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On est foutu, on mange trop ! En fait, on mange surtout très mal.

Régime... avec ou sans sucre ? Le point de vue du Dr Dominique Boute, médecin nutritionniste

 

On est foutu, on mange trop ! En fait, on mange surtout très mal.

L'obésité gagne du terrain et on ne sait plus à quel type de régime se fier.

 

A contre-courant d'une idée très répandue, vous plaidez en faveur du maintien du sucre dans le cadre des régimes amincissants. Quels sont vos arguments docteur Boute ?
Pour nombre d'entre nous, régime minceur, ou parfois simplement maîtrise pondérale, rime avec restrictions. Etes-vous en accord avec cette méthode docteur Boute ?
Quels conseils donneriez-vous à une personne souhaitant perdre du poids ?

A contre-courant d'une idée très répandue, vous plaidez en faveur du maintien du sucre dans le cadre des régimes amincissants. Quels sont vos arguments docteur Boute ?

La nutrition a toujours fait l'objet d'un grand nombre d'idées reçues, chacun y allant de sa méthode ou de son "truc" pour maigrir. Les recommandations nutritionnelles actuelles, pour équilibrer son alimentation ou pour perdre du poids, visent avant tout à contrôler les apports en graisses (30% à 35% des apports énergétiques) et à privilégier les apports glucidiques (50 à 55% de l'apport énergétique).

Une des premières remarques des personnes venant me voir en consultation pour perdre du poids est de surtout me rassurer en me disant : "Docteur, j'ai déjà supprimé le sucre." Cette idée ne résout en aucun cas leur problème de poids car dans notre mode d'alimentation actuel, c'est l'alimentation de forte densité énergétique qui conduit le plus à la prise de poids.

Les aliments de forte densité énergétique sont avant tout ceux qui contiennent des graisses (1 gr de graisses apportent 9 kcal tandis qu'1 gr de sucres apportent 4 kcal). Avec des aliments de forte densité énergétique, on peut avoir l'impression de ne pas manger beaucoup en volume mais de finalement manger riche en calories. Le problème concerne les corps gras mais surtout les aliments gras.

Parmi ces derniers, on peut effectivement trouver des aliments gras et sucrés comme des cookies, biscuits au chocolat, etc. Le sucre n'est pas indispensable au plan nutritionnel mais il n'y a aucune raison à le supprimer car il procure un plaisir nous permettant de plus facilement consommer les laitages ou les fruits (en particulier chez les enfants).

Bref, le sucre peut nous aider à mieux diversifier notre alimentation ce qui est une étape importante pour réduire la densité énergétique et gagner en vitamines, fibres, minéraux et oligoéléments. Il peut nous aider à réduire notre apport calorique, en remplaçant par exemple le matin au petit-déjeuner le beurre ou la margarine par du miel ou de la confiture.

Dernier point, si le fait de garder le sucre nous permet aussi de ne pas avoir l'impression d' "être au régime", nous pouvons beaucoup y gagner.

Pour nombre d'entre nous, régime minceur, ou parfois simplement maîtrise pondérale, rime avec restrictions. Etes-vous en accord avec cette méthode docteur Boute ?

Le mot régime signifie "action de diriger" ce qui est un élément de base pour maîtriser ou perdre du poids. Or, il est devenu avec la mode "minceur" synonyme de restriction.

La restriction est le meilleur moyen d'entrer dans le cercle vicieux du yoyo ou des fluctuations pondérales. Je me restreins, je craque, je me culpabilise d'avoir craqué et finalement abandonne tout : on perd du poids et on en reprend parfois plus.

L'autre point est que la restriction conduit souvent à une hypersensibilité au stimulus alimentaire ce qui signifie que l'on a plus de mal à résister à la vue, à l'odeur et à la pensée de l'aliment. Certaines personnes en sentiment de restriction peuvent avoir des réactions paradoxales vis-à-vis des aliments, certaines mêmes se mettant à avoir envie d'aliments qu'elles n'aiment pas particulièrement.

Un dernier point me paraît important : si certaines personnes sont en réelle restriction calorique, d'autres sont en restriction cognitive c'est-à-dire ont l'impression permanente de se restreindre sans forcément réduire leur apport énergétique, conduisant à ce paradoxe : "je me restreins et pourtant ne perds pas de poids voire j'en prends"...

Ce qui me paraît important est ne pas avoir peur des aliments. Avec des aliments de plus faible densité énergétique, on peut MANGER (c'est-à-dire avoir un bon volume d'aliments dans son assiette, ce qui signifie ne pas se restreindre mais diversifier son alimentation pour mieux contrôler son apport énergétique), afin de garder un sentiment de rassasiement et de satiété.

Quels conseils donneriez-vous à une personne souhaitant perdre du poids ?

Les conseils sont avant tout de structurer son alimentation autour des aliments de plus faible densité énergétique que sont les légumes, les féculents, les laitages maigres (yaourt nature, fromage blanc à moins de 20% de MG, petit suisses natures à maximum 20% de matières grasses), les fruits.

Ceci nous permet de garder "du volume" et donc d'être rassasié sans apport calorique excessif mais également d'avoir d'emblée une alimentation diversifiée.

Le deuxième point est de bien contrôler les apports en matières grasses ajoutées notamment dans les cuissons ou directement dans les aliments.

Pour maîtriser les apports en graisses, il est également important de contrôler les aliments contenant des graisses : manger de la viande au maximum une fois par jour, manger du poisson au moins une fois par semaine, ne pas ajouter le fromage au repas mais le prendre comme source de protéines.

Il importe enfin de limiter les boissons sucrées dont l'apport énergétique risque de se surajouter à la ration alimentaire.

L'alcool est un facteur de prise de poids du fait de son apport calorique et également de son métabolisme.

Enfin, pas de problème pour garder un peu de sucre pour le plaisir.

A côté de ces conseils de choix d'aliments, il est également important de veiller à la façon d'organiser le repas pour éviter les grignotages, les repas rapides où on a l'impression de "rien manger" et pourtant de prendre autant, si ce n'est plus, de calories qu'au cours d'un repas structuré.


 

Santé du Monde