Vient de paraître À quel âge arrivent les premières rides

Beauté et soins

À quel âge arrivent les premières rides

Les premières rides arrivent au coin de l'œil entre 25 et 30 ans, et elles se voient d'abord quand tu souris. Ce qui déplace cet âge tient surtout au soleil pris et au tabac fumé. Le relâchement, lui, arrive vingt ans plus tard et par un tout autre mécanisme.

Par Sébastien Reynaud Publié le 21 août 2026 8 min de lecture Avec un calculateur

Des sommités d'hélichryse fraîchement coupées dans une cagette en bois, posées près d'un flacon ambré de 5 millilitres sur une table en pierre au soleil rasant

En haut de la page : les premières rides arrivent vers 25 ans. Quelques paragraphes plus bas, sur la même page : elles deviennent vraiment visibles entre 30 et 35 ans. Les deux phrases sont exactes. Elles ne désignent simplement pas la même chose, et personne ne prend jamais la peine de dire laquelle.

La première ridule se creuse au coin de l’œil, en éventail. Elle se voit quand tu souris bien avant de se voir sur un visage au repos. Pour la version qui bouge, compte entre 25 et 30 ans chez la plupart des gens ; pour celle qui reste marquée quand tu ne fais plus rien, entre 35 et 40. Cette date-là dépend beaucoup moins de ton année de naissance que du soleil que tu as pris et du tabac que tu as fumé. Quant au relâchement, l’ovale qui descend et le cou qui plisse, c’est un autre mécanisme et vingt ans plus tard.

Je cultive huit mille mètres carrés d’hélichryse italienne, celle qu’on vend sous le nom d’immortelle. Plusieurs centaines de kilos de sommités fleuries pour sortir un seul kilo d’huile essentielle : voilà pourquoi un flacon de 5 millilitres coûte le prix d’un repas. C’est aussi la plante qu’on me réclame le plus sur le marché de Nyons, toujours avec la même phrase : « c’est bien pour les rides ? » Je réponds non avant de répondre autre chose. Elle fait de belles choses sur un hématome. Sur un pli installé par quinze ans de sourires et de plein soleil, elle ne fait rien.

Trois choses différentes portent le nom de ride

Le pli qui bouge. Sur le visage, des muscles s’attachent directement au derme, ce qui n’existe presque nulle part ailleurs dans le corps. Quand l’orbiculaire de l’œil se contracte, la peau se plie perpendiculairement à ses fibres, toujours au même endroit. Tant que le derme a de quoi revenir, le pli s’efface dès que le muscle lâche. Un enfant de six ans qui rit a des pattes d’oie ; elles disparaissent en une seconde.

Le pli qui reste. Au même endroit, après des dizaines de milliers de répétitions, la peau ne se referme plus tout à fait. Les fibres d’élastine se sont désorganisées, le collagène s’est raréfié. La ride devient statique : elle est là sur une photo d’identité, visage neutre.

Le terrain qui s’affaisse. L’orbite s’élargit, la mandibule et l’os malaire reculent, les paquets de graisse du visage fondent par endroits et glissent vers le bas. La peau suit ce qu’il y a dessous.

Trois horloges séparées, qui ne partent pas ensemble. Une ridule ne devient jamais un relâchement.

La croyance

« Une peau bien hydratée ne se ride pas. » L'hydratation joue sur le confort et sur la lumière du teint. Elle ne change rien à un pli creusé par un muscle. Une peau déshydratée montre des ridules qui s'effacent en quelques jours : ce n'est pas la même chose.

Pourquoi la patte d’oie passe toujours en premier

Trois raisons, et aucune n’est mystérieuse. La peau de la paupière fait environ 0,5 millimètre d’épaisseur, contre 4 millimètres en haut du dos : c’est la plus fine du corps, celle qui a le moins de réserve pour encaisser un pli. Elle porte très peu de glandes sébacées. Et l’orbiculaire travaille sans arrêt : on cligne quinze à vingt fois par minute, soit dans les quinze mille fois sur une journée d’éveil, sans compter les fois où l’on plisse contre le soleil ou contre un écran.

