Vient de paraître Pourquoi on pleure : ce que la larme fait, et ne fait pas

La santé au quotidien

Les signes qu'on ne boit pas assez d'eau, et lequel regarder en premier

Six signes qu'on ne boit pas assez d'eau, classés du plus lisible au plus tardif, avec ce qui fausse chacun. La soif arrive en dernier, la couleur des urines en premier.

Par Nathalie Delcourt Publié le 1 janvier 2020 6 min de lecture

Un verre d'eau à moitié plein posé sur un plan de travail en inox, à côté d'un pichet

En 2011, j’ai écrit dans le journal du collège qu’il fallait boire deux litres d’eau par jour. Je l’avais lu partout, vérifié nulle part. L’infirmière scolaire est passée me voir avec sa fiche : les repères parlent d’un apport total, boissons et aliments confondus, et une bonne partie arrive par ce qu’on mange. J’ai publié un rectificatif au numéro suivant, signé. Depuis, je me méfie des litres imprimés sur les gourdes.

Les six qui suivent sont classés du plus lisible au plus tardif. Je n’ai gardé que ceux qu’on constate soi-même, sans appareil, et pour chacun j’ai écrit ce qui le fait mentir : un signe qu’on ne sait pas prendre en défaut ne sert à rien. La soif arrive en sixième position, et ce n’est pas une erreur de classement.

La couleur des urines, puis le nombre de passages

Idéal pour : tout le monde, tous les jours, sans rien acheter. Si tu n’en retiens qu’un, c’est celui-là.

C’est le seul signe que tu peux lire trois fois par jour sans y penser. Paille, tu bois assez. Ambré comme un thé infusé, tu élimines plus que tu n’avales. Laisse tomber la première du matin, concentrée par la nuit chez tout le monde : celle de onze heures et celle de seize heures renseignent mieux.

paille : rien à faireambré : un verre

Le nombre prend le relais quand la couleur ne dit plus rien. Quatre à six passages sur une journée ordinaire, c’est banal. Deux, non.

Un comprimé de vitamines suffit à tout brouiller : la B2 teinte les urines en jaune fluo pendant des heures, et la couleur ne renseigne plus sur rien. La betterave les tire vers le rose, certains médicaments les foncent. Les jours de complément, compte les passages au lieu de regarder.

Le coup de mou de seize heures, et le mal de tête derrière

Idéal pour : celui qui travaille assis, avec un verre à côté du clavier qu’il ne boit jamais.

L’attention part en morceaux, on relit trois fois la même ligne, et vers dix-sept heures la tête serre au-dessus des yeux. Le test tient en vingt minutes : un grand verre, et tu vois. Si rien ne bouge, c’était autre chose.

C’est le moins spécifique des six, et de loin. Une nuit courte, un repas sauté, un bureau à vingt-six degrés produisent la même chose, et une fatigue de tête ne se soigne pas comme une fatigue de corps. En été, la chaleur seule met à plat. Il ne vaut qu’associé au premier.

La bouche pâteuse, qui trompe plus qu’elle ne renseigne

Idéal pour : quelqu’un qui parle debout toute la journée. Un enseignant, un vendeur. Moi en production, ventilation à plein.

La langue colle au palais, la salive devient épaisse, on avale dans le vide. Ça se sent bien avant d’avoir soif, ce qui lui vaut sa troisième place.

Le problème, c’est tout ce qui assèche une bouche sans rapport avec ce qu’on a bu. Des médicaments courants, dormir la bouche ouverte, le tabac, l’air d’un logement chauffé en janvier. Chez une personne âgée, elle est parfois là en permanence. Seule, elle envoie souvent sur une fausse piste.

Le transit qui se durcit, le plus lent des six

Idéal pour : quelqu’un dont les selles changent alors que l’assiette n’a pas bougé.

