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Sexualité et intimité

Le point G existe-t-il ? Aucun organe distinct trouvé

Le point G existe-t-il ? Aucune dissection n'a isolé d'organe distinct, et les deux camps d'anatomistes qui s'opposent sont d'accord là-dessus. Ce que décrivent vraiment le clitoris interne, l'urètre et la paroi antérieure du vagin.

Par Marion Vuillemin Publié le 1 janvier 2020 6 min de lecture

Instruments de dissection alignés sur un linge de lin gris, près d'une fenêtre

Non. Aucune dissection n’a jamais isolé d’organe distinct qui mériterait ce nom, et je te le dis dans la première ligne plutôt qu’au bout de trois paragraphes. Depuis 1950, des anatomistes ouvrent, mesurent et photographient cette région du corps. Personne n’en a rapporté une structure qu’on retrouve chez toutes les femmes, au même endroit, faite des mêmes tissus.

La sensation, elle, existe. Elle ne vient simplement pas d’un organe à part. La question revient à presque chaque cycle d’ateliers que je coanime depuis 2021 avec Hélène Bourgeois, conseillère conjugale, et elle arrive toujours sous la même forme : je ne le trouve pas, est-ce que j’en ai un. Tu n’es pas la seule à la poser, et la réponse anatomique est plus simple que la question ne le laisse croire.

Soixante-quinze ans de recherche, et aucune structure reproductible

1950une zone sensible décrite le long de l'urètre
1981le nom apparaît, sans preuve nouvelle
2001un article parle de mythe gynécologique
2012une dissection contre une revue de 96 travaux
202131 études, existence non démontrée

Ernst Gräfenberg publie en 1950 un article sur le rôle de l’urètre dans l’orgasme féminin. Il y décrit une zone sensible le long de l’urètre, sur la paroi antérieure du vagin. Il ne parle jamais d’un organe, et il ne lui donne pas son nom : ce sont d’autres chercheurs qui le feront en 1981, et un livre grand public qui le rendra célèbre l’année suivante.

Depuis, deux camps se répondent. En 2012, le gynécologue Adam Ostrzenski annonce avoir trouvé la structure au cours d’une dissection : un sac de tissu fibro-conjonctif de 8,1 mm de long et 0,4 mm d’épaisseur, logé dans la paroi antérieure. Une dissection, une seule femme, 83 ans, décédée. La même année, une revue de 96 travaux publiés entre 1950 et 2011 conclut qu’aucune preuve solide n’établit une entité anatomique distincte.

La revue systématique la plus complète date de 2021 et retient 31 études. Sa conclusion tient en une ligne : l’existence de cette structure reste non démontrée. Les travaux qui affirment l’avoir vue ne s’accordent ni sur sa position, ni sur sa taille, ni sur la nature du tissu.

Le clitoris ne s’arrête pas à ce qui se voit

L’urologue australienne Helen O’Connell a publié en 1998, puis en 2005 dans le Journal of Urology, les travaux qui ont refait la carte. Dissections d’un côté, imagerie par résonance magnétique sur des femmes vivantes de l’autre. Le gland, la petite partie visible sur la vulve, n’est qu’une extrémité. Derrière, il y a un corps, deux racines qui filent le long des branches osseuses du pubis, et deux bulbes érectiles posés de part et d’autre du vestibule. L’ensemble mesure huit à dix centimètres et il entoure l’urètre et la première portion du vagin.

Le mécanisme se comprend à partir de là. La paroi antérieure du vagin, celle où l’on cherche le fameux point, est mince. Derrière elle passe l’urètre, et autour de l’urètre se trouvent les bulbes et les racines. Une pression exercée à cet endroit ne s’arrête pas à la muqueuse : elle déforme des tissus érectiles situés ailleurs. La sensation se ressent en un point, sa source est répartie tout autour.

C’est aussi pour ça que la zone semble apparaître et disparaître. Sur un corps au repos, ces tissus sont plats. Sur un corps déjà excité, ils sont gonflés et ont bougé de quelques millimètres. Le relief cherché n’est plus le même.

Deux lectures anatomiques s’opposent, et pas sur ce qu’on croit

Le désaccord se raconte d’habitude comme un match entre ceux qui y croient et ceux qui n’y croient pas. Les deux camps s’accordent pourtant sur un fait : aucun organe portant ce nom n’a été établi. Ce qu’ils se disputent, c’est ce qu’il faut mettre à la place, et une bonne part de la dispute porte sur le vocabulaire. Clitoris interne, bulbes du clitoris, complexe clitorido-urétro-vaginal ne figurent pas dans la nomenclature anatomique officielle, et c’est le premier reproche que le second camp adresse au premier.

La lectureCe qu’elle avanceCe qu’on lui oppose
Une zone qui travaille ensembleclitoris interne, urètre et paroi antérieure forment un ensemble solidaire, fonctionnel plutôt qu’anatomiqueces termes ne figurent dans aucune nomenclature officielle
Une anatomie strictele vagin n’a pas de rapport anatomique avec le clitoris, et ce qui se ressent vient des organes érectiles voisinselle laisse de côté ce que les femmes décrivent

Ce qui déplace la réponse d’une femme à l’autre

En 2010, une équipe du King’s College de Londres a interrogé 1 804 jumelles. Le raisonnement était propre : si une structure anatomique commandait cette sensibilité, les vraies jumelles, qui partagent tout leur patrimoine génétique, devraient se répondre plus souvent que les fausses. Elles ne se répondent pas davantage, et aucune part héréditaire n’est ressortie.

D’autres travaux, sur trente femmes, ont mesuré à l’échographie l’épaisseur du tissu séparant l’urètre de la paroi vaginale et l’ont trouvée variable. Trente, c’est peu, et personne n’a refait la mesure à grande échelle.

Le reste ne se compte pas en millimètres. L’état des muqueuses change avec l’imprégnation hormonale, après un accouchement, autour de la ménopause, et la sécheresse modifie complètement ce qui se ressent. La fatigue et le moment comptent au moins autant que la topographie. Une douleur pendant les rapports, elle, ne relève ni de l’anatomie du plaisir ni d’une professeure de yoga : elle se dit à un médecin ou à une sage-femme, et elle se dit tôt.

Chercher un point sur une carte pose mal la question

La formulation elle-même contient l’erreur. Demander où se trouve le point G, c’est traiter le plaisir comme une adresse : on irait au bon endroit, on appuierait, et le résultat suivrait. Onze sessions d’ateliers et quatre-vingt-dix femmes plus tard, je n’ai jamais entendu personne décrire son corps de cette manière. Ce qui revient, c’est un soir plutôt qu’un autre, une période de la vie, quelqu’un avec qui c’est possible et quelqu’un avec qui ça ne l’est pas. Est-ce que la topographie compte pour quelque chose là-dedans ? Sûrement. Pour combien, je n’en sais rien.

Et il faut dire où s’arrête ce qu’on sait. Les grandes enquêtes reposent sur ce que les femmes déclarent après avoir entendu parler du point G toute leur vie d’adulte : dans la revue de 2021, 62,9 % des 5 072 participantes disent en avoir un, ce qui mesure une culture autant qu’un corps. Aucun travail n’a comparé entre elles l’importance relative des différentes sensibilités vaginales. Le mot a soixante-quinze ans, il circule dans la presse et dans les manuels, et il désigne toujours une chose que personne n’a montrée deux fois.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

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