En 2023, une femme de 47 ans m’a décrit son open space à 26 degrés, ses nuits coupées depuis huit mois, et m’a demandé ce qu’elle pouvait faire de tout ça au bureau. Je lui ai dit de poser des jours et d’en parler à son médecin traitant. J’étais à côté. Il existait déjà une visite médicale prévue pour cette conversation-là, et je ne la connaissais pas. Elle l’a apprise six mois plus tard, par une collègue, dans un couloir.
Elle s’appelle la visite de mi-carrière. Une visite, l’année civile de tes 45 ans, avec le médecin du travail, sur tes heures et sans retenue sur ta paie. Il peut en sortir un papier qui demande à ton employeur de changer tes horaires, ta place dans le bureau ou ta charge. Ouvre ton agenda maintenant et note l’année de tes 45 ans : dix secondes, et c’est la seule chose à emporter de cette page. Tu n’es pas la seule à poser la question, elle revient à chaque atelier depuis trois ans.
Ce qu’est la visite de mi-carrière, et qui y a droit
Une visite médicale, une seule, organisée dans l’année civile de ton quarante-cinquième anniversaire. Un accord de branche peut fixer une autre échéance ; sans accord, c’est 45 ans. Elle vaut en CDI, en CDD et en intérim, et elle peut être avancée si tu dois voir le médecin du travail dans les deux ans qui précèdent.
Trois personnes peuvent la déclencher : ton service de prévention et de santé au travail, ton employeur, et toi. La troisième, je n’ai jamais croisé une élève qui savait qu’elle avait ce droit.
L’article L4624-2-2 du code du travail lui fixe quatre objectifs : regarder si ton poste et ton état de santé vont encore ensemble, mesurer le risque que tu décroches de ton métier, te parler du vieillissement au travail, et depuis le 29 juillet 2026, te sensibiliser à des enjeux de santé publique avec un dépistage cardio-neuro-vasculaire proposé sur place.
Elle ne te coûte rien. Le temps passé est pris sur tes heures ou payé comme du temps de travail, et les frais de transport sont à la charge de ton employeur.
Ce que le médecin du travail peut écrire
Il peut proposer par écrit des mesures d’aménagement, d’adaptation ou de transformation de ton poste, ou des aménagements de ton temps de travail. Le code dit qu’elles sont justifiées « notamment par l’âge ou l’état de santé physique et mental » du salarié.
Le mot ménopause n’apparaît nulle part là-dedans. Il n’a pas besoin d’y être : l’état de santé, c’est déjà toi.
Ce que j’ai vu revenir dans mes ateliers, du côté de celles qui ont obtenu quelque chose : un bureau déplacé loin de la baie vitrée, un ventilateur individuel, la main sur le thermostat, une pause de plus l’après-midi, une tenue de travail moins couvrante, le droit de sortir dix minutes quand une bouffée arrive. Et pour celles dont les nuits se coupent à 3 h, la seule mesure qui change quelque chose : décaler l’heure d’arrivée, ou supprimer les réunions de 8 h.
Ça ne marche pas à tous les coups. Sur celles qui ont fait la demande, une bonne moitié est repartie avec un écrit, et je ne sais pas te dire ce qui a bloqué pour les autres.
Ce que ton employeur reçoit, et ce qu’il n’aura jamais
Il reçoit la mesure, et rien de ce que tu as raconté dans le bureau. Aucun motif, aucun diagnostic.
Ce que tu dis au médecin du travail va dans ton dossier médical en santé au travail, constitué dans le respect du secret médical. C’est toi qui peux en demander la communication, personne d’autre à ta place. Ton employeur, lui, lit une ligne du genre « aménagement de l’heure d’arrivée » et s’arrête là.
Il doit tenir compte de cette proposition. S’il refuse, il fait connaître par écrit au salarié et au médecin du travail les motifs de son refus. Il a le droit de dire non ; il n’a pas le droit de te le dire à l’oral en te croisant devant l’ascenseur. Le refus laisse une trace, et cette trace part au médecin du travail en même temps qu’à toi.
Comment la demander, dans l’ordre
- Trouve le nom de ton service de santé au travail. Il est affiché dans les locaux, souvent aussi sur ton bulletin de paie.
- Écris quatre lignes. Ton nom, ton poste, ta date de naissance, et une phrase : je demande à bénéficier de la visite médicale de mi-carrière. Tu n’as aucun motif à donner, et quand c’est le salarié qui demande une visite, le code précise que sa demande ne peut motiver aucune sanction.
- Note pendant trois semaines avant d’y aller. Une ligne par jour, datée. Pas « je dors mal » : « réveillée à 3 h 20, quatre nuits sur sept, et à 15 h je relis trois fois le même paragraphe ». C’est ce qui se transforme en mesure écrite. Une gêne décrite en général n’en produit aucune, je l’ai vu deux fois.
- Si tu repars sans papier, demande le médecin. La visite peut être conduite par un infirmier de santé au travail en pratique avancée, et lui n’a pas le droit de proposer ces mesures. Il peut t’orienter vers le médecin du travail : demande-le sur place, pas six mois après.
Ce qui coince encore
Personne ne te convoquera forcément. Le rendez-vous existe dans le code depuis 2022, les services de santé au travail sont chargés, et sur mes onze sessions d’ateliers, je compte deux femmes qui avaient reçu une convocation.
Rien n’oblige non plus la personne en face de toi à connaître le sujet. Une mission parlementaire a rendu le 9 avril 2025 vingt-cinq propositions sur la ménopause, dont l’inscription du sujet dans cette visite. Rien de tout ça n’est voté à ce jour.
Prépare-toi donc comme si elle ne savait rien. Arrive avec tes trois semaines de notes, et avec la mesure que tu voudrais, formulée en une phrase. Ça, ça se refuse ou ça s’accorde.
Les trois autres portes, et ce qu’elles ouvrent
La visite de mi-carrière est la seule qui atteigne ton poste de travail. Le rendez-vous de prévention pris en charge entre 45 et 50 ans te donne un point sur ta santé, jamais un aménagement d’horaires. Et si tu n’as pas 45 ans, ou si tu les as passés, tu peux demander une visite au médecin du travail quand tu veux.
| La porte | Quand | Ce qui en sort |
|---|---|---|
| Visite de mi-carrière | l’année de tes 45 ans | un aménagement écrit |
| Visite à ta demande | à tout âge | un aménagement écrit |
| Rendez-vous de prévention | 45 à 50 ans | un point de santé |
Une douleur, des saignements qui reviennent, des bouffées qui te réveillent six fois par nuit : ça, c’est ton médecin traitant ou ton gynécologue, et le médecin du travail te le dira lui-même. Lui, il regarde ton poste. Ce qui se passe dans ton corps au quotidien appartient à l’autre consultation.