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Le chocolat, réputé bon pour le cœur, pourrait aussi réduire indirectement le risque d'attaque cérébrale.

DU CHOCOLAT CONTRE UN TROUBLE MAJEUR DU RYTHME CARDIAQUE

 

Le chocolat, réputé bon pour le cœur, pourrait aussi réduire indirectement le risque d'attaque cérébrale. Notamment en abaissant le risque de fibrillation auriculaire, le trouble du rythme cardiaque le plus fréquent, bien que trop méconnu.

On a presque tous entendu parler de la fibrillation ventriculaire, ce trouble du rythme cardiaque capable d'entraîner une mort subite si on ne lui oppose pas une parade très rapide. Cette désorganisation brusque des contractions électriques des ventricules, souvent consécutive à un infarctus, est fatale dans les minutes qui suivent, sauf si un défibrillateur (comme il en existe désormais dans la plupart des lieux publics) ou un énergique massage cardiaque permettent de faire redémarrer le cœur très rapidement.

A l'opposé, la fibrillation auriculaire (les spécialistes préfèrent parfois parler de fibrillation atriale) est largement méconnue, et c'est dommage car cette pathologie sournoise peut avoir des conséquences tout aussi graves. Il s'agit également d'un trouble du rythme cardiaque, et même du plus fréquent de tous, mais qui affecte les oreillettes, ces cavités chargées de pomper le sang vers les ventricules. Lors de cette «tempête électrique» d'un autre genre, la contraction coordonnée des oreillettes disparaît, temporairement ou de façon durable, ce qui peut avoir notamment pour conséquence l'accumulation de sang dans les oreillettes, puis la formation de caillots sanguins lâchés dans la circulation.

Cinq fois plus de risques d'attaque cérébrale

Ce phénomène est ainsi à l'origine de la multiplication par cinq du risque d'attaque cérébrale (AVC) chez les personnes qui en souffrent, ainsi que d'autres conséquences non moins graves telles que l'infarctus, l'insuffisance cardiaque, certaines démences, et évidemment de nombreux décès prématurés. On n'en a pas vraiment conscience car ce trouble du rythme, même s'il touchera dans sa vie un adulte sur quatre, soit plus de 33 millions d'individus dans le monde, ne se traduit pas tout de suite par des désordres visibles. C'est dire combien il est important de tout mettre en œuvre pour mieux comprendre ce qui pourrait retarder une telle fibrillation auriculaire.

Tel était bien le but d'une équipe de médecins américains, canadiens et danois, qui ont lancé une étude originale dont ils viennent de publier les résultats dans la revue Heart («Cœur»). Sachant qu'une consommation modérée de chocolat ou de produits chocolatés est reconnue pour avoir des vertus protectrices contre les maladies cardiovasculaires, notamment grâce à leur concentration élevée en flavonoïdes et à leurs effets antioxydants, vasodilatateurs ou anti-inflammatoires, les chercheurs ont voulu voir si ces vertus protectrices s'appliquaient aussi à la fibrillation auriculaire.

Ils se sont appuyés pour cela sur les données d'une étude prospective beaucoup plus vaste, lancée au Danemark il y a une vingtaine d'années sur plus de 160'000 individus âgés de 50 à 64 ans (la «Danish Diet, Cancer, and Health Study») dont le but était de corréler le devenir médical de ces individus à leurs habitudes alimentaires.

Des registres très détaillés

Ainsi, en tirant au sort parmi cette population 55'502 individus (26'400 hommes et 29'102 femmes), les chercheurs ont constitué un échantillon particulier, qui allait leur permettre, sur un peu plus de treize ans de suivi, de comparer le risque de fibrillation auriculaire à la consommation de chocolat. Pour ce risque en question, ils pouvaient aisément s'appuyer sur les registres très détaillés et rigoureux que tient le Danemark, où chacun est suivi par une sorte de code-barres individuel qui révèle pour quelle affection il a été soit traité en urgence, soit hospitalisé, soit encore soigné en ambulatoire.

Quant à la consommation de chocolat, elle pouvait être déduite du questionnaire très complet en près de 200 points qui constituait le socle de l'étude originelle. Parmi d'autres questions sur leur alimentation, les patients avaient dû en effet évaluer le nombre de doses-type de 30 grammes de chocolat qu'ils consommaient chaque mois ou chaque semaine, en choisissant parmi les cinq fréquences suivantes: «moins d'une fois par mois» (ce qui allait devenir la consommation de référence pour évaluer le risque relatif); «de une à trois fois par mois»; «une fois par semaine»; «de deux à six fois par semaine»; ou encore «une fois par jour voire davantage».

Les vertus du chocolat

Les auteurs de l'étude ont ainsi pu déterminer comment la consommation de chocolat pouvait être rapportée aux 3346 nouveaux cas de fibrillation auriculaire dûment diagnostiqués cliniquement tout au long de la période choisie. L'association la plus forte qui en est ressortie est une réduction moyenne du risque de 20% pour une consommation de 60 à 180 grammes de chocolat par semaine. Toujours comparé aux participants qui ne mangeaient pratiquement pas de chocolat, une consommation de 30 à 90 grammes par mois était associée à une réduction de risque de 10%, et une consommation de 30 grammes par semaine à une réduction du risque de 17%. Pour une consommation plus importante, il semble que le risque associé ne bouge plus beaucoup, puisque le fait de consommer 30 grammes par jour ou davantage n'est associé en moyenne qu'à une réduction du risque de 16%.

D’autre part, quand on compare hommes et femmes, il apparaît que les femmes sont relativement mieux protégées par le chocolat, puisqu'une consommation de seulement 30 grammes par semaine est associée à une réduction du risque de 21%, alors que pour les hommes il leur faut consommer de 60 à 180 grammes pour que le risque associé soit réduit de 23%.

Ne pas oublier les autres facteurs de risque

On remarquera en outre que l'étude ne dit rien de la teneur en cacao du chocolat consommé. Il est vrai que comme les Danois mangent plus volontiers du chocolat au lait, une extrapolation au chocolat noir devrait mener à des associations encore plus favorables.

Ces chiffres optimistes appellent cependant quelques remarques, comme le souligne l'éditorial signé par deux médecins du Centre de Fibrillation Auriculaire de l'Université de Duke, en Caroline du nord. Outre le fait que cette étude n'est qu'une étude observationnelle, et qu'elle ne peut donc pas conclure à une causalité directe de la consommation de chocolat, ces spécialistes soulignent par exemple que, comme 60% des fibrillations auriculaires peuvent être attribuées à des facteurs de risques évitables, l'alimentation n'est qu'une façon de prévenir ce trouble du rythme. L'hypertension, par exemple, compte pour 20%, aux côtés des autres facteurs de risque que sont le tabagisme ou l'excès de poids. Or, l'étude en question en tient peu compte, tout comme elle n'inclut pas l'apnée du sommeil ou les maladies rénales, autres facteurs de risque des fibrillations auriculaires.

Il reste néanmoins que, en attendant une étude prospective en double aveugle visant spécifiquement la relation entre consommation de cacao et troubles du rythme, ces associations positives en faveur du chocolat constituent une bonne nouvelle. Surtout pour les gourmands…

Santé du Monde