Six cents grammes de fleurs de lavandin pour un flacon de 10 millilitres. C’est ce que je coupe un matin de juillet et ce qui finit dans ta main quinze jours plus tard. Ce flacon contient environ deux cents gouttes. Tu vas en mettre huit dans un appareil, le laisser tourner vingt minutes, et il t’en restera pour vingt-cinq soirées. Bien réglée, la diffusion parfume la pièce jusqu’au coucher sans que personne y pense. Mal réglée, elle donne mal à la tête et vide le flacon en trois semaines.
Ce que ça ne fait pas, autant te le dire maintenant : ça n’assainit rien. Un diffuseur ajoute des composés volatils dans une pièce, il n’en retire aucun. L’Anses l’a écrit en avril 2020, dans son avis sur les sprays et diffuseurs à base d’huiles essentielles : ces appareils sont une source de pollution de l’air intérieur, et la fenêtre ouverte reste le seul geste qui nettoie vraiment une pièce. Ce qu’un diffuseur fait bien, c’est l’odeur d’une pièce, et c’est déjà quelque chose.
Ce qui sort du flacon change selon l’appareil
Six gouttes dans un nébuliseur portent plus loin que douze dans un appareil à eau, parce que le premier envoie l’huile pure et le second la dilue dans un réservoir. Une consigne en gouttes qui ne précise pas l’appareil ne veut donc pas dire grand-chose.
La coupelle chauffante, elle, je ne m’en sers pas et je te dis pourquoi. Au-dessus de 40 °C, les molécules légères partent en premier et les autres s’oxydent sur place. Au bout d’un quart d’heure tu ne sens plus ton huile, tu sens ce qu’elle est devenue. Le galet en argile poreuse ne chauffe rien et fait très bien le travail dans une petite pièce.
Le nombre de gouttes se compte en mètres cubes
Les fourchettes qu’on lit partout sont données en mètres carrés. L’approximation se casse dès qu’on change de logement : un séjour de 25 m² sous 2,40 m et le même sous 3,20 m d’une vieille maison, ça fait 60 m³ d’air d’un côté et 80 de l’autre. La deuxième pièce demande un tiers de matière en plus pour le même résultat.
La règle que j’applique chez moi : une goutte pour cinq mètres cubes, et jamais plus de douze gouttes en une fois. Ma cuisine fait 34 m³, j’y mets sept gouttes. La chambre de Lou en fait 26, elle en reçoit cinq, et jamais quand elle est dedans.
Si l’odeur te paraît faible, ne rajoute pas de gouttes : rapproche l’appareil. Deux mètres changent tout.
Vingt minutes, puis tu éteins
Ton nez sature en trois à cinq minutes. Passé ce délai tu ne sens quasiment plus rien, alors que la pièce, elle, continue de se charger. « Je ne le sens plus » ne veut pas dire « il n’y en a plus » : ça veut dire que ton nez a décroché.
Vingt minutes de marche, puis l’arrêt, puis deux heures avant de recommencer. Une diffusion de vingt minutes parfume une pièce fermée pendant deux bonnes heures. Un appareil qui tourne toute la soirée ne parfume pas mieux, il expose plus longtemps.
Et jamais la nuit dans une chambre où quelqu’un dort. Une diffusion se lance dans une pièce vide, trente minutes avant d’y entrer.
Les huiles qui n’ont rien à faire dans un diffuseur
Deux familles de molécules restent au flacon.
Les huiles riches en phénols d’abord : thym à thymol, origan compact, sarriette, cannelle, girofle. Ce sont d’excellentes huiles, et elles irritent les voies respiratoires : l’Anses rattache à leur diffusion une partie des irritations de la gorge et des yeux signalées. Elles se diluent sur la peau. Pas dans l’air d’un salon.
Les huiles riches en cétones ensuite : menthe poivrée, eucalyptus mentholé, sauge officinale, hysope. Elles sont neurotoxiques à dose. Une pièce fermée où l’on reste une heure n’est pas l’endroit où faire ce calcul, surtout avec des enfants qui jouent par terre, là où la brume retombe.
Ce qui se diffuse sans histoire : le lavandin, la lavande vraie, le petit grain bigarade, l’orange douce, le pin sylvestre. Si tu ne sais pas dans quelle case tombe ton flacon, la distinction entre les trois lavandes est un bon terrain d’entraînement. Méfie-toi aussi des agrumes qui traînent : ils s’oxydent vite et deviennent irritants en vieillissant. Six mois après ouverture, ça se sent au nez.
Le chat, l’enfant, l’asthme : les cas où on n’allume pas
Le chat, d’abord. Il ne métabolise pas les phénols comme nous : le gène de l’enzyme qui s’en charge ne fonctionne plus chez lui. Là où un chien élimine un composé phénolique en quelques heures, il lui faut des jours, et les molécules s’accumulent. Ajoute la brume qui se dépose sur son pelage et qu’il avale en se léchant, et tu as deux voies d’entrée au lieu d’une. Un chat qui peut sortir de la pièce, à la rigueur. Un chat enfermé avec un diffuseur, jamais.
Ensuite les personnes : enfant de moins de trois ans, grossesse, allaitement, asthme. L’Anses leur recommande de ne pas utiliser ces produits, et l’asthme figure en tête de sa liste à cause des substances irritantes émises. C’est écrit dans son avis, pas dans le mien.
Reste le flacon lui-même. Entre janvier 2011 et mars 2019, les centres antipoison français ont enregistré 4 114 cas d’exposition à des sprays et diffuseurs d’huiles essentielles, dont 1 432 avec des symptômes. L’âge médian de ces cas : cinq ans. Et la voie d’exposition principale, dans près d’un cas sur deux, c’est la bouche. Dans ces chiffres, le flacon laissé ouvert à côté de l’appareil pendant qu’on va chercher un verre d’eau pèse bien plus lourd que la vapeur. Range-le en hauteur et fermé, comme tu ranges l’eau de Javel. Chez moi c’est le placard au-dessus de l’évier, et il y a un loquet dessus depuis 2013.
Sur tout ce qui touche un traitement en cours, une grossesse ou un asthme suivi, demande à ton pharmacien : il a ta liste, moi non, et il te répondra en deux minutes.
À quoi tu vois que c’est bien réglé
Sors de la pièce deux minutes, puis rentre. C’est le seul contrôle qui vaille, parce qu’il remet ton nez à zéro. Si l’odeur te saute au visage, tu as chargé trop lourd : retire deux gouttes la prochaine fois. Si tu la trouves juste présente, sans avoir à la chercher, c’est bon. C’est le test que je fais faire aux classes qui viennent à la ferme, et les enfants trouvent le réglage plus vite que les adultes.
Deux autres signes. Personne n’a mal à la tête à la fin de la séance. Le mal de tête, c’est la surcharge. Le réservoir se vide, se rince et se sèche après chaque usage. L’huile qui reste dans l’eau tiède rancit en deux jours, et ce qui repartira le surlendemain ne sera plus ce que tu as acheté.