Le front suit, pour la même raison mécanique. Les sillons entre le nez et la bouche, eux, relèvent déjà du troisième mécanisme.


Ce qui déplace la date, c’est le soleil

Une équipe a suivi 298 femmes à Montpellier, réparties selon leur histoire d’exposition : celles qui cherchaient le soleil, celles qui le fuyaient. Les signes visibles de vieillissement du visage y sont attribués aux ultraviolets pour une part de l’ordre de 80 pour cent. Ce chiffre circule partout ; il vient de là, il a été publié en 2013, et il porte sur des peaux claires uniquement.

L’image qui m’a le plus servi sur un marché est un cas décrit dans une revue médicale américaine en 2012. Un livreur de 69 ans, vingt-huit ans de camion, la vitre à sa gauche. Le côté gauche de son visage est épaissi, creusé, plissé ; le côté droit a son âge. Même homme, même génétique, même tabac, même sommeil. La seule variable, c’est le rayonnement qui traverse le verre.

Le tabac vient ensuite. Une étude menée sur des paires de jumeaux identiques a montré qu’à patrimoine génétique égal, celui qui avait fumé paraissait plus vieux, et l’écart se creusait avec les années de cigarette.

Moi, à 4 h 30 dans la lavande, je ne mets rien : il fait nuit. À partir de 9 h, chapeau à bord large, indice 50 sur le nez, les oreilles et la nuque, et je repasse une couche vers midi. Pas pour mes rides. Parce que j’ai vu ce que vingt étés font à un dos de cou.

L’ovale et le cou, c’est vingt ans plus tard

Le relâchement se remarque chez la plupart des gens entre 45 et 55 ans, et il ne suit pas le calendrier des ridules. Quelqu’un qui a des pattes d’oie nettes à 32 ans peut garder un ovale ferme à 55, et l’inverse se voit tout autant.

Ce qui pèse ici : la charpente osseuse, qui n’est pas la même d’un visage à l’autre ; les variations de poids répétées, qui vident et remplissent les compartiments graisseux ; le peaucier du cou, ce muscle en nappe qui se distend et laisse apparaître deux cordes verticales. Rien de tout ça ne se joue dans la couche superficielle de la peau, ce qui explique pourquoi ce qu’on y étale n’y change pas grand-chose.

Ce que personne ne sait vraiment dire

Le chiffre le plus recopié du sujet est celui-ci : le collagène diminuerait de 1 pour cent par an à partir de 25 ans. Il vient de travaux des années 1970, il est repris depuis cinquante ans sans être remesuré, et il masque une variation énorme d’une personne à l’autre. Je le cite parce qu’il est partout ; je ne bâtirais pas une décision dessus.

Deux autres réserves. Les grandes études de photovieillissement portent en majorité sur des peaux claires, et leurs calendriers ne se transposent pas aux peaux plus pigmentées, où les rides arrivent en général plus tard mais les taches plus tôt. Et l’exposition solaire y est presque toujours déclarée par les gens eux-mêmes, de mémoire, sur trente ans.

Ce que je peux dire de mes plantes tient en une ligne. Une huile essentielle bien conduite sent bon, elle apporte des molécules dont certaines sont documentées, et aucune de mes analyses ne me permet d’écrire qu’elle défroisse un pli. Le seul geste dont l’effet sur la date de tes rides est solidement établi coûte moins de dix euros le tube et se met le matin.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

À lire aussi dans « Beauté et soins »

Toute la rubrique « Beauté et soins »

Ailleurs sur le site

Revenir à l'accueil

Ce site n'est pas un cabinet médical

On y décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Un symptôme qui dure ou qui revient se montre, il ne se cherche pas en ligne.

Qui écrit ici