Moins d’eau en circulation, le côlon reprend ce qu’il peut : les selles sèchent et durcissent, le passage s’espace. Ce qui renseigne, c’est le changement. Si tu manges pareil depuis six mois et que ça se durcit en une semaine, regarde ce que tu as bu.

Le manque de fibres donne exactement le même résultat, et il est bien plus fréquent. Avant d’accuser l’eau, compte tes légumes secs, tes fruits et ton pain complet de la semaine. Ce signe met en plus plusieurs jours à réagir : il ne dit rien de la journée en cours.

Le pli cutané, à garder pour surveiller quelqu’un d’autre

Idéal pour : un parent âgé qu’on visite le samedi. Pas pour soi.

Tu pinces la peau entre le pouce et l’index, tu lâches. Si elle met plusieurs secondes à revenir à plat, le pli reste. L’endroit compte plus que le geste. Ni le dos de la main, ni l’avant-bras, ni le visage : à 80 ans, la peau y reste plissée par simple perte d’élasticité, sans rapport avec ce qui a été bu. Sur la cuisse ou en haut de la poitrine, c’est plus parlant.

Sa faiblesse tient à son retard : il constate au lieu de prévenir. Quand le pli est franc, on a dépassé le verre d’eau oublié, et ça sort de ma cuisine. Appelle un médecin, ou le 15 si la personne est confuse ou somnolente ; l’Assurance Maladie détaille les signes qui doivent faire consulter. Une peau de visage qui tire, en revanche, c’est encore autre chose.

La soif, qui arrive une fois le retard pris

Idéal pour : te rappeler de remplir ton verre, et rien d’autre.

Tout le monde l’attend. Elle se déclenche une fois que le corps a commencé à puiser : elle prévient toujours après coup, et ne dit rien de la veille ni de la semaine.

Elle s’émousse aussi avec l’âge. Ma mère a 81 ans, elle vit seule à Sin-le-Noble, elle n’a jamais soif, et le verre que je lui pose le samedi est encore plein quand je repasse. Dans le portage à domicile, personne n’attend qu’une personne de 85 ans réclame à boire : on pose le verre devant elle et on reste le temps qu’elle le prenne.

Ce qui compte plus que le nombre de litres

Dans son avis de décembre 2016, l’ANSES reprend le repère fixé par l’EFSA en 2010 : 2 litres par jour pour une femme, 2,5 pour un homme, chez un adulte modérément actif vivant en climat tempéré. La phrase qui suit ce chiffre est celle qu’on ne recopie jamais. Cet apport couvre toutes les sources d’eau, celle de boisson comme celle des autres boissons et celle contenue dans les aliments. Environ un litre arrive par l’assiette.

Un déjeuner sans rien de remarquable, chiffré sur les teneurs de la table Ciqual :

Dans l’assietteEau apportée
Carottes râpées, 100 g88 mL
Pâtes cuites, 200 g136 mL
Yaourt nature, 125 g111 mL
Pomme, 150 g128 mL
Baguette, 50 g14 mL
Le repas entier477 mL

Un peu moins d’un demi-litre, sans avoir touché à un verre. Le petit-déjeuner et le dîner en donnent rarement autant, mais ça se cumule. C’est pour ça que les gros mangeurs de légumes boivent moins sans présenter un seul des six signes.

Le reste tient à la régularité, et c’est là que je vois le plus d’erreurs. La bouteille avalée à vingt et une heures pour rattraper la journée ne rattrape rien : elle repart aux toilettes et elle coupe la nuit en deux. Un verre au réveil, un à dix heures, un au repas, un à seize heures, un au dîner : même volume, et il reste dans le corps. Teste une semaine, tu verras bien. Si ça ne te plaît pas, tu arrêtes.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

À lire aussi dans « La santé au quotidien »

Toute la rubrique « La santé au quotidien »

Ailleurs sur le site

Revenir à l'accueil

Ce site n'est pas un cabinet médical

On y décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Un symptôme qui dure ou qui revient se montre, il ne se cherche pas en ligne.

Qui écrit ici