pour ménager les horaires du personnel,

a-t- elle des fruits et des légumes frais à distribuer ? Les « pensionnaires » ont-ils un budget

qui leur permettent d’acheter 4 ou 5 kilos de pêches par mois à 3,50€ et de toute façon

qui va aller les acheter et les apporter ? Sûrement pas les enfants qui viennent une fois par

mois pour les plus chanceux !

« Ne pas grignoter entre les repas ». Oui bien sûr mais que faire quand l’ennui vous ronge

et que la faim se réveille car on n’a pas mangé le repas communautaire (pas bon, pas assez

chaud, trop tôt, pas de dents pour manger la viande, etc…) ? C’est facile de tirer de son

sac une madeleine et/ou un chocolat…

« Ne manger pas trop gras, trop sucré, trop salé ». Oui, oui mais quand vous mangez la

bouffe collective souvent fournie par Sodexo, vous mangez ce qu’on vous donne, gras,

salé, sucré ou pas !

Si d’aventure on voulait réellement faire passer aux personnes âgées le message de rester

actif et chez eux le plus longtemps possible, de continuer à manger un peu de tout, de ne

pas oublier de boire de l’eau et un peu de vin rouge de temps en temps, de s’arranger

avec sa famille, ses voisins et les gens qu’on aime pour ne pas être abandonné, je

conseillerai de procéder de la façon suivante :

- Diffuser largement par la télévision des reportages sur des personnes âgées qui

continuent à avoir une activité sociale et de relation tout en restant chez eux entourés

d’affection et d’amour.

- Des comédiens, des chanteurs, des sportifs, etc… âgés peuvent être les

médiateurs nécessaire pour diffuser largement le message que les vieux doivent être une

richesse et non une charge et que la société doit retrouver bon sens et dignité en

n’envoyant pas ses anciens finir leurs jours dans des maisons de retraite. Imaginez-vous

Johnny Hallyday, Michel Drucker et Roman Polanski en pyjama en train de dîner vers

18h30 ?

Le vrai problème est un problème de société. Pendant 2000 ans, la société a été plus ou

moins basée sur le respect des vieux et en tout cas l’obligation de leurs prises en charge

par la famille. Depuis environ 70 ans, la situation a dérivé vers un individualisme forcené

avec une recherche éperdue du plaisir immédiat ce qui entraîne l’éloignement voire la

suppression de tout ce qui est gênant et en particulier de l’obligation morale de s’occuper

des vieux.

Généralement les messages publicitaires de l’alimentation industrielle s’adressent aux gros

consommateurs c’est-à- dire à la jeunesse insouciante dont on sait bien qu’elle ne tiendra

aucun compte des messages de modération « Ne manger pas trop gras, trop sucré, trop

salé » que souvent elle ne sait pas lire !

Il est probable que l’industrie alimentaire considère que vis-à- vis des personnes âgées les

jeux sont faits depuis longtemps et que leurs goûts et leurs habitudes les rendent

imperméables à la majorité de la publicité. Il n’y a que par l’amélioration de la praticité

de l’usage de l’alimentation que l’industrie alimentaire peut détourner vers elle

d’habituels consommateurs de navets, de pommes de terre et de carottes !

Pour terminer sur une note chaleureuse, nous approchons de la période la plus chaude de

l’année et je ne saurai trop recommander à nos petits vieux de rester au frais, de boire

frais, d’être dans des endroits ventilés et/ou climatisés et de dormir au frais avec ou sans

ventilateur ou climatiseur.

 

Docteur Jean Claude Houdret

Santé du Monde