Vient de paraître Pourquoi on pleure : ce que la larme fait, et ne fait pas

Médecine douce et santé naturelle

Complément alimentaire tonus : ce que l'allégation a le droit de dire

Sur 44 000 allégations santé déposées en 2008, 229 ont été autorisées. La phrase « contribue à réduire la fatigue » appartient à neuf nutriments, pas à ta boîte : le seuil de 15 % qui l'ouvre, et les 1 548 allégations sur les plantes jamais évaluées.

Par Sébastien Reynaud Publié le 1 janvier 2020 7 min de lecture Avec un calculateur

Une boîte de comprimés ouverte posée sur une table de cuisine, sa notice dépliée à côté et le tableau des valeurs nutritionnelles visible au dos du carton

En 2012, j’ai fait imprimer trois cents étiquettes portant « apaise les douleurs articulaires ». Un contrôleur passé sur le marché de Nyons m’a expliqué en trois minutes que je venais d’écrire une allégation thérapeutique sur un produit qui n’est pas un médicament. Il ne m’a pas verbalisé. J’ai jeté le lot le soir même, et j’en ai gardé une, punaisée au-dessus du bureau.

Alors quand je retourne une boîte de multivitamines tonus et que je lis « contribue à réduire la fatigue », je sais que cette phrase-là, elle, est autorisée. Ce que j’ai mis longtemps à comprendre, c’est que l’autorisation ne porte pas sur la boîte. Elle porte sur un nutriment précis, vitamine C, fer, magnésium ou vitamine B, et elle décrit une fonction du corps. Le produit qui en contient assez recopie la phrase. Il n’a rien eu à prouver de son côté.

D’où vient la phrase imprimée sur la boîte

Elle vient d’un catalogue. Le règlement européen 1924/2006 a posé un principe simple : aucune mention de santé sur un aliment si elle ne figure pas sur une liste positive. Pour bâtir cette liste, la Commission a demandé aux États membres de lui remonter, avant janvier 2008, tout ce qui se disait alors sur les emballages. Elle a reçu 44 000 allégations. Après regroupement des doublons, 4 637 sont parties à l’autorité européenne de sécurité des aliments.

44 000allégations remontées à la Commission avant 2008

4 637transmises à l'évaluation après regroupement

229autorisées au bout du compte

Il en est ressorti 229 autorisées. C’est la liste du règlement 432/2012, applicable depuis décembre 2012, et elle n’a presque pas bougé depuis. Chaque entrée y donne trois choses : le nutriment concerné, la formulation exacte de la phrase et la condition à remplir pour l’écrire. La formulation est figée, et la liste est publique. « Contribue à réduire la fatigue » se recopie mot pour mot d’une marque à l’autre, sans qu’aucune des deux ait conduit la moindre étude.

Le seuil qui ouvre le droit à l’écrire

Ce qui ouvre ce droit, c’est une quantité. Pour porter l’allégation attachée à un nutriment, un complément alimentaire doit d’abord pouvoir se dire « source de » ce nutriment. Le seuil tient en un chiffre : 15 % des valeurs nutritionnelles de référence par dose journalière recommandée.

Quinze pour cent. Pour la vitamine C, ça fait 12 milligrammes, soit à peu près un demi-kiwi. À partir de ce niveau, la boîte a le droit d’écrire qu’elle contribue à réduire la fatigue. Elle peut aussi en mettre huit fois plus : la phrase reste la même, parce que rien dans le règlement ne fait monter la promesse avec la dose.



Neuf nutriments portent l’allégation fatigue, et pas un de plus

Retourne ta boîte et regarde la colonne des pourcentages, au dos du carton. Les neuf lignes ci-dessous sont les seules qui donnent accès à la phrase. Le reste de la composition, aussi fourni soit-il, n’y ouvre aucun droit.

