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Médecine douce et santé naturelle

Valériane et sommeil : compte deux semaines, pas une nuit

Une prise une heure avant le coucher, et deux à quatre semaines avant que ça se sente : la monographie européenne écrit les deux. Ce que la racine fait au sommeil, sous quelle forme, et à partir de quand.

Par Sébastien Reynaud Publié le 1 janvier 2020 7 min de lecture Avec un calculateur

Racines de valériane séchées en vrac sur une claie de bois, à côté d'un bocal en verre ambré

La monographie européenne de la racine de valériane dit de la prendre une demi-heure à une heure avant le coucher. Quelques lignes plus bas, dans le même tableau, elle dit que cette racine ne convient pas à un traitement immédiat et qu’il faut la tenir deux à quatre semaines pour en tirer quelque chose. Les deux phrases sont dans le même document. La seconde ne se retrouve presque jamais à côté d’un flacon.

Elles ne se contredisent pas. L’heure de la prise donne le rythme, elle ne déclenche rien le soir même. Autant te le dire avant que tu paies : la valériane ne coupe pas une mauvaise nuit, elle ne rattrape pas un dimanche soir d’angoisse, et elle ne remplace aucun somnifère. Pour un kilo de l’extrait sec que l’Europe reconnaît, il faut trois à sept kilos de racine séchée, et une racine fraîche perd déjà les trois quarts de son poids au séchoir. Beaucoup de terre pour quelque chose qui se juge en quinze jours.

Ce que l’Europe reconnaît, et ce qu’elle appelle seulement un usage

Le document du comité européen des médicaments à base de plantes, révisé en février 2016, range la racine en deux colonnes.

FormePar priseStatut européen
Extrait sec hydroalcoolique, en gélule400 à 600 mgusage bien établi
Racine coupée, en tisane0,3 à 3 gusage traditionnel
Teinture au 1/5, éthanol 70 %3 ml au coucherusage traditionnel
Racine en additif de bain100 g par bainusage traditionnel

La première s’appelle usage bien établi. Elle ne couvre qu’une seule préparation : un extrait sec obtenu à l’éthanol entre 40 et 70 %, avalé en gélule ou en comprimé, 400 à 600 milligrammes par prise. Celle-là a des essais derrière elle.

La seconde s’appelle usage traditionnel, et elle couvre tout le reste : racine coupée en tisane, teintures, jus de racine fraîche, extraits à l’eau, et même la racine en additif de bain. Usage traditionnel veut dire employé depuis au moins trente ans sans qu’on relève de problème. Pas démontré en essai. Une reconnaissance d’ancienneté, pas de résultat.

La plante est la même dans les deux colonnes. Ce qui change, c’est ce qu’on a le droit d’en dire. Le rayon, lui, ne fait aucune différence entre les deux.

Pourquoi le premier soir ne se sent pas

La monographie parle d’une entrée en action progressive, et elle en tire la conséquence dans la phrase suivante : la racine n’est pas adaptée à une intervention ponctuelle. Ce que les essais ont mesuré tient en deux choses modestes. Le temps qu’on met à s’endormir, et la qualité de nuit telle qu’on la rapporte le lendemain. Rien qui ressemble à une extinction.

Le passage le plus honnête du document tient en une ligne, et personne ne le cite : ces effets ne peuvent être attribués avec certitude à aucun constituant connu. On soupçonne l’acide valérénique, on soupçonne les valépotriates, aucun des deux n’a été isolé comme responsable. Le mécanisme n’est donc pas un pic dans le sang à 22 h 30. C’est quelque chose qui s’installe.

Si tu prends une gélule un mardi soir de mauvaise nuit et que rien ne bouge, tu n’as rien appris. La question n’était pas la bonne. La bonne : est-ce que ta quinzième nuit ressemble à ta première.

Combien de racine il y a vraiment dans ce que tu prends

C’est le calcul que je fais sur tout ce que je vends, et il marche ici aussi. Sur une étiquette sérieuse, tu trouves un rapport d’extraction, écrit 4:1 ou 5:1. Il dit combien de kilos de racine sèche ont donné un kilo de poudre. Une gélule de 450 milligrammes en 5:1, ça fait 2,25 grammes de racine.

Une tasse de tisane, selon la même monographie, c’est 0,3 à 3 grammes de racine coupée dans 150 millilitres d’eau bouillante. Le même ordre de grandeur, donc. Mais l’eau bouillante et l’éthanol à 70 % ne sortent pas les mêmes molécules de la même racine, et la colonne des essais repose sur la préparation à l’éthanol. Deux tasses ne font pas une gélule, et l’inverse non plus.



L’odeur, dont personne ne te prévient

Une racine de valériane sèche sent mauvais, et les catalogues qui écrivent terreux enjolivent. C’est l’acide isovalérique, la molécule d’une chaussette portée trop longtemps et de certains fromages. Le séchage la développe. Les chats la repèrent de loin et perdent toute dignité devant.

Retourne-le à ton avantage. Une racine qui ne sent presque rien a été mal séchée, ou elle traîne depuis deux ans dans un bocal transparent sur une étagère éclairée. Sur ce que je sèche moi, l’odeur passe avant la couleur au moment de trier. En gélule tu n’as plus ce repère, ce qui reste un argument sérieux pour l’extrait sec quand l’odeur te bloque.

Les situations où la valériane ne se prend pas

Les cas où on s'abstient

Pas avant 12 ans, faute de données chez l'enfant. Pas pendant la grossesse ni l'allaitement : la sécurité n'est pas établie. Et l'aptitude à conduire peut être diminuée, y compris au réveil quand la prise a été tardive.

Autre chose que le document rapporte : une dose d’environ 20 grammes de racine a provoqué fatigue, crampes abdominales, oppression dans la poitrine, tête légère, tremblement des mains et pupilles dilatées, le tout parti en vingt-quatre heures. Vingt grammes, c’est sept à dix fois une prise de tisane. On y arrive en cumulant les formes sans y penser, la tisane du soir plus les gélules.

Interactions : ce que la monographie dit, et ce que ton pharmacien ajoutera

Sur les interactions, la monographie écrit « aucune rapportée ». Les ouvrages de pharmacie, eux, alignent une liste de mises en garde : sédatifs, tranquillisants, antidépresseurs, antihistaminiques, opioïdes. Les deux disent vrai, sur deux exercices différents. Le premier recense ce qui a été publié, les seconds appliquent un principe de prudence sur des effets qui se cumulent. Si tu prends un traitement, cette question-là n’est pas pour moi : ton pharmacien a la liste de ce que tu avales, moi non, et il te répondra en deux minutes.

Ce qu’on ne sait pas encore sur la valériane

On ne sait pas quelle molécule agit. Les résultats des essais restent modestes et ne se retrouvent pas d’une étude à l’autre. Rien n’est documenté au-delà de quatre semaines d’affilée, ce qui ne vaut pas autorisation d’y rester six mois. Et l’indication porte sur l’aide à l’endormissement : si ton problème est de te réveiller à 3 h sans réussir à repartir, tu n’es pas sur la même question.

Ce que je ferais, moi : une seule forme, tenue quatorze soirs de suite, sans en changer en cours de route. Si au bout de deux semaines ta nuit n’a pas bougé, change de piste plutôt que de dose ou de marque. Ce sera déjà un renseignement.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

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