Vient de paraître Pourquoi on pleure : ce que la larme fait, et ne fait pas

La santé au quotidien

Ce qui abîme les yeux au quotidien : six agressions et le geste qui va avec

Les écrans prennent tout, et l'INRS écrit qu'aucune maladie de la vision n'a été démontrée. Le soleil sans filtre, la fumée et les mains qui frottent, eux, laissent une trace. Six agressions classées de la plus durable à la plus réversible.

Par Nathalie Delcourt Publié le 1 janvier 2020 7 min de lecture Avec un calculateur

Une paire de lunettes de soleil posée branches ouvertes sur une table de jardin en plein soleil

Vingt étés à désherber le potager de mai à octobre, chapeau sur la tête, et jamais une paire de lunettes de soleil sur le nez. Personne ne m’a rien dit. En revanche, on m’a répété partout que les écrans allaient me bousiller la vue. Va comprendre : l’INRS écrit sur sa fiche « travail sur écran » qu’il n’a pas été démontré que ce travail engendre des pathologies de la vision, pendant que le soleil, lui, travaille le cristallin sur trente ans sans que ça se voie une seule journée.

Alors j’ai fait la liste. Six agressions d’une journée ordinaire, classées par ce qui reste une fois que tu as dormi. Numéro un, le soleil quand rien ne filtre les UV. Dernier, l’écran. Je ne suis pas soignante, je fais 3 800 couverts par jour dans une cuisine centrale : ce qui suit vient d’Ameli, de l’INRS et de Santé.fr, et je dis chaque fois qui parle.

Ce qui a servi à classer : est-ce que ça repart tout seul

Une seule question a fait le tri. Une irritation partie au réveil et un cristallin qui s’opacifie sur trente ans ne tiennent pas sur la même ligne, même si la première pique dix fois plus fort. Comme les oreilles, une partie de l’œil ne se répare pas : ce qui est pris est pris. J’ai gardé six agressions d’une journée normale et laissé de côté ce qui abîme les yeux par une maladie, diabète et tension en tête. Ça, c’est ton médecin qui le suit.

L’agressionDans l’œilCe qu’il en reste
Soleil sans filtreles UVA atteignent le cristallindéfinitif, ça s’additionne
Fumée de tabacla macula encaisse, les larmes aussiun risque des années après l’arrêt
Mains qui frottentla cornée se déformeelle ne revient pas
Eau sur des lentillesune amibe s’installe dessousrare, mais la vue peut y passer
Air sec et brasséles larmes s’évaporent trop viterien, une fois l’air corrigé
Écranon cligne deux à trois fois moinsrien, après une nuit

Le soleil quand rien ne filtre les UV

Les UVA traversent la cornée et vont jusqu’au cristallin, qu’ils opacifient à la longue : c’est la cataracte. Santé.fr y ajoute la kératite, cette inflammation qui arrive le soir même d’une journée de réverbération, et l’ophtalmie des neiges. Le tort qu’on fait au soleil, c’est d’en faire une histoire de plage et de mois d’août. Sur l’eau, sur la neige, sur un mur clair, il travaille aussi en avril à 9 h du matin.

Les premiers visés sont ceux qui passent leurs journées dehors sans y penser : au jardin, au marché, sur un chantier, au volant. Vérifie deux marquages sur la branche, CE et UV 400, et prends une catégorie 3 en forte lumière. Là-dessus je suis intraitable, c’est mon terrain : une paire à 12 € qui porte ces deux mentions filtre exactement ce que filtre une paire à 180 €, le reste paye la monture. Un verre foncé sans filtre fait ouvrir la pupille et laisse entrer plus d’UV qu’un œil nu.

La fumée, la tienne et celle du salon

Ameli est direct : fumer multiplie par 4 à 5 le risque de dégénérescence maculaire liée à l’âge, et le risque persiste plusieurs années après l’arrêt. Cette maladie touche environ 10 % des 65-75 ans, et 25 à 30 % des plus de 75 ans. Le plus gros multiplicateur de la liste. De loin.

