Vient de paraître Comment gagner en souplesse : les étirements du début

Forme et mouvement

Comment gagner en souplesse : les étirements du début

Tu ne touches pas tes pieds et tu veux savoir par où commencer. La mesure à prendre aujourd'hui avec un bout de ruban adhésif, quatre étirements, le rythme fixé par les repères de l'ANSES, et ce qui bouge vraiment en six semaines de travail de la souplesse.

Par Marion Vuillemin Publié le 4 octobre 2026 7 min de lecture Avec un calculateur

Un ruban adhésif de peintre collé au sol le long d'un tapis, un stylo posé à côté

Assieds-toi au bord de ta chaise, jambes tendues devant toi, talons au sol. Penche le buste vers tes pieds, sans forcer, et regarde où arrivent tes doigts. Les genoux, les tibias, les chevilles. Voilà ton point de départ, et ça t’a pris dix secondes.

Cette question revient à chaque cycle d’atelier, presque dans les mêmes mots : je suis raide comme un piquet, je commence par quoi. Tu n’es pas la seule à la poser. Pour gagner en souplesse, il faut trois séances de dix minutes par semaine, quatre étirements, et un chiffre noté sur un bout de papier. Chez la plupart des gens de mes cours, six semaines à ce rythme suffisent pour que les doigts descendent de quelques centimètres. Chez d’autres, ça ne bouge pas, et je ne sais pas pourquoi.

Prends ta mesure avant de t’étirer une seule fois

Sans chiffre de départ, tu ne sauras jamais si ça marche, et tu arrêteras au bout de trois semaines en croyant que ça ne sert à rien. C’est ce qui fait arrêter les gens de mes cours, bien avant la difficulté des positions.

Installe-toi par terre, jambes tendues, plantes des pieds contre un mur ou contre le pied du canapé. Colle une bande de ruban adhésif de peintre au sol, le long de ta jambe, en partant du mur. Penche-toi vers tes pieds, doucement, sans à-coup, et marque au stylo l’endroit du ruban qu’atteignent tes doigts. Mesure du mur jusqu’à la marque. Note le chiffre et la date.

Chez une élève de 54 ans qui n’avait rien fait depuis vingt ans, ça donnait 34 centimètres au premier essai, un mardi de décembre.

Ta souplesse bouge sans que ton muscle s’allonge, et ça change la méthode

J’ai raconté pendant six ans que les étirements allongeaient les muscles et que la souplesse était le but du travail. Ludivine, kinésithérapeute à Besançon, m’a mis sous le nez en 2016 ce que disent les travaux sur le sujet. J’avais tort sur les deux points.

Weppler et Magnusson, deux chercheurs en kinésithérapie, ont passé en revue en 2010 dans la revue Physical Therapy ce qui avait été mesuré là-dessus. Le muscle s’allonge bien pendant qu’on le tient, par élasticité, mais cet allongement est passager : il repart en quelques dizaines de minutes. Les gains observés après une séance, et après les programmes courts de 3 à 8 semaines, viennent d’ailleurs. D’une sensation modifiée. Le seuil à partir duquel ton corps dit stop a reculé, ta cuisse mesure la même chose qu’avant.

Deux conséquences pratiques. La séance héroïque du dimanche ne stocke rien, puisque ce que tu gagnes en une fois s’en va avant le dîner : dix minutes trois fois valent mieux que trente minutes une fois. Et ce que tu travailles vraiment, c’est ta tolérance à une position. Celle qui te semblait insupportable en janvier devient tenable en mars, avec exactement le même corps.

Quatre étirements pour commencer, et le rythme qui les fait tenir

Sur les assouplissements, les repères français d’activité physique publiés par l’ANSES en 2016 sont précis : 2 à 3 fois par semaine, précédés d’un échauffement musculaire, tenus 10 à 30 secondes, répétés 2 à 3 fois. Et une phrase que je cite dans mes cours, parce qu’elle règle la moitié des questions : ces exercices doivent être limités par la sensation d’inconfort ou de raideur.

