Vient de paraître Étirements au bureau : comment s'étirer sans te lever

Forme et mouvement

Étirements au bureau : comment s'étirer sans te lever

Six gestes assis, trente secondes chacun, cinq minutes en tout : la série d'étirements au bureau que personne autour de toi ne remarque. Avec l'ordre, l'heure où chacun tombe le mieux, et le geste que j'ai retiré de mes cours.

Par Marion Vuillemin Publié le 20 septembre 2026 8 min de lecture Avec un calculateur

Une chaise de bureau à roulettes tournée vers un clavier, dans la lumière d'une fenêtre

« Je ne vais quand même pas me mettre à faire du yoga devant mes collègues. » Sandrine m’a dit ça un mardi de novembre, en enfilant son manteau à la fin d’un cours du midi en entreprise. Elle avait raison : personne ne va s’allonger entre deux bureaux. Elle l’a eu autrement. Six gestes, trente secondes chacun, cinq minutes en tout, sur la chaise où tu es assis en ce moment. Commence : attrape le bord de l’assise avec la main droite, laisse l’oreille gauche descendre vers l’épaule gauche, respire trois fois lentement. Voilà, le premier est fait.

Tu n’y gagneras aucune souplesse, ce n’est pas le but. Tu y gagneras deux heures : celles qui séparent le moment où ta nuque se rappelle à toi aujourd’hui, vers 16 h, et le moment où elle le fera dans dix jours. La méthode pour le vérifier est à la fin. La question revient à chaque cours du midi en entreprise, suivie de « mais discrètement ».

La série tient en cinq minutes et se fait du haut vers le bas

L’ordre n’est pas décoratif : on part de la nuque, parce que c’est elle qui tire tout le reste vers l’avant, et on descend. Trente secondes par position, les deux côtés quand il y a deux côtés. En dessous de trente secondes je ne sens rien changer, et j’ai écrit ailleurs pourquoi trois minutes n’apportent pas grand-chose de plus.

Tu expires pendant la tenue, longuement : un étirement fait en apnée ne relâche rien, il crispe. Cherche un tirage large, du genre qu’on tient sans serrer les dents. Si ça pique, si ça brûle ou si ça descend dans le bras, arrête-toi et va voir ton médecin. Ça, ce n’est pas mon terrain.

Nuque et haut du dos : les deux gestes qui décident du reste

Le premier, tu viens de le faire, mais la moitié des gens le ratent au même endroit. Main droite sous l’assise, doigts refermés sur le bord : c’est elle qui tient l’épaule en bas, et sans elle l’épaule monte avec la tête. Menton rentré, regard droit devant. Ne pose surtout pas l’autre main sur ton crâne pour tirer : la nuque n’a pas besoin d’aide, elle a besoin qu’on la laisse tomber.

Le deuxième s’occupe de la zone entre les omoplates, celle qui devient dure et sourde vers 15 h. Croise les doigts devant toi, tends les bras à hauteur de poitrine, pousse les mains loin et laisse le haut du dos s’arrondir derrière. Menton vers le sternum.

Poignets et avant-bras : trente secondes entre deux mails

Celui-ci se fait sous le bureau, personne ne le voit jamais. Bras droit tendu devant toi, paume vers le plafond, doigts vers le sol : la main gauche attrape les doigts et tire doucement vers toi. Quinze secondes. Retourne la main, paume vers le sol, tire à nouveau. Quinze secondes. Les deux côtés.

Mes élèves qui saisissent des données le réclament en premier : l’avant-bras ne fait pas mal, il fatigue.

Poitrine, hanches, fessiers : tout se joue sur le bord de l’assise

Avance-toi jusqu’à sentir l’arête de la chaise sous les cuisses ; le dossier ne sert plus à rien ici.

La poitrine d’abord : mains croisées derrière la tête, coudes qui partent vers l’arrière. Ne cambre pas le bas du dos pour gagner deux centimètres ; ce sont les coudes qui s’ouvrent, pas les lombaires qui plongent.

Viennent les fléchisseurs de hanche, le geste que huit heures d’assis réclament le plus et que presque personne ne fait. Recule la jambe droite sous la chaise jusqu’à ce que le genou passe derrière la hanche, pied en appui sur la pointe, puis redresse le bassin comme si tu rentrais le pubis. Ça tire devant la cuisse, très haut.

Les fessiers pour finir : cheville droite sur le genou gauche, dos long, buste qui bascule à partir des hanches, pas des épaules.

Le geste qu’on te répète partout et que je ne fais plus faire

La grande rotation de la tête, le cercle complet qui passe par l’arrière. On l’apprend dans presque toutes les salles de sport. Je l’ai retiré de mes cours.

En 2016, j’ai fait faire une posture en appui sur les épaules à une femme de 68 ans qui avait de l’arthrose cervicale. Elle ne me l’avait pas dit parce que je ne le lui avais pas demandé. Trois semaines de douleurs. Depuis, je pose la question par écrit avant chaque premier cours, et j’ai sorti de mes séances tout ce qui met la nuque en fin de course. La portion arrière du cercle n’apporte rien que les inclinaisons ne donnent déjà, et elle coince ceux qui auraient besoin du reste.

À la place : quatre quarts de cercle, menton toujours devant. Oreille droite, retour, menton au sternum, retour, oreille gauche. La tête ne part jamais en arrière.

À quelle heure poser chaque geste

Quatre rendez-vous dans la journée valent mieux que cinq minutes calées d’un bloc : ce qui abîme le dos, c’est la durée pendant laquelle tu n’as pas bougé. L’INRS conseille des pauses actives, idéalement toutes les trente minutes, et l’article R4542-4 du code du travail oblige ton employeur à interrompre ton temps d’écran. Quatre pauses, c’est un plancher.


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Et les réglages de ta chaise et de ton écran passent avant tout ça : s’étirer ne rattrape pas un poste mal réglé.

Ce qui empêche de le faire : le bureau d’en face

Personne ne me dit « je n’ai pas cinq minutes ». On me dit « je me sens ridicule ». C’est le seul obstacle sérieux, et il se règle en deux temps.

D’abord, trie. Trois des six gestes sont invisibles depuis le bureau d’en face : poignets sous le plateau, fléchisseurs de hanche, fessiers. Deux se remarquent à peine pendant un appel : l’inclinaison de nuque et l’arrondi du haut du dos. Un seul se voit vraiment, l’ouverture de poitrine ; garde-le pour le couloir.

Ensuite, dis-le. Une phrase à voix haute, une fois, « j’ai la nuque en vrac, je m’étire deux minutes », et la question est réglée pour l’année. Dans les entreprises où j’interviens, celui qui commence entraîne deux ou trois collègues en quinze jours.

Comment tu sais, dans dix jours, que ça a marché

Le repère n’est pas ta souplesse : c’est une heure.

Lundi, note sur un papier l’heure à laquelle ta nuque se manifeste pour la première fois. Trois jours de suite, tu as ta moyenne. Reprends-le dix jours ouvrés plus tard, sans rien changer d’autre. Si l’heure a reculé d’une heure ou deux, la série marche sur toi et tu peux arrêter de compter. Si elle n’a pas bougé, le problème n’est pas l’étirement, et ça vaut une visite chez le médecin du travail.

Le deuxième signe ne se note pas : un jour, tu attrapes le bord de ton assise sans y avoir pensé, entre deux mails. Ça ne marche pas sur tout le monde, à vue de nez sur la moitié de mes élèves du midi. Sur moi, depuis six ans.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

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