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Capricieux et éprouvant, l’asthme confronte à un défi majeur: comprendre ses symptômes pour pouvoir les dompter en toutes circonstances.

ASTHME: UNE TOUX À NE PAS MINIMISER

 

Capricieux et éprouvant, l’asthme confronte à un défi majeur: comprendre ses symptômes pour pouvoir les dompter en toutes circonstances.

En Suisse, 45 000 personnes souffrent d’asthme, soit 7% de la population. Derrière ces chiffres, des réalités très diverses. Le spectre est en effet large, entre les asthmatiques qui ne connaissent que des crises passagères – dans des circonstances particulières –, et les cas les plus sévères, contraignant à une vigilance de tous les instants et à des traitements quotidiens.

Dans tous les cas, un seul et même problème: des bronches hyper-réactives sujettes à une inflammation excessive dès lors qu’elles sont sollicitées par un effort physique, agressées par le froid ou l’humidité, ou encore confrontées à des allergènes ou des agents irritants, comme la pollution ou la fumée de cigarette. La muqueuse tapissant les bronches rougit et gonfle, les muscles bronchiques se contractent, le tout réduit le passage de l’air provenant de la bouche et du nez et se dirigeant vers les poumons. C’est à ce moment que toux et sensation d’oppression surviennent.

«ASTHME DU NOURRISSON»: VRAIMENT?

Il est 23 h, bébé commence à tousser, manifester une gêne respiratoire, laisser entendre un sifflement en respirant. Autant d’indices annonciateurs d’une période chaotique qui va sans doute durer deux à trois semaines, malmenant les nuits et contraignant à prendre, ou reprendre, un traitement alliant bronchodilatateurs et corticoïdes inhalés. La cause de ces troubles? On l’a longtemps appelé «asthme du nourrisson», à tort. Et pour cause, car il n’existe pas à ce jour de consensus ou d’outil spécifique permettant de confirmer un diagnostic d’asthme chez un enfant de moins de 3 ans. Cependant, la répétition au moins trois fois depuis la naissance de tels épisodes, en particulier la nuit, nécessite une consultation chez un spécialiste. Certains éléments prédisposent au problème ou aggravent les symptômes: l’exposition à la fumée, une naissance prématurée, la présence d’asthme, d’eczéma ou de rhinite allergique dans la famille, et la présence de chiens, de chats ou d’acariens. Mais la Société suisse de pédiatrie insiste sur un fait: l’importance de ne pas coller une étiquette d’«asthme» aux jeunes enfants. La raison: beaucoup d’entre eux ne feront plus de tels épisodes par la suite.

Prise en charge le plus tôt possible

Ce qui rend un asthme plus ou moins sévère? «Ses composantes individuelles, dont certains aspects restent à éclaircir, précise le Dr Christophe Uldry, médecin-chef au Service de pneumologie du Groupement hospitalier de l’Ouest lémanique, à Rolle. Mais aussi, et en grande partie, la façon dont il est pris en charge – idéalement le plus tôt possible – et traité.» Or l’asthme est une maladie courante mais souffrant souvent soit d’un défaut de diagnostic – les patients minimisant leur toux et s’habituant à des quintes qui n’ont rien de normal –, soit d’une surévaluation pour des personnes se disant asthmatiques alors qu’elles ne le sont pas du tout. Le diagnostic pour être fixé est assez simple et conseillé pour toutes les toux sèches survenant régulièrement et sans cause apparente. Il peut être posé dès l’âge de 6 ans en moyenne. Avant, les conclusions sont plus délicates (lire encadré). Trois étapes permettent de conclure à un cas d’asthme avéré. La première va chercher les indices concrets de la maladie: toux sèche, essoufflement anormal au quotidien, présence d’un sifflement audible en consultation ou lors des crises, et caractère variable des quintes, selon les moments du jour ou de la nuit, la saison, la météorologie, les infections virales. Si plusieurs de ces critères sont réunis, place à la seconde étape: la spirométrie. L’examen, généralement réalisé par un pneumologue, consiste à souffler dans un appareil capable de mesurer les phases d’inspiration et d’expiration. En ligne de mire de l’exploration: la vitesse d’expiration, puisque celle-ci est directement affectée en cas d’asthme. Vient alors la troisième étape: le test du caractère réversible des symptômes. Le problème étant directement lié à une inflammation des bronches, en cas d’asthme avéré, la prescription sur quelques semaines d’un traitement susceptible de calmer cet embrasement doit permettre une amélioration.

Encore 150 décès par an

Ce n’est qu’à l’issue de ces investigations que l’asthme peut être confirmé. La suite? «Pour les cas les plus légers, les crises et gênes passagères peuvent être parfaitement gérées par un traitement de réserve, à base d’un bronchodilatateur dit “à courte durée d’action”, le Ventolin, indique le pneumologue. L’asthme est dit “sous contrôle” quand la personne ne tousse ni la journée, ni la nuit, mène une vie normale et a besoin du Ventolin un maximum de deux fois par semaine, en cas d’effort ou de conditions particulières.»

Mais l’asthme ne se maîtrise pas toujours si facilement. «Un traitement de fond à base de corticoïdes inhalés peut être nécessaire, seul ou en association avec un bronchodilatateur dit “à longue durée d’action”, pour quelques semaines ou à long terme, poursuit le Dr Uldry. Les cas les plus sévères nécessitent en plus la prise de cortisone par voie orale, voire des traitements plus complexes, faisant par exemple intervenir des anti-anticorps contre les allergènes causant certains asthmes.»

Pour autant, la Suisse déplore encore quelque 150 décès par an dus à l’asthme. La raison? «Cela reste une maladie chronique potentiellement grave, souligne le spécialiste. Les décès en soins intensifs sont rares puisque nous avons a priori tous les moyens à disposition pour gérer les crises sévères, mais si celles-ci surviennent au domicile, et qu’elles sont minimisées, elles peuvent aller jusqu’au point de non-retour et la mort par asphyxie. Le moindre signe de détresse respiratoire ou de grand essoufflement justifie un appel au 144.»

ALLIES ET ENNEMIS

Poils de chat pour les uns, humidité pour les autres: chaque asthmatique a ses bêtes noires. Mais certains facteurs semblent plus universels, en termes de protection ou de déclenchement de l’asthme. Coup de projecteur sur certains d’entre eux avec le Dr Christophe Uldry, médecin-chef au Service de pneumologie du Groupement hospitalier de l’Ouest lémanique, à Rolle.

Protecteurs (très) probables

L’allaitement maternel, l’activité physique et la consommation régulière d’aliments riches en fibres dites «solubles», à trouver dans le pain de seigle ou de son d’avoine, les carottes, asperges, courgettes, oranges, pêches, entre autres. Ces fibres protégeraient ou limiteraient l’ampleur de l’asthme.

Environnement hostile

Tabagisme (actif ou passif) et pollution atmosphérique font partie des facteurs aggravant l’asthme et susceptibles aussi de favoriser son apparition. A noter que les trois premières années de vie, y compris la vie in utero, sont des périodes où les bronches en formation sont particulièrement vulnérables face à ces agents toxiques. Preuve d’une implication tant génétique qu’environnementale: une surprenante étude australienne a montré un risque accru d’asthme chez les enfants dont la grand-mère était fumeuse pendant qu’elle était enceinte de leur mère.

Ennemi sournois

L’obésité: son action serait doublement néfaste. Oppressante pour les bronches pour des raisons purement mécaniques de pression, mais également à l’origine de processus biologiques aggravant l’asthme.

Santé du Monde