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La santé au quotidien

Vapoter : la dépendance à la nicotine reste, la fumée part

En 2024, 47,7 % des gens qui vapotent tous les jours fument encore. La dépendance à la nicotine ne disparaît pas avec le vapotage, elle change de vitesse. Ce qui sépare une sortie du tabac d'un double usage installé pour des années, et ce que ça coûte vraiment.

Par Nathalie Delcourt Publié le 1 janvier 2020 7 min de lecture Avec un calculateur

Vapoteuse et petit flacon de liquide ambré posés sur une toile cirée à carreaux, à côté d'un cendrier en verre vide

Vapoter rend dépendant, et tourner autour de cette question fait perdre du temps à ceux qui la posent. La molécule est la même que dans une cigarette, elle se fixe sur les mêmes récepteurs, elle réclame pareil. Ce qui décide de ton année qui vient, c’est où va ton dosage, et si tu as vraiment arrêté de fumer à côté.

Là-dessus, le chiffre est raide. En 2024, chez les gens qui vapotent tous les jours en France, 47,7 % fument encore, et 49,5 % ont arrêté le tabac. C’est Santé publique France qui l’a publié le 11 décembre 2025. Un vapoteur quotidien sur deux n’a donc rien remplacé : il a ajouté.

Ce que la nicotine fait dans la tête, et pourquoi la vitesse compte

La nicotine passe par les poumons, entre dans le sang, monte au cerveau. Elle s’accroche là-haut à des récepteurs qui déclenchent une libération de dopamine. C’est le petit soulagement de la première bouffée, celui qui fait descendre fumer sous la pluie.

Ce qui rend la cigarette difficile à lâcher, ce n’est pas la quantité de nicotine. C’est sa brutalité. Après une bouffée, elle atteint le cerveau en moins de dix secondes, d’un bloc, et le cerveau apprend très vite à réclamer cette montée-là. Un pic net, vingt fois par paquet, pendant quinze ans.

Avec une vapoteuse, la montée est plus lente et plus étalée. Pas de pic aussi franc. Les travaux qui mesurent la dépendance des deux côtés trouvent d’ailleurs les vapoteurs moins accrochés que les fumeurs, à consommation comparable.

Il y a un revers, et il est mécanique. Une cigarette se termine, c’est ce qui l’arrête. Une vapoteuse ne se termine jamais : elle attend sur la table, et on tire dessus en épluchant des carottes ou en conduisant, sans y penser. Beaucoup de petites doses au lieu de vingt grosses, ça peut faire un total de nicotine journalier plus élevé qu’avant. L’arrivée des sels de nicotine a poussé dans le même sens, parce qu’ils irritent moins la gorge et qu’on tolère donc mieux un liquide chargé.

Rien là-dedans ne se soigne ni ne se guérit. Le problème se déplace, ce qui n’est déjà pas mal quand ce qui part, c’est la fumée.

Le double usage : garder le paquet et ajouter la vapoteuse

Fumer et vapoter en même temps n’est pas un échec. La plupart des gens commencent même comme ça : on garde le paquet, on essaie le matériel, on trouve ses réglages. Tabac info service l’écrit sans détour, l’idéal est de limiter ce double usage dans le temps.

Dans le temps. Pas de le supprimer le premier jour.

Le piège se referme plus tard. Les cigarettes qui restent quand on est descendu à trois ou quatre par jour sont les plus accrochées de toutes, celle du réveil et celle qui suit le café. Elles tombent en dernier, et elles suffisent à entretenir le geste et l’heure de la pause. Personne ne vient chercher un fumeur qui stagne là, et beaucoup s’y installent pour des années.

Deux points comptent, et ils ne se compensent pas. Fumer trois cigarettes au lieu de vingt ne divise pas le risque par sept, parce que les premières bouffées de la journée pèsent bien plus lourd que les suivantes. Et l’apport total de nicotine ne baisse pas forcément quand on ajoute la vape sans retirer le tabac. Il monte, souvent.

Ce qui fait varier la dépendance d’un vapoteur à l’autre

Ce qui changeDans quel sens ça pousse
Un taux de nicotine trop basle manque revient, et le paquet avec
Les sels de nicotinemoins d’irritation, donc un liquide plus chargé toléré
Le nombre de boufféesla vapoteuse ne s’arrête pas seule, le total grimpe sans se voir
Les cigarettes gardées à côtéelles rappellent le pic rapide, celui qui accroche
L’ancienneté du double usageplus il dure, moins il ressemble à un passage

Un point mérite d’être dit franchement. Un dosage trop bas au démarrage est ce qui ramène le plus sûrement au tabac : la nicotine manque, on tire davantage, ça râpe la gorge, et le paquet redevient la solution simple. Ce dosage se cale avec un professionnel, pas avec l’avis d’un vendeur ni avec le mien. Le 39 89 le fait gratuitement, un pharmacien formé aussi.

Le prix, que personne ne met dans le calcul

Je compare les prix pour vivre, alors je le fais ici aussi. Un paquet coûtait entre 12,50 € et 13 € au 1er janvier 2026, et d’autres hausses sont programmées en mars, juin, septembre et novembre. Dix cigarettes par jour, c’est un demi-paquet : 195 € sur un mois de trente jours. Le double usage, lui, paie les deux, le paquet entamé et le liquide.

Et ce n’est pas réparti au hasard. Toujours dans les chiffres de 2024, le vapotage quotidien concerne 8,2 % des gens qui décrivent leur situation financière comme difficile, contre 4,2 % de ceux qui se disent à l’aise. 7,3 % chez les ouvriers, 5,2 % chez les cadres. Ce sont les foyers qui ont le moins de marge qui portent le plus souvent les deux dépenses en même temps.

Personne ne leur écrit ça. On leur vend du matériel et des arômes, et on appelle ça une solution.

Ce qu’on ne sait pas encore sur le vapotage

La vapoteuse s’est répandue en France à partir de 2013. On n’a donc pas le recul dont on dispose sur le tabac, où les données s’étalent sur cinquante ans de suivi. La Haute Autorité de santé ne la classe pas parmi les traitements d’arrêt validés, faute de données suffisantes ; elle ne la déconseille pas pour autant à un fumeur qui la choisit, et demande qu’il soit accompagné.

Il manque aussi la réponse à la question que tout le monde se pose : au bout de combien de temps un double usage bascule, vers l’arrêt ou vers l’installation. Ce chiffre n’existe pas. On sait seulement que plus il dure, moins il ressemble à une transition. Le détail de ce qui est établi et de ce qui ne l’est pas est dans un autre article.

Savoir si tu sors du tabac ou si tu t’installes



Deux repères suffisent, et ils valent mieux qu’un score. Est-ce que le nombre de cigarettes a bougé ces trois derniers mois, ou est-ce qu’il stagne. Est-ce que tu as déjà baissé ton taux de nicotine une fois, ou jamais. Deux réponses immobiles, c’est un double usage installé, pas une sortie.

Je ne pose aucun diagnostic, ce n’est pas mon métier. C’est le genre de constat qu’on fait sur un coin de table avant d’appeler quelqu’un dont c’est le métier.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

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