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IG et CG inutiles contre le DT2

L’Index Glycémique est inutile dans la Prévention du Diabète.

 

Une épidémie silencieuse

D’après Wikipedia et d’autres sources du net, plus de 2 millions de français sont atteints d’un diabète de type 2 dit « non insulinodépendant ». Les chiffres seraient probablement sous-estimés à cause des malades qui s’ignorent, ces personnes qui ne sont pas diagnostiquées mais pourtant bien malade.

Le diabète de type 2 (DT2) touche principalement les adultes et se caractérise par une insensibilité des cellules de l’organisme à l’insuline. Le corps est ainsi incapable d’autoréguler le taux de sucre dans le sang, la glycémie. On est diagnostiqué diabétique lorsque la glycémie à jeun est au-delà d’une valeur seuil (visitez le lien wikipedia pour une définition complète).

Il n’est pas évident de donner des chiffres car ceux-ci évoluent constamment, peut-être à tort ou à raison, il n’empêche que de nombreuses personnes peuvent devenir diabétique du jour au lendemain à cause d’une modification de cette fameuse valeur seuil (ceci fera l’objet d’un article bientôt).

Quoi qu’il en soit, le DT2 est une maladie grave qui augmenterait les risques de faire un accident cardiovasculaire. Dans la lutte contre cette maladie, il y a une méthode qui fait fureur en ce moment : les régimes à index glycémique bas.

Les régimes IG bas

Le principe est ma foi très simple : le DT2 apparait progressivement à cause d’une élévation trop fréquente et trop forte de la glycémie. Ces pics de glycémie épuisent les cellules pancréatiques qui sécrètent l’insuline, et le corps lui-même devient insensible à cette hormone.

C’est là où le régime à IG bas prend tout son sens, car celui-ci favorise les aliments qui n’élèvent pas ou peu la glycémie. Ce régime lutterait donc contre l’épidémie de DT2. Je suis personnellement un défenseur de la notion d’IG, que je trouve outrageusement plus pertinente que la terrible notion de sucre lent et rapide.

Cette théorie d’IG semble logique surtout si l’on regarde les offres de l’agroalimentaire dans nos supermarchés, majoritairement de véritables bombes à sucre avec des IG modérés à élevés. Je dis que cette théorie « semble » logique car une récente étude publiée cette année vient mettre à mal cette notion d’IG et de charge glycémique (CG), qui prend en compte l’aliment en entier.

IG et CG inutiles contre le DT2

 

Dietary Glycemic Index, Glycemic Load, and Digestible Carbohydrate Intake Are Not Associated with Risk of Type 2 Diabetes in Eight European Countries.

En français cela donnerait:

La consommation de sucre digestible, l’index glycémique et la charge glycémique ne sont pas associés avec le risque de diabète de type 2 dans 8 pays européens.

Autrement dit, les personnes qui consomment majoritairement des aliments avec un faible IG ne diminuent pas pour autant leur risque d’avoir un DT2, tout comme les personnes qui consomment majoritairement des aliments à fort IG. Ni l’IG, ni la CG et même la consommation de sucre influence les risques de DT2 !

Les auteurs de l’étude le résume parfaitement au début de l’article :

After adjustment for confounders, GI and GL were not associated with incident diabetes.

A la lumière de ce résultat, je m’imagine dans la peau d’un diététicien ou d’un médecin qui a vaillamment combattu la notion de sucre lent et rapide en faveur de l’IG, afin de mieux contrôler ses apports en sucres et in fine, de mieux contrôler l’épidémie de DT2. A la lumière de ce résultat, comment ne pas être totalement perdu ?

L’IG ne servirait à rien, et pire encore, la CG qui est plus fiable ne serait en fait pas mieux.

Doit-on pour autant croire sur parole les scientifiques qui ont écrit cet article ? N’y-a-t ’il pas des erreurs, ou des approximations passées sous silence ?

Le désossement de l’étude

Comme toutes les études scientifiques, elles présentent souvent des contraintes méthodologiques, des biais et des limites dans les interprétations. Je vous propose de les découvrir dans la suite de ce billet.

Une étude prospective

Dans notre cas, l’article scientifique publié dans le très bon Journal of Nutrition, est issu d’une campagne titanesque qui a suivie plus de 500 000 européens pendant plus de 10 ans (c’est le fameux programme EPIC pour European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition). Nous avons donc affaire à une étude prospective qui peut établir uniquement des associations entre plusieurs variables, et définir des hypothèses pour les études futures.

Cette étude ne peut en aucun cas établir des liens de cause à effet entre l’IG ou la CG des aliments avec la fréquence des DT2.

Pour obtenir ces données, les participants doivent remplir des questionnaires très longs, et régulièrement afin de connaître leur niveau d’activité physique, le type d’aliment ingéré, la quantité, etc, etc.

Malheureusement pour les chercheurs, nous savons que les participants se trompent facilement sur les quantités réelles ingérées, mais en plus sous-estiment et surestiment des gammes de produits. Les aliments souvent jugés « mauvais » sont sous-estimés, comme pour les bonbons, les sucreries, et les desserts, ceux la-même qui ont les IG les plus élevés. Par contre, les fruits, les légumes, et les boissons non sucrés sont largement surestimés, avec les IG les plus faibles.

Dans une étude où la véracité de l’IG, de la CG est importante, un tel biais dans les mesures fragilise énormément l’exploitation des données et les conclusions émises. C’est d’ailleurs ce que constatent les auteurs :

Country-specific analyses showed an inverse association of sugar with risk of diabetes in the UK, which may be due to greater underreporting of sugar intake in this country.

