Vient de paraître Libido et cycle menstruel : oui, mais moins qu'on dit

Sexualité et intimité

Libido et cycle menstruel : oui, mais moins qu'on dit

Autour de l'ovulation, l'œstradiol pousse l'envie vers le haut, la progestérone la tire vers le bas ensuite. L'écart mesuré sur 26 000 jours de journal intime est réel, et plus petit que ce qu'annoncent les roues colorées.

Par Marion Vuillemin Publié le 14 septembre 2026 7 min de lecture Avec un calculateur

Une roue de bois clair partagée en quatre quartiers peints de teintes différentes, posée à plat sur une table en lumière rasante.

Entre ta libido et ton cycle menstruel, le lien existe, en partie, et il est plus discret que ne le racontent les roues colorées qui circulent. Autour de l’ovulation, l’œstradiol monte et pousse le désir vers le haut. Après, la progestérone prend la main et le tire vers le bas. Ton mois à toi, lui, peut très bien n’en montrer aucune trace, et je vais te dire pourquoi.

C’est la question qui revient le plus souvent dans les ateliers que je coanime depuis 2021 avec Hélène Bourgeois, conseillère conjugale : onze sessions, quatre-vingt-dix femmes, et à chaque fois quelqu’un finit par demander si c’est normal d’avoir envie une semaine et rien du tout la suivante. Tu n’es pas la seule à le demander. Avant de descendre, prends dix secondes et situe, sur ton dernier mois, le moment où tu t’es sentie le plus disponible. Retiens-le. On s’en sert à la fin.

Ce que fabriquent tes hormones, et dans quel ordre

Le cycle se compte du premier jour des règles au premier jour des suivantes. Au départ, œstradiol et progestérone sont au plancher, et c’est leur effondrement qui a déclenché le saignement. Un follicule se met alors à grossir dans l’ovaire et à fabriquer de l’œstradiol, dont le taux grimpe une dizaine de jours durant. Quand il touche son maximum, l’hypophyse lâche un pic de LH et le follicule éclate environ trente-six heures plus tard : c’est l’ovulation. Le follicule vidé se referme, devient le corps jaune, produit de la progestérone, puis s’éteint une quinzaine de jours après.

Deux de ces hormones agissent sur le désir, et elles tirent en sens contraire. L’œstradiol vers le haut, la progestérone vers le bas. La testostérone, que le corps féminin fabrique aussi en petite quantité, monte légèrement au milieu du cycle, mais les travaux qui la dosent au jour le jour ne retrouvent pas d’effet net sur l’envie. Je la cite parce qu’on la lit partout comme si l’affaire était réglée.

Moment du moisCe qui domineLe sens de la poussée
Les jours de règlesles deux hormones au planchervers le bas
Les dix jours suivantsl’œstradiol qui grimpevers le haut
L’ovulationle pic de LH, puis le follicule qui cèdele maximum du mois
Les deux semaines d’aprèsla progestérone du corps jaunevers le bas

Entre libido et cycle menstruel, l’effet est réel et petit

Une équipe allemande a fait tenir un journal quotidien à 1 043 femmes, dont 421 avec un cycle naturel, pour plus de 26 000 journées renseignées. Le désir à l’intérieur du couple monte bien pendant la fenêtre fertile. De combien ? De 0,31 point, quand la note moyenne des participantes s’établit à 3,48. Un déplacement qui apparaît lorsqu’on empile vingt-six mille jours. Pas forcément lorsque tu regardes ton mois.

Le même travail donne un second chiffre, et je le trouve plus parlant que le premier. Pendant les règles, la note recule de 0,39 point. La baisse des jours de saignement pèse donc un peu plus lourd que la hausse de l’ovulation. Beaucoup de femmes décrivent pourtant un regain d’envie pendant leurs règles, et les deux tiennent ensemble : ce regain-là se joue ailleurs que sur l’hormone, du côté de la tension prémenstruelle qui retombe, de la crainte d’une grossesse qui s’éloigne, d’un corps qu’on sent davantage.

Les trois chiffres à la même échelle

3,48

la note moyenne, tous jours confondus

+0,31

ce que la fenêtre fertile ajoute

−0,39

ce que les jours de règles retirent

La démonstration la plus propre du mécanisme, elle, vient d’un détour. Les participantes sous contraception hormonale ont servi de groupe témoin : elles saignent, mais elles n’ovulent pas. Chez elles, le déplacement du milieu de cycle s’efface. L’ovulation fait donc quelque chose que le calendrier seul ne fait pas.

Les auteurs ajoutent une phrase que je garde. L’écart d’une femme à l’autre est considérable. Un effet faible en moyenne peut être franc chez l’une et introuvable chez l’autre.

Pourquoi le fameux « jour 14 » ne vaut probablement pas pour toi

L’ovulation ne se compte pas depuis le début du cycle. Elle se compte depuis la fin. Le corps jaune vit une durée assez stable, autour de quatorze jours, et ce qui s’allonge ou se raccourcit d’une femme à l’autre, c’est la première moitié. Sur un cycle de trente-deux jours, l’ovulation tombe donc vers le dix-huitième jour. Sur un cycle de vingt-cinq jours, vers le onzième. Le repère du quatorzième jour décrit un cycle de vingt-huit jours, et ce cycle-là est une moyenne.


Deux réserves, qui pèsent autant que le calcul. Ce raisonnement suppose des cycles réguliers, ce qui n’est le cas ni les premières années, ni en périménopause, ni dans une période de stress lourd. Et il ne remplace aucune contraception : un compte à rebours range après coup, il ne prédit rien à l’avance.

Ce qui déplace ton envie plus fort que ton cycle

Sur les quatre-vingt-dix femmes passées par nos ateliers, ce qui revient en premier n’est jamais le cycle. C’est la nuit d’avant.

Une nuit hachée à trois heures, une douleur qu’on traîne, un changement de contraception, une conversation qu’on repousse depuis six semaines : chacun de ces éléments déplace l’envie davantage qu’un pic d’œstradiol, et tous s’additionnent. Un calendrier ne prédit à peu près rien contre ça.

Et il y a ce qui ne m’appartient pas. Une douleur pendant les rapports, des règles qui empêchent de travailler, une envie qui s’effondre et ne remonte plus depuis des mois : ça, c’est ton médecin traitant ou ta sage-femme. Je suis professeure de yoga, pas soignante, et je ne fais pas semblant de savoir.

Là où les travaux se contredisent

Une équipe canadienne a suivi soixante et une femmes pendant 311 jours en moyenne, avec l’ovulation confirmée par la température basale, et n’a trouvé aucun pic au milieu du cycle sur l’intérêt pour le sexe. Sur ces journaux-là, l’intérêt collait mieux à ce que les femmes vivaient qu’à leur position dans le mois.

Deux protocoles sérieux, deux résultats qui ne disent pas la même chose. C’est l’état de la connaissance aujourd’hui : l’effet hormonal existe, il est faible, et à peu près tout le reste de ta vie passe par-dessus.

Reste ton repère du début. S’il tombe au milieu du mois, tu es dans le cas de figure décrit, et il n’y a rien de particulier à en faire. S’il tombe ailleurs, ou nulle part, tu n’as rien de cassé non plus : les mesures elles-mêmes trouvent des femmes chez qui l’ovulation ne s’entend pas. Arrête simplement de chercher ton mois dans une roue dessinée pour quelqu’un d’autre.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

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