Comment je sais si ce que je lis sur la santé tient debout
Trois choses à regarder, dans cet ordre : qui publie, à quelle date et qui paye.
Les questions de santé du quotidien se cherchent le soir, sur un téléphone, entre deux choses à faire. C’est là qu’on ramasse le plus de bêtises.
En 2011, j’ai écrit dans le journal du collège où je cuisinais qu’il fallait boire deux litres d’eau par jour. Je l’avais lu partout. Vérifié nulle part. L’infirmière scolaire est venue me trouver avec les repères officiels sous le bras : ils parlent d’un apport total, boissons et aliments confondus, et une bonne partie de cet apport arrive par ce qu’on mange. Une soupe, c’est de l’eau. Un concombre aussi. J’ai publié un rectificatif signé dans le numéro suivant, et je me suis sentie idiote pendant une semaine.
Depuis, un chiffre sans sa source, sa date et ce qu’il mesure exactement ne rentre pas dans ce que j’écris.
Qui publie : un nom, un métier, une adresse. Pas « la rédaction ». À quelle date : sans date de mise à jour visible, tu ne sais pas si la page te parle de cette année ou de 2014. Qui paye : regarde ce que la page vend. Quand le complément alimentaire est en vente trois centimètres sous le paragraphe qui t’explique que tu en manques, tu as ta réponse.
Une page de santé sous les yeux ? Coche ce que tu y trouves.
Le petit logo qui certifiait les sites de santé, il vaut encore quelque chose
Non. Il ne certifie plus rien depuis le 15 décembre 2022.
Le HONcode, ce carré bleu, blanc, rouge et noir qu’on t’apprenait à chercher en bas des pages médicales, était délivré par une fondation suisse, Health On the Net. Elle a fermé. L’adresse qui permettait de vérifier une certification ne répond même plus : le nom de domaine ne résout plus.
Les logos, eux, sont restés. Ce sont des images collées dans un pied de page, et plus personne ne contrôle derrière. On trouve encore des pages françaises récentes qui conseillent de cliquer dessus pour vérifier.
Le réflexe a survécu à ce qu’il vérifiait. Un label rassure, on arrête de regarder le reste, et le jour où il meurt personne ne prévient. Reviens aux trois questions du dessus. Elles, elles ne dépendent de personne.
Qui j’appelle quand le cabinet médical est fermé
Le 116 117 pour ce qui ne peut pas attendre lundi, le 15 dès qu’il y a un doute sérieux.
Le 116 117 est gratuit. Au bout du fil, ce n’est pas un standard : c’est un médecin ou un assistant de régulation formé, qui te conseille, t’oriente vers une maison médicale de garde, fait venir un médecin chez toi, ou bascule sur le SAMU si la situation le mérite. Il ne t’envoie pas aux urgences par principe, ce qui épargne à tout le monde une soirée dans un couloir.
| Ce qui se passe | Le numéro | Ce que ça coûte |
|---|---|---|
| Danger immédiat, perte de connaissance, douleur dans la poitrine | 15 | gratuit, 24 h/24 |
| Un médecin quand ton cabinet est fermé | 116 117 | gratuit, aux heures de ton département |
| Tu es sourd, malentendant ou aphasique | 114, par SMS ou par l’application dédiée | gratuit, 24 h/24 |
| Trouver la pharmacie de garde | 3237 | 0,35 € la minute |
| Depuis un autre pays d’Europe | 112 | gratuit |
Un seul de ces numéros est payant : le 3237, celui de la pharmacie de garde, à 0,35 € la minute. Le même service est gratuit sur 3237.fr, avec ton code postal et l’heure.
Le 116 117 répond à quelle heure
Ça dépend de ton département, et c’est ce que personne ne pense à te dire.
La règle générale, celle qu’on recopie partout : tous les soirs à partir de 20 h, le samedi à partir de midi, les dimanches et les jours fériés toute la journée. Sauf que la permanence des soins s’organise département par département. En Vendée, la ligne répond vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Dans la Sarthe, de 9 h à minuit en semaine, de 8 h à minuit le week-end. En Loire-Atlantique, de 20 h à 8 h. Trois départements qui se touchent, trois horaires différents.
Va voir une fois, tranquillement, ce que fait le tien, et note-le quelque part. Un dimanche à 19 h avec un gamin qui monte à 39, ce n’est pas le moment de découvrir que la ligne ouvre dans une heure.
Est-ce que je vais aux urgences ou pas
Cette question-là, tu n’as pas à la trancher tout seul. C’est le travail du 15.
Appeler le 15 pour rien, ça n’existe pas. Le régulateur est là pour ça, et il préfère cent fois te dire d’aller dormir plutôt que d’être appelé trop tard.
Il y a quand même des situations où on ne réfléchit pas et où on compose le 15 tout de suite : une douleur qui serre la poitrine, un côté du visage ou du corps qui ne répond plus, une difficulté à respirer, une perte de connaissance, un saignement qui ne s’arrête pas. Le reste, la fièvre, le mal de ventre, l’oreille qui réveille un dimanche, c’est le 116 117.
Ce rendez-vous de prévention gratuit dont personne ne m’avait parlé
Un rendez-vous pris en charge à 100 %, sans rien avancer, à quatre âges de la vie.
De 18 à 25 ans, de 45 à 50 ans, de 60 à 65 ans, de 70 à 75 ans. Un seul par tranche, déployé partout depuis janvier 2024. Tu n’arrives pas avec un problème comme en consultation. Tu fais le point sur le sommeil, le mouvement, ce que tu manges, où tu en es des dépistages. Et ça ne se prend pas qu’en cabinet médical : un infirmier, un pharmacien ou une sage-femme inscrits au dispositif le font aussi.
Ma mère a 81 ans. Elle est passée à côté des quatre. Moi j’ai 55 ans, le mien tombe à 60, et je l’ai noté dans le carnet où je note tout le reste.
Où je regarde en premier, quand j’ai une question de santé
Trois adresses, et elles ne font pas le même travail.
Ameli pour tes droits, tes remboursements, ta carte Vitale, ton médecin traitant. Service-public.fr pour les démarches. Santé publique France pour les repères eux-mêmes, ceux que les autres pages recopient sans dire d’où ils viennent.
Aucune des trois ne remplace quelqu’un qui te regarde. Un régime lié à une maladie, un traitement, un symptôme qui traîne depuis trois semaines : c’est ton médecin, et une diététicienne s’il faut. Moi je te dis ce qui existe et où ça se trouve. Le reste, ce n’est pas mon métier.