Vient de paraître Pourquoi les moustiques piquent certaines personnes

La santé au quotidien

Pourquoi les moustiques piquent certaines personnes

Le gaz carbonique, la chaleur et les acides de ta peau font tout le travail. Un écart de cent fois mesuré entre deux volontaires, et ce que ça change vraiment dans ton jardin.

Par Nathalie Delcourt Publié le 7 novembre 2026 7 min de lecture Avec un calculateur

Une soucoupe de pot de fleurs remplie d'eau de pluie, posée sur une dalle de jardin

Cent fois. C’est l’écart mesuré en 2022 par une équipe de l’université Rockefeller entre le volontaire que les moustiques allaient chercher et celui qu’ils laissaient tranquille, dans la même pièce, au même moment.

Si tu te fais dévorer pendant que la personne assise à côté de toi ne sent rien, la réponse tient en trois choses : le gaz carbonique que tu expires, la chaleur que ton corps rend et les acides que ta peau fabrique en permanence. Ni ton groupe sanguin, ni ce que tu as mangé à midi.

Le moustique te trouve en trois temps

C’est la femelle qui pique, et seulement elle. Elle a besoin des protéines du sang pour former ses œufs. Le reste du temps, mâles compris, ça se nourrit de nectar.

Loin, à plusieurs dizaines de mètres, elle ne perçoit qu’une chose : le panache de gaz carbonique que tu laisses derrière toi en respirant. Signal grossier. Il dit qu’il y a quelque chose de vivant par là, pas qui.

Plus près, autour d’une dizaine de mètres, les odeurs de peau prennent le relais. C’est là que le tri se fait entre toi et ton voisin de chaise longue.

Dans le dernier mètre, elle bascule sur la chaleur et l’humidité. Ta peau rend de la vapeur d’eau et quelques degrés de plus que l’air autour, et ça la guide jusqu’au point de piqûre. À cette distance elle voit aussi un contraste, ce qui explique l’avantage douteux du tee-shirt noir.

Gaz carbonique 30 m

Odeur de peau 10 m

Chaleur, humidité 1 m

Le tri se joue sur la barre du milieu.

Ta peau fabrique une odeur que tu n’as pas choisie

L’étude de 2022 est la plus parlante que j’aie lue. Soixante-quatre volontaires ont porté un manchon de nylon sur l’avant-bras pendant six heures, et les manchons ont été présentés deux par deux à des femelles Aedes aegypti. Les mêmes gagnaient toujours.

Ce que les chimistes ont retrouvé sur les manchons des gagnants : beaucoup plus d’acides carboxyliques. Des composés que le sébum produit et que les bactéries de la peau transforment. Tout le monde en fabrique. Certains en fabriquent dix fois plus.

Le classement, lui, n’a pas bougé. Les mêmes personnes sont restées des cibles d’une année sur l’autre, alors que le savon, l’alimentation et la saison avaient changé entre deux mesures. Une étude parue en 2015 sur des jumeaux va dans le même sens : les vrais jumeaux attirent les moustiques à peu près autant l’un que l’autre, les faux beaucoup moins.

Un défaut d’hygiène n’a rien à voir là-dedans, et ça ne se corrige pas. On m’a expliqué pendant vingt ans que je me faisais piquer parce que je transpirais. Je transpire, c’est vrai. Ma fille beaucoup moins, et elle rentre du jardin avec autant de boutons que moi. Ça ne prouve rien en soi, c’est juste ce qui m’a fait aller lire.

Ce qui fait bouger la réponse d’un soir à l’autre

Le fond ne change pas. Restent les facteurs qui montent ou baissent le volume, et deux d’entre eux passent par le même canal, le gaz carbonique.

Ce qui monte le volumeCe qu’on en sait
Effort physiqueplus de souffle, de l’acide lactique sur la peau
Grossesse21 % de gaz carbonique en plus, Gambie, 2000
Un litre de bièreun tiers d’attirance en plus, 25 hommes, 2010
Vêtement sombrejoue au contraste, dans le dernier mètre
Douche très chaudela peau reste tiède, la chaleur guide

Le chiffre de la grossesse vient d’un travail sur l’anophèle, le moustique du paludisme : personne ne l’a refait sur celui de ton jardin. Quant à la bière, je la mets là parce qu’elle circule partout, pas parce que c’est solide.

Le groupe sanguin, le sang sucré et les autres histoires

Le groupe sanguin O revient dans presque tous les articles. Il sort d’une étude japonaise de 2004 portant sur soixante-quatre personnes, qui comptait des atterrissages sur des avant-bras. Elle n’a jamais été confirmée à grande échelle, et le mécanisme n’a jamais été montré. Un moustique ne lit pas ton groupe à travers la peau.

Le sang sucré ne veut rien dire non plus. Le moustique ne goûte rien avant de piquer : il choisit à l’odeur et à la chaleur, la piqûre vient après le choix. La vitamine B1 en comprimés, elle, a été testée contre placebo et n’a rien donné.

Sur ce qui se vend, l’ANSES dit la même chose depuis des années. Trois substances tiennent debout sur la peau : le DEET, l’IR3535 et l’icaridine, à condition que le produit ait une autorisation de mise sur le marché. Les bracelets imprégnés protègent le poignet et à peu près rien d’autre. Les boîtiers à ultrasons et les applications pour téléphone n’ont aucun effet démontré. Avant d’en mettre un dans le panier, calcule au litre : un spray dit naturel à 12 € les 75 ml, ça fait 160 € le litre, et ce que promet l’étiquette n’a été vérifié par personne.

Les huiles essentielles vendues comme répulsifs sont ailleurs encore : l’agence ne les a pas jugées inefficaces, elle ne les a pas évaluées. Deux situations différentes, qu’un flacon posé en rayon ne distingue pas.

Ce qu’on ne sait pas encore

Tout ce qui précède a été mesuré en laboratoire, sur quelques dizaines de personnes, et le plus souvent sur Aedes aegypti, qui n’est pas l’espèce qui tourne au-dessus de la table un soir de juillet dans le Nord. Le moustique commun et le moustique tigre partagent la même mécanique de repérage. Les molécules qu’ils préfèrent ne sont pas forcément les mêmes.

Et il n’existe aujourd’hui aucun moyen de savoir si tu es une cible privilégiée autrement qu’en passant devant un appareil de laboratoire. Personne ne vend ce test. Si on te le vend, on te vend autre chose.

Le moustique qui te pique est né à cent cinquante mètres

Le moustique tigre ne voyage pas. Il reste dans un rayon d’environ cent cinquante mètres autour de l’endroit où il est né. Et sa reproduction se joue pour l’essentiel sur du terrain privé, dans des récipients qui tiennent dans une main.

Chez moi, en juillet, j’ai fait le tour avec un carnet. La soucoupe sous le pot de basilic. L’arrosoir laissé dehors. Un seau au fond du garage. La gouttière que le cerisier bouche tous les ans. Le couvercle retourné du bac à compost. Cinq points d’eau que je n’avais jamais regardés comme ça en vingt-trois ans de maison.

La femelle pond sur la paroi sèche d’un récipient qui va se remplir à la prochaine pluie. Entre l’œuf et l’insecte qui vole, il faut une semaine environ quand il fait chaud. Vider, au sens de retourner vraiment le récipient, casse ce cycle mieux que n’importe quel produit acheté. L’ANSES le redit dans son évaluation des pièges à moustiques : le piège vient en complément, l’élimination des eaux stagnantes reste le geste principal.

Fais le tour, coche ce que tu as






Ton odeur, tu ne la changeras pas. Ce que tu laisses traîner autour de la maison, si.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

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