L’échauffement n’a rien de compliqué. Cinq minutes de marche suffisent, ou fais tes étirements en rentrant des courses plutôt qu’au saut du lit. Un muscle froid tire plus vite et t’arrête plus tôt.

Quatre positions, pas onze. Ce sont celles qui manquent aux gens qui passent leur journée assis, et un lecteur à qui j’en donne onze en fait quatre la première semaine et zéro la troisième.

ZoneComment tu t’installesOù ça tire
Arrière de la cuissetalon sur une marche, jambe tendue, buste vers le piedderrière la cuisse, jamais dans le genou
Molletmains au mur, une jambe loin derrière, talon au soldu creux du genou au talon
Devant de la hanchefente au sol, genou arrière sur un coussin, bassin qui avanceen haut de la cuisse avant
Poitrineavant-bras contre un montant de porte, un pas en avantsous la clavicule
N'achète rien

Un tapis à 19 euros fait le travail, et le sol de ta chambre aussi. Deux livres de poche remplacent une brique, une écharpe remplace une sangle. Garde ton argent pour un cours associatif à 2 euros la séance.

Le grand écart est la pire première cible que tu puisses choisir

La forme des os varie d’une personne à l’autre. Chez certains, à un moment, ce n’est plus le muscle qui arrête le mouvement de hanche, c’est l’os contre l’os. Ludivine me l’a montré en 2016 avec un bassin en plastique posé sur sa table, et aucun étirement ne déplace ça.

La souplesse se compte articulation par articulation, jamais en note globale. J’ai dans mes cours des femmes qui posent les paumes à plat au sol et qui ne peuvent pas tourner la tête assez pour faire un créneau.

Une cible dont on ne voit rien pendant des mois finit toujours de la même façon. Ton ruban adhésif te rend 2 centimètres en trois semaines, et ce sont ces 2 centimètres qui te font continuer jusqu’en mai.

Ce qui bloque, et à quel moment ce n’est plus mon terrain

La douleur d’abord. La sensation juste, c’est un tiraillement supportable, qui diminue pendant que tu tiens. Une douleur vive, une décharge dans la jambe, une fesse qui brûle jusqu’au mollet : tu arrêtes, et ça part chez ton médecin ou chez un kinésithérapeute, pas chez une professeure de yoga.

L’inverse existe et se repère moins bien. Si tu poses les paumes au sol sans effort, si tes doigts partent loin en arrière et que tu as pourtant mal aux épaules ou aux genoux, tu n’as pas besoin de plus d’amplitude. Tu as besoin d’un avis, et sans doute de muscler plutôt que d’étirer. Ton médecin, puis un kinésithérapeute.

Le troisième blocage est le plus banal. Les vacances, une grippe, trois semaines sans rien : ton seuil est revenu où il était, tu reprends au chiffre de janvier et tu en conclus que tu n’es pas fait pour ça. Non. Tu reprends, et la deuxième montée va plus vite que la première.

Comment tu sais que ça a marché

Refais la mesure au bout de 3 semaines, puis de 6. Même ruban, même mur, pieds nus, plutôt le soir : on est tous plus raides au réveil, et comparer un matin à un soir ne veut rien dire. 2 à 4 centimètres gagnés sur ta marque, c’est réel, et ça suffit.

Le second indicateur vaut mieux que le premier, à mon avis. Est-ce que tu enfiles tes chaussettes debout sans y penser. Est-ce que tu ramasses les jouets sans t’appuyer sur le canapé. Le jour où ça se fait sans que tu l’aies remarqué, le ruban ne te sert plus à rien.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

À lire aussi dans « Forme et mouvement »

Toute la rubrique « Forme et mouvement »

Ailleurs sur le site

Revenir à l'accueil

Ce site n'est pas un cabinet médical

On y décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Un symptôme qui dure ou qui revient se montre, il ne se cherche pas en ligne.

Qui écrit ici