La même fumée fait aussi le petit travail du quotidien : Ameli la range parmi ce qui assèche l’œil, à côté de l’air climatisé et du vent. Je ne fais la leçon à personne, j’ai vu ce que ça donne en salle de pause. Pour qui ne s’arrête pas, il reste une phrase : on ne fume pas dans la pièce où quelqu’un d’autre a les yeux rouges.

Les mains qui frottent

Le geste le plus bête de la liste. Il ne coûte rien à supprimer. La cornée se déforme sous le frottement répété, et les ophtalmologistes qui suivent le kératocône décrivent une règle sans appel : l’œil le plus frotté est le plus atteint. Une cornée déformée ne reprend pas sa forme toute seule. S’ajoute ce que tu as sur les doigts, et ça je connais : en cuisine, on se lave les mains entre chaque tâche, ce n’est pas de la coquetterie.

Si ça démange tous les jours, le frottement répond à quelque chose, allergie ou œil sec, et c’est ce quelque chose qu’il faut aller chercher. Compresse fraîche en attendant, et un vrai rendez-vous.

L’eau sur des lentilles

Je n’en ai jamais porté, donc là je rapporte. Une amibe d’eau douce, l’Acanthamoeba, vit dans l’eau du robinet, la piscine, le jacuzzi, la douche. Piégée entre une lentille et la cornée, elle provoque une kératite très difficile à traiter, avec un vrai risque pour la vue. C’est la plus rare des six, je ne vais pas te raconter le contraire. Mais quand elle arrive, on ne rattrape pas toujours tout. Lentilles retirées avant la douche, la piscine et la mer, et jamais d’eau du robinet ni de solution maison pour les rincer ou les conserver.

L’air sec de la clim et du chauffage

Ameli met l’air sec ou climatisé dans la même liste que la fumée, le vent et l’altitude. Le principe est bête comme un plan de travail : le film de larmes qui couvre l’œil s’évapore, d’autant plus vite que l’air est sec et qu’il bouge. Deux heures d’autoroute avec la soufflerie braquée sur la figure font le même travail qu’un mois de chauffage.

Ça pique fort. Ça repart. C’est pour ça que ça descend dans le classement. Dévie les buses vers le pare-brise, aère même en janvier, pose une casserole d’eau sur le radiateur comme faisait ma grand-mère.

Les écrans, et le seul reproche qui tienne

L’accusé numéro un ferme la marche. L’INRS décrit une fatigue visuelle bien réelle, yeux lourds, rougeurs, vision floue, puis ajoute que la plupart de ces symptômes sont réversibles et disparaissent après le repos.

Le reproche qui tient est mécanique. On cligne environ quinze fois par minute ; devant un écran, ce nombre est divisé par deux ou trois, et la surface de l’œil sèche. Un écran placé trop haut aggrave tout, parce qu’un œil grand ouvert offre bien plus de surface à l’évaporation. Descends le haut de l’écran sous la ligne de ton regard : la paupière retombe, le film tient. Sur un portable posé sur une pile de livres, ça veut dire enlever les livres. Les écrans du soir sont une autre affaire, celle du sommeil, et elle ne se règle pas comme ça.

Compte tes clignements pendant trente secondes, devant cet écran, sans te forcer.

Trente secondes au chrono.

Le compteur triche, et tant mieux : tu vas cligner davantage parce que tu comptes. Je me suis fait prendre pareil en 2019, en pesant les restes du self sur une seule semaine, celle de la rentrée, la pire de l’année. J’ai jeté la série et j’ai recommencé. Mesurer change ce qu’on mesure. Baisser son écran de dix centimètres, lui, ne demande aucune volonté.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

À lire aussi dans « La santé au quotidien »

Toute la rubrique « La santé au quotidien »

Ailleurs sur le site

Revenir à l'accueil

Ce site n'est pas un cabinet médical

On y décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Un symptôme qui dure ou qui revient se montre, il ne se cherche pas en ligne.

Qui écrit ici