Autrement dit, les chercheurs constatent que plus on consomme de sucre raffiné moins on a de risque de déclencher un DT2. Pour expliquer ce résultat étrange, ils soulignent le très fort biais des questionnaires utilisés.

Des questionnaires non adaptés

Justement. Dans cette course à l’information, les questionnaires utilisés n’étaient pas « spécialement désignés pour mesurer l’index glycémique et la charge glycémique » selon les auteurs.

Pour remédier à ce problème, les auteurs nous disent qu’ils ont utilisés une méthode standardisée supplémentaire décrite « autre part ».

Oui, autre part (ou elsewhere) et sans un mot de plus.

 

Methodological Challenges in the Application of the Glycemic Index in Epidemiological Studies Using Data from the European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition.

Cette étude a été spécialement réalisée (je suppose) afin de valider l’utilisation des IG dans les questionnaires destines aux participants de l’étude EPIC. Cette étude nous dit globalement que l’IG doit être standard et le même pour tous les aliments dans toutes études, sinon les résultats de corrélation seront toujours très aléatoires.

Si l’on regarde de près les sources de financement et les conflits d’intérêts, on tombe un peu sous le choc.

Premièrement, l’étude a été en partie financée par le groupe DiOGenes qui travaille sur l’obésité, l’alimentation et la génétique. Un rapide petit tour du côté des sponsors de ce groupe nous montre la présence de Coca-Cola, Barilla, Beauvais, Frisko (les glaces), Heinz, Kellogg’s, Kraft ou encore LU.

Bref, tous les géants de l’agroalimentaire ont financé une étude qui prouve que les questionnaires « trafiqués » mesurent correctement les IG des aliments.

Pour terminer, l’un des auteurs J. Brand-Miller est le co-auteur du livre « The Low GI Diet » ou un régime à base d’aliment à faible IG, et d’une série de livre sur la nouvelle révolution du glucose (The New Glucose Revolution). Cette dame est également la directrice d’une société non lucrative « Glycemic index Ltd » qui place les IG des aliments sur les boîtes dans les supermarchés en Australie.

Sur leur site officiel, on apprend que cette société est financée par l’université de Sydney (c’est bien) et par la JDRF ou le Juvenile Diabetes Research Foundation (c’est quoi ça ?). La JDRF est quant à elle financée par des grands groupes industriels et des corporate. On retiendra la présence du laboratoire Roche, et de Sanofi diabètes, avec de nombreux autres industriels.

Nous avons donc ici des liens étroits, mais indirects, entre l’agroalimentaire et des résultats scientifiques, saupoudré de conflits d’intérêts.

Un faible écart entre les quartiles

Les problèmes de méthodologies ne sont pas les seuls car si on regarde les données de plus près (voir les histogrammes suivants), l’IG varie très peu. Un minimum de 50 pour le 1er quartile et jusqu’à 60 au maximum pour le 4ème et dernier quartile. L’écart entre le quartile le plus faible avec le plus fort n’est que de 8. Par rapport à l’échelle de référence, tout l’échantillon possède IG modéré compris entre 50 et 70. En deca, il est considéré comme faible, et au-dessus il est considéré comme fort.

(les tirets verts indiquent la limite entre faible et modérée, alors que les tirets rouge indiquent la limite entre modérée et élevée)

Au niveau de la CG, les résultats sont plus nuancés. On obtient un écart de 52 entre le 1er quartile et le dernier. La CG du 1er quartile est modéré (entre 120 et 180), par contre les 3 quartiles suivants ont des CG élevées (119, 133 et 153, respectivement). Les 3 quarts de l’échantillon sont donc déjà a risques (avec une CG élevé) et le 1er quart n’en est pas très loin, avec une CG modérée. Il semble assez évident que des écarts aussi faibles entre les extrêmes ne permettent pas de dégager une association claire entre l’IG et la CG avec la fréquence des DT2).

Un dernier pour la route

Finalement, les auteurs estiment qu’une partie des participants classés comme non-diabétiques sont en fait des diabétiques non diagnostiqués. Ce biais, même s’il est jugé minime par les auteurs, fragilisent encore un peu cette étude qui titube déjà !

En conclusion

Je suis persuadé que l’index glycémique n’est pas l’outil ultime pour diriger son alimentation, et qu’il n’est pas le rempart idéal contre le diabète de type 2. Cependant, je reste convaincu que son utilisation peut améliorer la qualité de vie de certaines personnes, surtout en comparaison avec la notion de sucre lent et rapide, et qu’il peut entraîner une diminution des risques de diabète de type 2.

Les grands groupes de l’agroalimentaire ont tout intérêt de faire publier ce genre de résultat, car ce sont les premiers à commercialiser des produits à fort index glycémique (biscuits, sucreries, glaces, desserts, etc.). Ils obtiennent par le biais des financements indirects et des conflits d’intérêts à faire valider des méthodologies qui apporteront des résultats scientifiques favorables à leur commerce « diabétogène« .

Malheureusement pour ces chercheurs et pour nous, 2 courtes phrases minent l’ensemble de l’article :

Current evidence regarding the association of GI and GL with diabetes is still somewhat mixed but tends toward an increased risk of diabetes with higher GI and/or GL (4,5,9,11,12,14–16). Increased diabetes risks, up to 59% for the highest compared with the lowest quintile of GI in the Nurses’ Health Study II (14) and up to 47% in the highest compared with the lowest quintile of GL in the Nurses’ Health Study I (5), have been reported.

Autrement dit, la plupart des grandes études déjà publiées sur ce sujet ont montré que les personnes les plus à risques pour un DT2 sont celles qui ont les IG les plus élevés, CQFD.

Santé du Monde