NutrimentRéférence par jourMinimum pour la phrase
Vitamine C80 mg12 mg
Fer14 mg2,1 mg
Magnésium375 mg56,25 mg
Vitamine B21,4 mg0,21 mg
Vitamine B316 mg2,4 mg
Vitamine B56 mg0,9 mg
Vitamine B61,4 mg0,21 mg
Vitamine B9200 µg30 µg
Vitamine B122,5 µg0,38 µg

Sur la même boîte, deux phrases qui n’ont pas le même statut

Je l’ai découvert en cherchant pourquoi ma phrase à moi était interdite. Sur les 4 637 allégations envoyées à l’évaluation, 1 548 portaient sur des plantes : ginseng, guarana, éleuthérocoque, acérola, tout ce qui fait vendre un produit tonus. La Commission a demandé qu’on les mette de côté, le temps de trancher une question de méthode. On attend depuis. Le Sénat le constatait encore en février 2021 : ces allégations restent en attente d’évaluation et continuent d’être utilisées.

Sur le même carton, tu peux donc lire « la vitamine B6 contribue à réduire la fatigue », phrase évaluée puis autorisée, et trois centimètres plus bas une mention sur le ginseng qui n’a jamais passé le moindre examen. Rien ne les distingue à l’œil, même corps de texte, même emplacement. Je vis de la vente de plantes et je te le dis quand même : la seconde ne vaut pas la première, et l’emballage ne te donne aucun moyen de faire le tri.

Déclaré ne veut pas dire autorisé

Un complément alimentaire se déclare avant d’arriver en rayon, il ne s’autorise pas. Autrement dit, personne n’a examiné le produit avant sa mise en vente. La surveillance vient après. L’Anses recueille les effets indésirables signalés par les médecins et les consommateurs, environ cinq cents déclarations en 2024, dont cinq d’une sévérité et d’une imputabilité très élevées. C’est peu au regard du nombre de boîtes vendues. Ça n’est pas rien non plus, et ça se signale.

Pourquoi ça se sent chez l’un et pas chez l’autre

Une allégation autorisée décrit une fonction, pas un résultat. Le fer participe au transport de l’oxygène, les vitamines B au métabolisme énergétique. C’est établi, et ça reste vrai que tu prennes la boîte ou non.

Ce qui fait varier ce que tu ressens, c’est ton point de départ. Si tu manques de fer, combler ce manque change quelque chose, parfois beaucoup. Le fer manque plus souvent qu’on ne le croit, en particulier chez les femmes qui ont des règles abondantes. Si ton statut est correct, l’excès de vitamines hydrosolubles repart par les urines et tu ne sentiras rien de particulier.

L’évaluation européenne a buté là-dessus. Démontrer un bénéfice clinique chez quelqu’un qui va bien est difficile, et 65 % des allégations refusées sur preuves nouvelles l’ont été faute de preuves cliniques suffisantes. Une fatigue qui s’installe se creuse avec une prise de sang.

Ce que l’étiquette doit écrire à côté, et que personne ne lit

Dès qu’une boîte porte une allégation de santé, le règlement l’oblige à trois mentions de plus : le rappel qu’une alimentation variée et un mode de vie sain comptent, la quantité de produit à consommer pour obtenir l’effet annoncé et l’avertissement destiné à ceux qui doivent s’abstenir. La deuxième est la plus utile et la plus escamotée. Elle te dit combien il faut en prendre, et pendant combien de temps, pour que la phrase du devant s’applique à toi.

Reste le cas où tu suis déjà un traitement. Celui-là ne se règle pas sur un emballage : demande à ton pharmacien, il a ta liste sous les yeux, moi non.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

À lire aussi dans « Médecine douce et santé naturelle »

Toute la rubrique « Médecine douce et santé naturelle »

Ailleurs sur le site

Revenir à l'accueil

Ce site n'est pas un cabinet médical

On y décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Un symptôme qui dure ou qui revient se montre, il ne se cherche pas en ligne.

Qui écrit ici