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Durant neuf mois, c’est «une tempête hormonale qui s’abat sur la femme».

TOUS LES ORGANES SOUFFRENT DURANT UNE GROSSESSE

 

Durant neuf mois, c’est «une tempête hormonale qui s’abat sur la femme».

La chanteuse Olivia Ruiz a évoqué dans les médias son accouchement difficile, puis son bonheur d’être mère, mais elle n’a rien dit de sa grossesse. Comme toutes les femmes dans cette condition, elle a vu son ventre s’arrondir et sa silhouette se modifier. La grossesse a aussi de fortes implications physiologiques. C’est «une tempête hormonale qui s’abat sur la femme», souligne David Baud, médecin-chef d’obstétrique au département femmes-mères-enfants du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Une bourrasque qui, pour permettre au fœtus de se développer, bouleverse durant neuf mois le fonctionnement des organes de la future mère et affecte aussi souvent son psychisme.

Ce grand chambardement «provient principalement des ovaires, puis du placenta qui secrète une grande quantité d’hormones», explique l’obstétricien. A commencer par la fameuse hCG qui apparaît, juste après la fécondation, dans le sang puis dans les urines –c’est elle qui est dosée dans les tests de grossesse. «Son rôle est de maintenir le corps jaune (glande endocrine qui se développe dans l’ovaire de façon cyclique après l’ovulation, ndlr) actif dans l’ovaire, afin qu’il produise de la progestérone et des œstrogènes, avant que le placenta prenne le relais», précise David Baud. Ces deux dernières hormones, déjà présentes dans l’organisme féminin, voient leur taux considérablement augmenter. Elles jouent un rôle très important puisqu’elles permettent l’implantation de l’embryon, augmentent le volume de l’utérus et facilitent le transport du sang pour que le futur bébé ait de l’oxygène.

L’ocytocine, elle, est produite bien plus tard. C’est «l’hormone de l’accouchement», dit David Baud. Elle est secrétée quand le travail commence et «comme une clé qui met en route le moteur, elle déclenche les contractions de l’utérus». Parfois qualifiée aussi «d’hormone de l’amour», elle favorise l’attachement de la mère à son enfant.

Un test d’effort pour le cœur

Tout ce déferlement d’hormones bouscule l’organisme de la femme enceinte. «Il augmente la vascularisation du corps, explique le médecin du CHUV. Les vaisseaux se dilatent de manière à pouvoir apporter un maximum de sang à l’utérus qui devra fortement grossir – habituellement, il mesure 10 cm, alors qu’il devra s’élargir à 50 pour accueillir le fœtus.»

Quant au cœur, il subit «un véritable test d’effort». Pour alimenter l’utérus en sang, il doit pomper deux fois plus et accélérer son rythme. Il n’est donc pas étonnant que la future mère soit facilement essoufflée. D’autant plus, souligne David Baud, «que son poids augmente et que l’utérus pousse ses organes contre son thorax, ce qui réduit l’espace disponible pour ses poumons». En outre, la dilatation des artères diminue la pression artérielle, ce qui entraîne parfois des malaises.

Les hormones agissent aussi sur les ligaments: elles les relâchent afin que le bassin puisse s’écarter. Pour la femme enceinte, cela peut se traduire par des douleurs diverses, notamment au dos et aux genoux. Quant à l’utérus, du fait de sa taille accrue, il compresse les veines, notamment dans les jambes, ce qui favorise la rétention d’eau, surtout chez les femmes qui restent immobiles.

Nausée et aversions alimentaires

Par ailleurs, la progestérone agit sur le système digestif. Elle «ralentit certains processus biologiques, comme le transit intestinal, augmentant la constipation, la vidange prolongée de l’estomac et les remontées d’acide», constate l’obstétricien.

En revanche, on ne sait pas exactement ce qui induit les fameuses nausées. Ni les aversions alimentaires, qui pourtant n’ont rien d’un mythe. «Une de mes patientes adorait le café, raconte David Baud. Mais lorsqu’elle était enceinte, du jour au lendemain, elle l’a trouvé insupportable. Plusieurs années après avoir été stérilisée, elle a tout à coup ressenti ce même dégoût. Après l’intervention, sa trompe s’était reformée – ce qui est très rare – et, effectivement, elle attendait à nouveau un enfant.»

Connues pour jouer sur l’humeur, les hormones chamboulent aussi le psychisme. Sous leur effet, et sous celui du stress lié à l’arrivée d’un enfant dans la famille, «les femmes qui souffraient déjà de dépression ou d’anxiété peuvent voir leurs pathologies s’aggraver, précise David Baud. En outre, les carences affectives sont mises en évidence.» D’autres femmes, au contraire, s’épanouissent et «certaines disent qu’elles ne se sont jamais senties aussi bien». Quoi qu’il en soit, cette tempête ne dure que quelques mois et, lorsque l’enfant paraît, elle finit généralement par se calmer.

95% des grossesses se déroulent bien

Concevoir un enfant est l’un des actes les plus naturels qui soit dans l’espèce humaine. Pourtant, la grossesse est souvent considérée comme une période à risque pour la mère et son futur enfant et est, de ce fait, de plus en plus médicalisée. «Il faut se rappeler qu’au début du XXe siècle, 5% des femmes décédaient des suites de couches», précise David Baud, obstétricien au CHUV. La situation a cependant évolué, et les femmes ont leur premier enfant de plus en plus tard. «En 1980, en Suisse, elles avaient en moyenne 25 ans. Aujourd’hui, elles en ont 33.» Or plus les futures mères avancent en âge, plus elles sont susceptibles d’avoir des maladies qui compliquent leur grossesse.

En outre, la procréation médicalement assistée favorisant la conception de jumeaux, le nombre de grossesses gémellaires augmente. Malgré cela, souligne le médecin, «95 % des grossesses sont à bas risque». D’ailleurs, le suivi des femmes enceintes a profondément changé. Dans le passé, on considérait que «plus la grossesse avançait, plus il fallait multiplier les rendez-vous avec les patientes». Cela donnait une sorte de pyramide qui, aujourd’hui, s’est inversée. On pratique surtout les examens au début de la gestation «afin de déterminer si la patiente est à bas ou à haut risque».

Grâce aux progrès de la médecine et de la technologie, il est en effet possible de dépister de plus en plus tôt des problèmes graves chez la femme ou son futur enfant. «Il y a quarante ans, les ultrasons permettaient à peine de voir la tête du fœtus, constate le médecin. Aujourd’hui, lorsqu’il a trois mois, on peut compter ses doigts.» Puis, si la grossesse est à bas risque, les contrôles peuvent progressivement s’espacer.

Il est d’ailleurs de plus en plus tendance, en Suisse comme ailleurs, d’installer des maisons de naissance seulement gérées par des sages-femmes. Sauf problème, les médecins n’y interviennent pas.

Santé du Monde