91 % des personnes secourues sur les pistes françaises pendant l’hiver 2024-2025 portaient un casque, d’après le bilan du Système national d’observation de la sécurité en montagne. Le casque est donc réglé. Ce qui reste tient dans trois quarts d’heure la veille au soir et dix minutes le matin.
Tu n’es pas la seule à te le demander : chaque janvier, trois ou quatre élèves du cours du mardi me demandent quoi acheter avant de partir avec leurs gamins. Ma réponse ne parle presque jamais de matériel. Elle parle de ce que l’enfant doit pouvoir répéter, de deux objets qui tiennent sur sa tête, et de la sueur.
922journées-skieur pour un blessé, hiver 2024-2025
57 %des secours sur une piste bleue
70 %par beau temps, pas en tempête
Les trois règles que ton enfant doit pouvoir te répéter
La Fédération internationale de ski en publie dix, reprises telles quelles sur les panneaux des stations françaises. À six ans, personne n’en retient dix, alors prends-en trois.
| La règle du panneau | Ce qu’il doit pouvoir dire |
|---|---|
| Le skieur d’amont doit épargner celui d’aval | « Celui qui est en dessous, je le contourne large » |
| Regarder en amont avant de s’engager ou de repartir | « Je regarde derrière avant de redémarrer » |
| S’arrêter au bord de la piste, à un endroit visible | « Je m’arrête sur le côté, jamais dans une bosse » |
Fais-les dire à voix haute, par l’enfant, en haut de la piste et skis aux pieds. Pas dans le salon la veille, pas dans la voiture : au moment où ça sert. Trois fois le premier jour, une fois les suivants.
Celle qui coûte le plus cher est la première. Un enfant regarde vers le bas, parce que c’est là qu’il va et là qu’il a peur. Il ne se retourne pas avant de repartir, et c’est en repartant qu’on se fait prendre.
Le casque tient s’il ne bouge pas, le masque a une catégorie
Un casque de ski porte la norme EN 1077, en classe A ou en classe B. La différence tient aux oreilles : couvertes par la coque elle-même en classe A, par une partie amovible en classe B. Le magasin te vendra surtout de la classe B.
Le réglage compte plus que le modèle. Pose-le, serre la molette arrière, puis demande à ton enfant de secouer la tête vite, de gauche à droite. Si la peau du front bouge avec le casque, il est à sa taille. S’il glisse tout seul, il est trop grand, et il se déplacera au moment du choc. Sous le menton, tu passes deux doigts, pas trois. Et un casque qui a pris un vrai choc se remplace : la mousse intérieure s’écrase pour absorber l’énergie et ne reprend jamais sa forme, même sous une coque intacte.
Pour les yeux, l’altitude change tout. L’indice UV gagne environ 10 % par tranche de mille mètres, et la neige renvoie de 40 à 90 % du rayonnement qu’elle reçoit, selon l’association Sécurité solaire. Il en prend par en haut et par en bas à la fois, même quand il fait froid et que le ciel est blanc. Il lui faut un masque de catégorie 3 au minimum, la 4 par grand soleil et en haute altitude. Un masque, pas des lunettes : ça reste sur le nez après une chute. La crème se met vingt minutes avant de sortir, sans oublier le dessous du menton ni le tour des narines : la lumière remonte de là.
Les couches : c’est la sueur qui refroidit, pas le vent
Trois couches : une contre la peau qui évacue, une qui isole, une qui coupe le vent. Ça, tout le monde le dit. Là où ça rate, c’est sur la première.
Un tee-shirt en coton absorbe la transpiration et la garde contre la peau. Ton enfant remonte le fil-neige quatre fois en courant, il transpire, il s’assoit sur le télésiège, et il passe huit minutes immobile dans le vent avec un dos mouillé. C’est là qu’il a froid, pas dans la descente. Laine mérinos ou synthétique, moins de quinze euros en taille enfant, et le problème disparaît.
Le geste tient en trois secondes et se refait à chaque pause : passe la main sous la veste, entre les omoplates. Si c’est mouillé, tu retires la polaire avant de reprendre le télésiège, tu ne l’ajoutes pas. Deux détails, pour finir : un tour de cou plutôt qu’une écharpe, qui s’accroche aux perches, et des moufles jusqu’à sept ans, parce que les doigts se tiennent chaud entre eux.
Ce qui bloque : le réglage, la chaussure et l’heure
Les fixations se règlent selon la norme ISO 11088, à partir de cinq données : le poids, la taille, l’âge, la longueur de semelle de la chaussure et le type de skieur. Un enfant en fait bouger quatre d’une saison à l’autre. Le réglage de l’an dernier ne vaut plus rien.
Donne au loueur un poids pesé, pas estimé. C’est la donnée qui pèse le plus lourd dans le calcul, et celle que les parents arrondissent. Le réglage final se fait sur un banc qui mesure la force réelle de déclenchement, et la fiche se signe : tu as le droit de la lire. Tu ne touches pas aux vis toi-même.
Puis la chaussure. Prise deux tailles trop grande pour tenir deux saisons, elle laisse le pied flotter dedans, et la fixation ne reçoit plus les efforts au moment où elle devrait lâcher. Un pied qui flotte, c’est aussi un enfant qui n’arrive pas à tourner.
Et l’heure, que personne ne regarde. Les services des pistes interviennent surtout en fin de matinée et en fin d’après-midi ; chez un enfant, ce creux arrive plus tôt encore. Trente minutes à une heure suffisent avant quatre ans, deux heures ensuite, et une pause prise avant la fatigue vaut mieux qu’une pause qui la suit. Les accidents de remontées mécaniques sont d’ailleurs surtout des chutes à l’embarquement et au débarquement, quand un enfant fatigué ne coordonne plus rien.
À quoi tu vois, le soir, que la journée était bonne
Passe la main dans son dos pendant qu’il se déshabille. Sec ou tiède : les couches ont travaillé. Trempé, avec des frissons dans la voiture : la première couche est à changer.
Regarde son visage. Une trace rouge sur le nez et sous le menton dit que la réverbération est passée. Des yeux qui piquent ou qu’il frotte le soir disent que le masque ne filtrait pas assez, ou qu’il l’a porté sur le front.
Puis demande-lui sa règle. S’il la récite sans réfléchir, elle est acquise, et c’est celle qui sera encore là l’hiver prochain.
Une dernière chose, et là je passe la main. Une douleur qui persiste après une chute, un genou qui ne plie plus pareil, un choc à la tête suivi de vomissements ou d’un enfant qui devient bizarre : c’est le médecin, le jour même, pas au retour des vacances. Le cabinet de station existe pour ça.