Vient de paraître Mon bilan prévention : le rendez-vous gratuit que personne ne te propose

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Mon bilan prévention : le rendez-vous gratuit que personne ne te propose

Quatre fois dans une vie, 30 à 45 minutes payées par l'Assurance Maladie. Ce qu'on fait pendant le bilan prévention, ce qu'on n'y fait pas, et comment décrocher le rendez-vous.

Par Nathalie Delcourt Publié le 26 septembre 2026 7 min de lecture Avec un calculateur

Un carnet de vaccination ouvert et des résultats d'analyses posés sur une table de cuisine

J’ai raté le mien de trois ans. Le rendez-vous de prévention des 45-50 ans a été essayé chez nous, dans les Hauts-de-France, entre octobre et décembre 2023, avant d’être ouvert partout en janvier 2024. J’avais 52 ans. Ma tranche s’était refermée en novembre 2021. Ni mon médecin ni ma caisse ne m’avaient prévenue qu’un truc pareil arrivait. Je l’ai su en 2025, par une collègue du poste chaud qui l’avait fait à la pharmacie du centre commercial.

Autant que tu le saches avant d’avoir mon âge. Mon bilan prévention, c’est un rendez-vous de 30 à 45 minutes avec un professionnel de santé, quatre fois dans une vie, payé 30 € par l’Assurance Maladie, rien à sortir de ta poche. On y parle, et on repart avec un papier. C’est tout ce qui s’y passe, et c’est là que la plupart des gens se trompent : il n’y a ni prise de sang, ni examen, ni ordonnance au bout.

Quatre tranches d’âge, et il faut y être pile

18-25 ans. 45-50 ans. 60-65 ans. 70-75 ans. Un bilan par tranche, pas deux : le professionnel le facture une seule fois par personne et par tranche, sous un code que l’Assurance Maladie appelle « RDV ». En dehors de ces quatre fenêtres, tu n’y as pas droit, même en le demandant.

Chez moi, ça donne ça. Océane a 24 ans, elle est dedans et elle l’ignore. Kévin en a 29, sa fenêtre s’est fermée en 2022, deux ans avant que le dispositif existe. Ma mère a 81 ans, elle est sortie de la sienne en 2020. Et moi, 55 ans, j’attends 2030. Sur quatre, une seule peut y aller.


Ce qui se passe pendant les 30 à 45 minutes

Trois temps. D’abord le repérage : le professionnel fait le tour de tes antécédents, de ce que tu manges, de ce que tu bouges, de ce que tu bois et fumes, de ton sommeil, de tes vaccins, de tes dents, de ton poids, de ton travail, de ta vie affective. La santé mentale et le repérage des violences sont dans la liste au même titre que le reste.

Ensuite, vous choisissez. Un sujet, deux au maximum. Pas dix. C’est la règle du dispositif, et je la trouve juste : le jour où j’ai voulu changer trois choses d’un coup dans un menu, j’ai récolté trois échecs au lieu d’un progrès.

Enfin le plan personnalisé de prévention, écrit à deux, à la fin du rendez-vous. Il porte tes objectifs, ce qui te bloque, les actions concrètes et vers qui t’orienter : un club, une maison sport-santé, une consultation. Ce document part à ton médecin traitant, sauf si tu t’y opposes. À partir de 60 ans, six fonctions s’ajoutent au tour de table, celles que l’Organisation mondiale de la santé suit dans son programme ICOPE : mémoire, nutrition, vision, audition, moral, mobilité.

Ce que le bilan prévention ne contient pas

Il n’y a pas de prise de sang. Pas d’examen clinique non plus, ni radio ni échographie, et aucun bilan sanguin ne tombe gratuitement à la fin. Le rendez-vous, c’est une conversation cadrée et un papier.

Ce qui surprend

Si quelque chose est repéré pendant les trois quarts d'heure, le médecin peut ajouter un acte, un seul : une consultation avec examen clinique et prescription d'analyses, un électrocardiogramme, ou un frottis dans le cadre du dépistage organisé. Cet acte-là repasse dans le régime ordinaire, remboursé comme d'habitude, avec la part qui reste à ta mutuelle. Le mot « gratuit » couvre le bilan, pas ce qui s'accroche derrière.

Chez un pharmacien, un infirmier ou une sage-femme, il n’y a pas d’ordonnance au bout non plus. Il y a une orientation, et un papier à rapporter à ton médecin.

168 000 bilans pour 21 millions de personnes concernées

168 000bilans faits sur les dix-huit premiers mois

21 millionsde personnes ont l'âge d'y avoir droit

0,8 %des personnes concernées y sont allées

Le décompte vient d’une équipe de l’université de Versailles-Saint-Quentin, qui l’a publié en novembre 2025.

Les chercheurs citent les écarts entre territoires, le temps que ça prend aux professionnels et le fait que le rendez-vous ne débouche pas toujours sur quelque chose. Moi je regarde le tarif, parce que c’est ce que je sais faire. Trente euros pour quarante-cinq minutes. Une consultation ordinaire de quinze minutes est payée trente euros elle aussi, depuis le 22 décembre 2024, et aucune majoration ne peut s’ajouter au bilan. Je ne juge personne, je pose le calcul : celui qui te le propose spontanément te fait un cadeau de temps.

Ce sont les généralistes et les pharmaciens qui en font le plus. Et les femmes y vont plus que les hommes.

Bilan prévention ou examen de prévention en santé, ce n’est pas le même rendez-vous

Mon bilan préventionExamen de prévention en santé
Oùchez ton médecin, ton pharmacien, ton infirmier, ta sage-femmedans un centre d’examens de santé
Durée30 à 45 minutes2 à 3 heures
Prise de sangnonoui, à jeun
Qui y a droit18-25, 45-50, 60-65 et 70-75 ansdès 16 ans, sans condition d’âge

Les deux sont gratuits et on les confond en permanence. L’examen de prévention en santé, c’est l’ancien bilan de santé de la Sécu, avec analyse d’urines et examen médical en plus de la prise de sang, et une priorité donnée aux personnes sans suivi régulier. Si c’est une prise de sang que tu cherches, c’est celui-là qu’il te faut.

Comment le décrocher

Demande-le à ton médecin traitant, ton pharmacien, ton infirmière ou ta sage-femme habituels. S’ils ne le font pas, sante.fr recense les professionnels qui se sont déclarés. À partir du 1er octobre 2026, les masseurs-kinésithérapeutes rejoignent la liste.

Deux choses à dire au moment de prendre le rendez-vous, sinon tu te retrouves avec un créneau de quinze minutes : que c’est pour un bilan prévention, et que ça demande trois quarts d’heure.

Avant d’y aller, remplis l’autoquestionnaire depuis Mon espace santé. Il n’est pas obligatoire, et il sert d’abord à toi : tu arrives avec tes réponses au lieu de les chercher devant quelqu’un. Emporte ton carnet de vaccination, tes dernières analyses, tes derniers résultats de dépistage. Une collègue y est allée les mains vides et elle est ressortie avec « refaire le point sur les vaccins » écrit sur son plan, ce qu’elle savait déjà en entrant.

Hors fenêtre comme moi, il n’y a pas de rendez-vous à décrocher. En revanche, l’autoquestionnaire de chaque tranche se télécharge librement sur ameli.fr. Je l’ai imprimé, rempli à la table de la cuisine un dimanche soir, et j’ai emporté chez mon médecin les trois lignes qui m’ont gênée.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

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