Est-ce que ce n’est que de la vapeur d’eau ?
Non, et j’ai raconté le contraire à quelqu’un.
Il y a trois ou quatre ans, dans la salle de pause, une collègue qui essayait d’arrêter de fumer m’a montré sa vapoteuse et m’a demandé ce que j’en pensais. Je lui ai dit que c’était de la vapeur d’eau et que ça ne pouvait pas lui faire grand-chose. Je n’avais rien vérifié. J’avais entendu la phrase quelque part, elle m’arrangeait bien, je l’ai répétée. C’est exactement la faute que je m’étais promis de ne plus refaire depuis qu’une infirmière scolaire m’avait reprise, en 2011, sur les deux litres d’eau par jour.
Ce qui sort d’une cigarette électronique est un aérosol, pas de la vapeur d’eau. Le liquide est chauffé par une résistance et part en fines gouttelettes. Et pendant qu’il chauffe, il fabrique des substances qui n’étaient pas dans le flacon au départ : le propylène glycol et la glycérine, la base commune à tous les liquides, se dégradent et donnent des aldéhydes. L’Anses en a retenu six pour les mesurer : formaldéhyde, acétaldéhyde, acroléine, furfural, glyoxal, propionaldéhyde.
Donc ce n’est pas rien. Ce n’est pas une cigarette non plus. La question est de combien c’est moins, et la réponse tient mal dans un pourcentage.
Est-ce moins dangereux que la cigarette ?
Oui, et l’écart est franc.
L’Anses a publié le 4 février 2026 sa première évaluation des risques du vapotage, un travail de trois ans. Pour chaque famille d’effets, elle classe la solidité de la preuve sur quatre crans : avéré, probable, possible, insuffisant. « Avéré » veut dire qu’on le sait. « Possible » veut dire qu’on a des signaux et pas de démonstration.
| Effet | Vapotage | Tabac fumé |
|---|---|---|
| Cardiovasculaire | probable | avéré |
| Respiratoire | possible | avéré |
| Cancérogène | possible | avéré |
| Cœur et poumons du fœtus | possible | avéré |
Aucune catégorie d’effet ne dépasse, ni en gravité ni en niveau de preuve, ce qu’on connaît du tabac fumé. L’écart vient de la combustion, qui n’a pas lieu. Rien ne brûle, donc pas de goudron et pas de monoxyde de carbone. Le tabac tue 75 000 personnes par an en France, dont 45 000 par cancer. À ce jour, aucune étude n’a observé de tumeur chez un vapoteur.
La plupart des gens croient l’inverse. Dans le Baromètre cancer de 2023, la majorité de la population estimait le vapotage aussi grave, ou pire, que le tabac fumé.
Le « 95 % moins nocif », ça veut dire un risque divisé par vingt ?
Non, et c’est le point le plus mal expliqué du sujet.
Cette formule tourne depuis 2015 et elle compare des quantités de produits toxiques. Sur les quantités, elle n’est même pas exagérée : selon la substance mesurée, l’aérosol en contient 79 à 100 % de moins que la fumée. Mais une quantité divisée par cent ne donne pas un risque divisé par cent. Ce qui compte est de repasser sous un seuil, et on repasse dessous ou pas.
Glyoxal émis 79 %
Glyoxal, vapoteurs à risque 0,6 %
Propionaldéhyde émis 99 %
Propionaldéhyde, vapoteurs à risque 4 %
Formaldéhyde émis 98 %
Formaldéhyde, vapoteurs à risque 84 %
Ce que la vapoteuse retire par rapport à la cigarette : la quantité émise, puis la part de consommateurs pour qui le risque ne s'écarte pas.
Regarde le glyoxal. Sa concentration baisse de 79 % par rapport à la cigarette, et la part des consommateurs pour qui le risque ne peut pas être écarté passe de 100 % à 99 %. Quasiment rien. Le propionaldéhyde perd 99 % de sa concentration, et cette part ne descend que de 100 % à 96 %. Le formaldéhyde, lui, fait le grand écart : 85 % des fumeurs sont dans une situation où le risque ne s’écarte pas, contre 13 % des vapoteurs.
C’est le même raisonnement qu’au marché, quand je compare un prix. Un paquet deux fois moins cher n’est pas deux fois moins cher au kilo, et le seul chiffre qui décide est celui au kilo.
Qu’est-ce qu’on sait des effets au bout de vingt ans ?
Rien, et personne ne peut le savoir aujourd’hui.
L’objet a quinze ans d’existence au maximum. Une bronchopneumopathie chronique se déclare généralement après plus de dix ans d’exposition, un cancer met souvent des décennies : le recul n’existe pas.
Il y a plus gênant. En France, 98 % des vapoteurs adultes fument ou ont fumé. Seulement 2 % n’ont jamais touché une cigarette. Quand on mesure quelque chose chez un vapoteur, on ne sait donc presque jamais si ça vient de la vapoteuse ou des vingt années de tabac d’avant. Aucune étude de long terme sur des vapoteurs n’ayant jamais fumé n’existe à ce jour, et l’absence de maladie chronique chez eux vient peut-être de là.
Je ne fume pas : est-ce que je peux m’y mettre ?
Non. La recommandation officielle tient en une phrase : ne jamais commencer à vapoter, ne pas commencer ni recommencer à fumer. Avec de la nicotine, l’aérosol entretient une dépendance de même nature que celle de la cigarette. Sans nicotine, des effets respiratoires restent possibles. Il n’y a rien à gagner là quand on ne fume pas.
Est-ce que ça aide vraiment à arrêter de fumer ?
Ça peut, à condition d’en sortir aussi.
Le premier geste recommandé n’est pas d’acheter du matériel, c’est de demander de l’aide à un professionnel de santé : médecin, pharmacien, infirmier, tabacologue. Les substituts nicotiniques, gommes et patchs, sont des produits de santé et ils sont pris en charge sur prescription. La cigarette électronique, elle, n’est pas un produit de santé et n’est pas remboursée.
Si l’arrêt ne tient pas avec ça, la vapoteuse devient un repli acceptable. Le but reste l’arrêt complet du tabac, pas une baisse du nombre de cigarettes. Et la vapoteuse s’arrête à son tour, un jour. Pour ta situation à toi, c’est ton médecin. Moi, je te dis ce qu’il y a dans le flacon.
Fumer et vapoter en même temps, c’est déjà ça de gagné ?
Non, et c’est le cas le plus fréquent : 65 % des vapoteurs français fument aussi. Garder les deux annule le bénéfice, puisque la fumée continue d’arriver comme avant. La réduction du nombre de cigarettes ne suffit pas non plus : même à une cigarette par jour, le risque lié aux aldéhydes de la fumée ne peut jamais être écarté.
Je suis enceinte et je fume, qu’est-ce que je fais ?
Tu vois ton médecin ou une sage-femme cette semaine, pas dans un mois. Ce qui est recommandé pendant la grossesse, c’est l’arrêt complet du tabac avec un accompagnement et des substituts nicotiniques, sans passer par la cigarette électronique. Des études animales montrent des effets possibles sur le développement cardiaque et pulmonaire du fœtus exposé. Si l’arrêt ne se fait pas autrement, la vapoteuse reste préférable à la cigarette. Cette décision-là se prend avec un soignant, pas sur un site.