Vient de paraître Sexualité après la ménopause : la pente dure trois ans

Sexualité et intimité

Sexualité après la ménopause : la pente dure trois ans

La fonction sexuelle décroche vingt mois avant les dernières règles, descend pendant environ trois ans, puis la pente s'aplatit. Ce qui change dans la sexualité après la ménopause, ce qui ne bouge pas du tout, et le seul symptôme qui s'aggrave si on attend.

Par Marion Vuillemin Publié le 26 octobre 2026 7 min de lecture Avec un calculateur

Un tapis de yoga roulé posé contre le mur d'une salle vide, avec des briques de liège empilées à côté

Tu attends d’une prof de yoga qu’elle te réponde que la sexualité après la ménopause est affaire de respiration et d’acceptation. Non. Ça ne s’éteint pas, ça descend pendant trois ans, et je te donne les chiffres.

Mille cent soixante-quatre femmes suivies quatorze ans et demi. La fonction sexuelle commence à décrocher vingt mois avant les dernières règles, elle descend vite pendant à peu près trois ans, puis le rythme est divisé par presque trois et continue de ralentir. Sept ans après, l’écart cumulé vaut un point et demi sur une échelle qui va de 5 à 25. Une marche, donc, avec un palier derrière.

Sur les onze sessions de l’atelier que je coanime avec Hélène, « est-ce que c’est fini » est arrivé onze fois, toujours après le cours, le tapis sous le bras. Alors si tu portes cette phrase depuis des mois : assise là où tu es, bascule ton bassin d’avant en arrière trois fois, très lentement, sans bouger les épaules. Quinze secondes. Ce que tu sens se déplacer là est exactement la zone dont on parle, et elle bouge encore.

Ce qui baisse, et ce qui ne bouge pas

Les cinq questions portaient sur le désir, la fréquence de l’excitation, celle de l’orgasme, la douleur et la satisfaction affective avec le partenaire. Elles n’ont pas bougé ensemble, et c’est là que ça devient utilisable.

Ce qui bouge le plus, c’est la douleur, qui monte. Ensuite le désir, qui descend. L’excitation et l’orgasme reculent aussi, moins fort.

La satisfaction affective avec le partenaire, elle, ne change pas. Pas « un peu moins » : pas du tout, sur quatorze ans et demi.

On te raconte qu’après cinquante ans le couple s’éteint et que la tendresse part avec le reste. Ce qui est mesuré dit le contraire. Ce qui se dégrade est physique et local, la douleur d’abord, pendant que le lien tient debout. J’ai en atelier des femmes qui avaient conclu de leur inconfort que leur histoire était finie. Elles se trompaient de coupable.

La pente commence avant tes dernières règles

Sur les treize années qui précèdent, rien de mesurable.

De vingt mois avant à un an après, ça tombe, à un rythme trois fois supérieur à ce qui suivra. Compte à peu près trois ans : ta périménopause et l’année d’après.

Puis la pente est divisée par presque trois.

Jusqu'à 20 mois avant 0,04

De 20 mois avant à 1 an après 0,35

Au-delà d'un an après 0,13

Points perdus par an, sur l'échelle de 5 à 25.

Celle qui vient me voir en pleine descente croit qu’elle assiste au début d’un effondrement sans fond, parce que c’est ce qu’elle sent. Elle est dans le seul morceau raide, et il a une fin qu’on peut dater.


Une courbe moyenne ne te note pas. Elle dit où en est la pente.

Ce que les œstrogènes tenaient, et qui lâche

Ils tenaient l’épaisseur de la muqueuse, le débit de sang qui l’irrigue et la souplesse du tissu conjonctif dessous. Quand le taux tombe, les fibres de collagène se soudent entre elles, celles d’élastine se fragmentent, la couche de cellules qui protège s’amincit. Le pH remonte et les lactobacilles reculent. Comme ce qui mouille le vagin est du plasma qui filtre à travers cette paroi quand le sang y afflue, ce qui se perd en amont se paie en aval.

L’ensemble porte un nom depuis 2014 : syndrome génito-urinaire de la ménopause. Il rassemble le vaginal, le vulvaire et l’urinaire, parce que ces tissus lâchent ensemble.

