Jeudi, sur le marché de Nyons, une cliente m’a demandé si la zoothérapie proposée une fois par mois à sa mère, dans son Ehpad, c’était sérieux. Ça dépend entièrement de ce qu’il y a derrière le mot. Une séance de médiation animale, c’est un intervenant formé, un animal choisi et suivi, un objectif écrit avant, un bilan après. Enlève ces quatre choses et il reste une visite d’animaux : agréable, utile même, et sans rapport avec ce qu’on facture sous le nom de zoothérapie.
Le chiffre qui m’a arrêté quand j’ai regardé le sujet de près : une séance facturée 200 € à un établissement demande deux à trois heures de travail réel à la personne qui la conduit. Je fais de la prestation de distillation pour trois voisins, je sais lire un tarif à l’heure vraiment travaillée, et celui-là est mince. Autre chose tout de suite : ça ne remplace aucun traitement, aucune rééducation, aucune consultation, et personne de sérieux dans ce secteur ne le prétend.
Ce qui se passe pendant une séance, et pourquoi l’animal sert à quelque chose
Le mécanisme tient dans un triangle : l’intervenant, l’animal, la personne accompagnée. L’animal ne soigne rien. Il sert de tiers, il ne juge pas et n’attend aucune réponse. Une femme qui ne parle plus depuis des mois tend la main vers un chien parce que la main part avant les mots.
Le travail réel se fait dans le geste. Brosser, tenir la laisse, lancer une balle, marcher à côté de l’animal. Derrière chacun d’eux, il y a un objectif écrit avant la séance : maintenir une amplitude d’épaule, faire tenir quelqu’un debout trois minutes de plus, rouvrir un échange dans un groupe où plus personne ne se parle. À la fin, l’intervenant note ce qu’il a observé. Sans cette trace, rien ne se suit.
Une séance dure 45 minutes à une heure, et la régularité fait le reste. Parmi les établissements qui en proposent, 86 % organisent l’activité au moins une fois par mois, le plus souvent une fois par semaine. Une séance isolée en décembre laisse un bon souvenir aux familles, et rien de plus.
Zoothérapie, chien d’assistance, animal du résident : trois choses différentes
Le mot zoothérapie vient du Québec. En France, les professionnels disent médiation animale, parce que le suffixe promet un soin que l’activité ne délivre pas toujours. Quand l’objectif est thérapeutique et posé dans un projet de soin, on parle de thérapie assistée par l’animal ; quand il est éducatif ou social, d’activité assistée par l’animal.
À côté, deux situations n’ont rien à voir avec la médiation animale, et je les vois confondues chaque fois que le sujet revient.
| Ce qu’on voit | Ce que c’est | Ce qui l’encadre |
|---|---|---|
| Un chien qui vient une heure, avec objectif et bilan | médiation animale | aucun texte propre à l’activité |
| Un chien qui suit partout la même personne handicapée | chien d’assistance | certificat national, accès garanti aux lieux publics |
| Le chat qui vit dans la chambre du résident | animal de compagnie | loi du 8 avril 2024, arrêté du 3 mars 2025 |
Qui pratique la zoothérapie, et avec quelle formation
Aucun diplôme d’État ne sanctionne cette activité. Le titre de zoothérapeute n’est pas protégé, celui de médiateur animalier non plus, et personne ne peut retirer un droit d’exercer que personne ne délivre. La qualité de celle qui vient fait donc tout.
L’enquête nationale menée en 2025 par la Fondation Adrienne et Pierre Sommer auprès de 1 395 établissements et intervenants rassure plus que cette absence de cadre ne le laisse craindre. Les intervenants sont des femmes à 92 %, ils travaillent seuls dans trois cas sur quatre, et six sur dix viennent du travail social ou du paramédical. Éducatrice spécialisée, psychomotricienne, infirmière : la médiation animale s’ajoute à un métier qu’elles exerçaient déjà. La personne qui entre dans la chambre de ta mère sait donc le plus souvent ce qu’est une personne âgée désorientée avant de savoir ce qu’est un chien de médiation. C’est l’ordre le plus sûr.
Quatre intervenants sur dix, en revanche, exercent depuis moins de trois ans. Les formations vont du diplôme universitaire au stage privé de quelques jours, sans référentiel commun pour les comparer. Une licence professionnelle a ouvert en 2025 à l’université Paris-Nanterre, mais elle est neuve et ne concerne presque personne sur le terrain.
Reste l’ACACED, cette attestation créée en 2016 qu’il faut détenir pour travailler avec des animaux. Six intervenants sur dix l’ont. Elle prouve qu’on sait s’occuper d’un chien et qu’on connaît la réglementation, rien de plus, et elle est pourtant présentée aux familles comme une qualification en médiation.
Ce qu’une séance coûte, et qui la paie
En établissement médico-social, les tarifs relevés en 2025 vont de 120 à 230 € la séance selon le format et l’animal. En milieu pénitentiaire, où il faut plusieurs intervenants et des autorisations, ça monte à 300 ou 400 €. C’est l’établissement qui paie, sur son budget d’animation. L’assurance maladie ne rembourse rien. Chacun fixe son tarif.
Ce qui déplace ce prix, c’est la logistique, et d’abord la question de savoir qui se déplace. Le chien vient dans l’établissement : c’est le modèle le plus répandu et le moins cher, parce que la personne âgée ne bouge pas. Le cheval, lui, ne se déplace pas ; on emmène les bénéficiaires au centre équestre, avec un transport, des accompagnants et des groupes plus petits. Le coût par personne double, à tarif inchangé.
Derrière le montant affiché, il y a le temps invisible : préparer et charger l’animal, faire la route, installer, parler à l’équipe, ranger, écrire le bilan. Une heure de séance en mobilise deux à trois. Retire ensuite le vétérinaire, l’alimentation, les assurances et les charges. Un tiers seulement des intervenants vivent exclusivement de cette activité.
Cette tension retombe sur l’animal. Pour tenir, on ajoute des séances au même chien plutôt que d’acheter une deuxième bête, et la fatigue d’un chien ne se voit pas tout de suite. Celui qui a fait quatre Ehpad dans la semaine travaille moins bien, et la séance perd ce qu’on venait y chercher.
Ce que les études montrent, et ce qu’elles ne montrent pas
Sur ce point je rapporte, je n’ai rien mesuré moi-même. Ce qu’on observe le plus solidement, ce sont des effets à court terme : apaisement, humeur, prise de parole dans un groupe, mobilisation physique pendant la séance. Des petits effets réels, qui valent mieux qu’une grande promesse.
La faiblesse est ancienne, et méthodologique. L’essentiel de la littérature repose sur des études de cas et de petits effectifs, avec peu de groupes de comparaison sans animal. Beck et Katcher l’écrivaient dès 1984, et le reproche a été repris presque mot pour mot trente ans plus tard. Rien de tout ça ne dit que la médiation animale ne fait rien : ça dit qu’on mesure mal ce que les équipes voient tous les jours.
L’enquête de 2025 le reconnaît elle-même. Ses répondants se sont manifestés spontanément, elle décrit un secteur, elle ne le compte pas.
Quelle formation a l'intervenante, quel objectif est écrit pour ta mère, et combien de séances son chien enchaîne dans la semaine.