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Sommeil, stress et tête

Cure thermale et stress : les questions qui reviennent

Dix-huit jours prescrits par ton médecin, 65 % des soins remboursés, un essai sur 237 personnes anxieuses, et un mot, détox, qui ne recouvre aucun mécanisme.

Par Marion Vuillemin Publié le 1 janvier 2020 5 min de lecture

Un peignoir blanc plié sur un banc de bois clair, au bord d'un bassin thermal dont l'eau fume légèrement.

Est-ce qu’un médecin peut prescrire une cure thermale pour du stress

Marie-Claude, 58 ans, m’a dit ça en janvier, en pliant sa couverture après le cours : « mon médecin m’a parlé d’une cure, mais moi ce que je veux, c’est qu’on me foute la paix pendant trois semaines. »

Oui. Il existe douze orientations thérapeutiques prises en charge par l’Assurance maladie, et l’une d’elles s’appelle affections psychosomatiques. C’est celle qui couvre l’anxiété, les troubles du sommeil et la dépendance aux somnifères. Ton médecin traitant remplit le formulaire, la caisse donne son accord, et la cure dure dix-huit jours de soins effectifs. Une par année civile pour la même affection.

Cette question revient à chaque atelier, souvent avec la même gêne, comme s’il fallait mériter d’y aller. Tu n’es pas la seule à la poser.

Ce que le mot détox recouvre dans une cure thermale

Rien de mesurable. Ton foie transforme, tes reins filtrent. Ils le font sans qu’on les aide, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, que tu partes en cure ou que tu restes chez toi, et aucun bain ne les fait travailler plus vite. Côté réglementation, aucune allégation de détoxification ne figure dans la liste européenne des allégations de santé autorisées pour les aliments : aucun dossier n’a passé l’évaluation scientifique. Le mot appartient au rayonnage.

Ce qui me gêne n’est pas le mot. C’est qu’il déplace la promesse : il laisse croire qu’une substance sort de toi, alors que ce qui change pendant une cure, c’est ton emploi du temps.

Et si tu veux essayer quelque chose maintenant, sur la chaise où tu lis : six respirations, en expirant deux fois plus longtemps que tu inspires. Trois secondes dedans, six dehors. Ça prend une minute, tu n’as rien à acheter, et tu sauras dans une minute si ça te fait quelque chose.

Qu’est-ce qui agit vraiment pendant trois semaines de cure

Il existe un essai français, STOP-TAG, mené dans quatre stations sur 237 personnes souffrant d’un trouble anxieux généralisé. Un groupe partait en cure trois semaines, l’autre prenait de la paroxétine. À huit semaines, l’échelle d’anxiété de Hamilton baissait davantage dans le groupe cure : moins 12,0 contre moins 8,7.

L’essai ne dit rien de ce qui, dans la cure, a produit ce résultat. Personne ne peut prendre un bain sans savoir qu’il le prend : l’aveugle est impossible, et on compare donc deux prises en charge entières. L’eau n’y est jamais isolée du reste. Or dans ces trois semaines il y a aussi des horaires fixes, du mouvement tous les jours, un groupe qui parle des mêmes nuits que toi, et un quotidien laissé à quatre cents kilomètres.

Je le dis comme une bonne nouvelle. Une partie de ce qui a marché là-bas se refait chez toi, en plus petit, et ça ne coûte rien.

Combien coûte une cure thermale, et ce qui reste à ta charge

Les soins sont remboursés à 65 % du tarif conventionnel, les honoraires du médecin thermal à 70 %. Le reste dépend de tes revenus.

18 joursde soins effectifs, c'est la durée d'une cure conventionnée

65 %la part des soins prise en charge par l'Assurance maladie

1 par anune seule cure remboursée par année civile pour la même affection

L’hébergement et le transport ne sont pris en charge que sous condition de ressources, et ce plafond est bas, 14 664 € de revenus annuels pour une personne seule : au-dessus, tu paies trois semaines de logement de ta poche, et c’est très souvent le vrai obstacle. Les détails à jour sont sur la page de l’Assurance maladie consacrée à la cure thermale, et ils changent d’une année sur l’autre.

Est-ce que je peux arrêter mes somnifères pendant une cure thermale

Pas toute seule, et pas en décidant ça sur place. Ça, c’est à ton médecin, celui qui a prescrit la boîte, et la conversation se prépare avant le départ.

Cela dit, c’est un vrai sujet du thermalisme psychosomatique. Une étude appelée SPECTh a suivi 70 personnes dans quatre stations, avec un accompagnement en thérapie comportementale et des ateliers pendant la cure : à six mois, 43 % avaient complètement arrêté les benzodiazépines, et 80 % les avaient arrêtées ou réduites de moitié au moins. Il n’y avait aucun groupe témoin, donc personne ne sait ce qui serait arrivé aux mêmes gens restés chez eux. Sur soixante-dix personnes, c’est un signal. Pas davantage.

Le sevrage d’un anxiolytique se conduit sur des semaines, avec un médecin, et jamais parce qu’on se sent mieux le dixième jour.

Une mini-cure de trois jours vaut-elle une cure de dix-huit jours

Non, et ce n’est pas la même chose du tout. Une mini-cure est un forfait commercial : ni prescription, ni accord de la caisse, aucun remboursement. Ça peut faire du bien, comme tout week-end où on ne fait rien.

Seulement, l’effet dont on parle sur le sommeil et l’anxiété tient à la durée. Recaler une heure de coucher et de lever demande une dizaine de jours de répétition. J’ai mis vingt-deux mois à retrouver un endormissement ordinaire après huit ans de nuits, alors je me méfie de tout ce qui promet un rythme réparé en un week-end.

Ce qui tient au retour d’une cure, et ce qui retombe

C’est la question qu’on me pose le plus au sujet du thermalisme, en général six mois après.

Ce qui retombe, c’est ce qui dépendait du lieu : la piscine à 34 degrés, quelqu’un qui te dit quoi faire à quelle heure, les autres curistes dans le couloir. Reste ce que tu as continué. Et une seule habitude tenue tous les jours fait plus de travail que la liste entière abandonnée au bout de dix jours.

Choisis-en une, la plus petite, celle qui te coûte le moins.

Ce que la cure organise pour toiCe que tu peux tenir chez toi
Lever et coucher aux mêmes heuresLa même heure de lever, week-end compris
Du mouvement dans l’eau tous les matinsVingt minutes de marche, dehors, avant midi
Des ateliers de relaxation encadrésDix minutes d’expiration lente, couchée, avant de dormir
Un groupe qui parle des mêmes nuitsUne personne à qui tu en parles vraiment
Trois semaines sans les charges du quotidienUne soirée par semaine où tu ne réponds à rien

Ça ne marche pas sur tout le monde. Sur moi et sur la plupart des gens de mes cours, c’est la régularité de l’heure de lever qui fait le plus de travail, et c’est aussi la plus ingrate à tenir.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

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