On range les bouffées de chaleur et la gêne intime dans le même sac. Elles ne suivent pas le même calendrier. Les bouffées fréquentes durent longtemps, une médiane de 7,4 ans dont 4,5 après les dernières règles, et ensuite elles s’éteignent toutes seules. Le syndrome génito-urinaire, lui, est décrit comme chronique et progressif, et l’assurance maladie écrit qu’il est plus durable et qu’il peut s’aggraver avec l’âge.

Attendre marche pour l’un. Sur l’autre, attendre coûte.

Non, la ménopause ne vide pas ton stock de testostérone

« Mes hormones du désir sont à zéro. » Je l’entends à chaque session, et c’est faux.

Dans la même cohorte, la testostérone a été dosée une fois par an. Elle ne bouge pas. Elle baisse avec l’âge, depuis la vingtaine, donc bien avant que tes règles s’arrêtent. Les ovaires continuent d’en fabriquer après. Et la protéine qui transporte ces hormones dans le sang diminue, elle, au moment de la ménopause, si bien que la fraction libre a plutôt tendance à monter un peu.

L’image du réservoir qui se viderait d’un coup ne décrit rien de ce qu’on mesure.

Ce qui déplace la réponse, et dans quel sens

Une moyenne ne te concerne pas plus que la pointure de ta voisine. Ce qui te concerne, c’est ce qui t’y déplace.

Ce qui pèseDans quel sens
Un partenaire disponible, et en bonne santévers le haut, avant tout le reste
La vie sexuelle qu’on avait à 45 anson repart du niveau où on était
Des nuits hachéesvers le bas, et la périménopause les hache
Une douleur déjà installéevers le bas, par l’appréhension du tour suivant
Un médicament commencé récemmentquestion à reposer à qui l’a prescrit

Un chiffre m’a arrêtée. Le recul cumulé sur sept ans va de 0,8 point chez les participantes afro-américaines à 3,3 chez les participantes japonaises. Un facteur quatre, à hormones comparables. Ce qu’on attend d’une femme de cinquante ans et ce qu’elle s’autorise à demander pèsent là-dedans, et ce n’est pas de la biologie.

Ce que ces travaux n’expliquent pas

Les auteurs ont cherché ce qui produisait cette descente, et ils n’ont pas trouvé. Ni la sécheresse vaginale, ni les bouffées, ni la dépression, ni l’anxiété, ni le fait d’utiliser un lubrifiant. Tous sont liés au niveau de fonction sexuelle, aucun n’explique le décrochage au moment de la ménopause.

Rien n’a été mesuré du côté du partenaire, ni son âge, ni sa santé, ni même s’il y en avait un. Sur une question qui se joue rarement seule, c’est un trou.

Moi, je ne sais pas si la femme qui me pose la question à 53 ans est dans sa pente ou sur son palier. Je sais qu’il y a un palier.

Ce qu’on perd à attendre

Sixième atelier de 2022. Une femme de 61 ans dit à voix haute, devant onze inconnues, quelque chose qu’elle n’avait jamais dit à son mari en trente ans. Elle le lui a dit deux semaines plus tard. Je n’ai rien fait d’autre que tenir la pièce assez calme.

Une douleur qui s’installe, une brûlure, du sang après un rapport : ça, c’est à ton médecin, et je te dis lesquels. Généraliste, gynécologue ou sage-femme, les trois savent en parler, et la sage-femme reçoit souvent plus vite. Ce qui relève de ce syndrome se traite, y compris localement. Comment, je ne te le décrirai pas, ce n’est pas mon métier.

Mon métier s’arrête à ceci : la marche dure trois ans, le palier existe, et serrer les dents ne raccourcit ni l’un ni l’autre.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

À lire aussi dans « Sexualité et intimité »

Toute la rubrique « Sexualité et intimité »

Ailleurs sur le site

Revenir à l'accueil

Ce site n'est pas un cabinet médical

On y décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Un symptôme qui dure ou qui revient se montre, il ne se cherche pas en ligne.

Qui écrit ici