Tu l’as forcément lu quelque part : le premier disque du Velvet Underground se serait vendu à 30 000 exemplaires, et chacun de ces 30 000 acheteurs aurait monté un groupe derrière. La formule est de Brian Eno, dans le Los Angeles Times de mai 1982, et elle se recopie depuis, tantôt avec 30 000, tantôt avec 10 000. Un relevé de royalties de MGM, montré par Jeff Gold, ancien dirigeant de Warner Bros., en compte 58 476 vendus en février 1969. Deux ans après la sortie, on est déjà au double du chiffre qui sert à prouver que personne ne l’écoutait.
Lou Reed est mort le dimanche 27 octobre 2013, à 71 ans, chez lui à Springs, à l’est de Long Island. Les dépêches de ce jour-là parlent d’une maladie du foie, cinq mois après une greffe subie au printemps. Elles le présentent aussi comme une légende du rock américain. C’est vrai. Ça n’a jamais voulu dire qu’on achetait ses disques.
Ce que la presse a dit de sa mort, fin octobre 2013
Le lendemain, 28 octobre, le New York Times donne la cause : une maladie du foie. Le chirurgien de la Cleveland Clinic qui l’avait greffé au printemps le confirme. Après l’opération, Reed avait pourtant écrit sur son site qu’il se sentait plus solide qu’avant.
Sa femme, l’artiste Laurie Anderson, a raconté ses dernières heures dans une lettre au journal local, The East Hampton Star, publiée le jeudi suivant sous le titre « Pour Lou Reed ». Elle y écrit qu’elle lui avait promis de le sortir de l’hôpital pour rentrer à Springs, et que la promesse a été tenue.
« Il est mort dimanche matin, regardant les arbres, et faisant la fameuse forme 21 du tai-chi, avec simplement ses mains de musicien se déplaçant dans l’air. »
Lou Reed en onze dates
1942naissance à Brooklyn
1965le Velvet Underground se forme à New York
1967premier album, pochette d'Andy Warhol
1970il quitte le groupe
1972Transformer, produit par David Bowie
1975Metal Machine Music, une heure de larsens
1989New York, le disque qui le remet en avant
1996Hall of Fame, avec le Velvet Underground
2011Lulu, dernier disque, avec Metallica
2013mort le 27 octobre, à 71 ans
2017ses archives partent à la New York Public Library
Le Velvet Underground, quatre albums et presque aucun acheteur
Reed a grandi à Freeport, sur Long Island. Il rencontre John Cale en 1964, alors qu’il écrit des chansons à la chaîne pour Pickwick Records, un éditeur de disques bon marché. Le groupe se monte en 1965 avec Cale, Sterling Morrison et Angus MacLise, remplacé en décembre par Maureen Tucker à la batterie. Andy Warhol les voit jouer au Café Bizarre à la fin de cette année-là et devient leur manager.
Le premier album sort en mars 1967 avec la chanteuse allemande Nico et la banane de Warhol sur la pochette. Warhol est le seul crédité à la production ; le travail technique revient surtout à Tom Wilson. Le disque entre au classement Billboard le 13 mai 1967 à la 199e place, disparaît en juin quand Verve le retire du marché à cause d’un procès, revient en novembre et atteint son sommet le 16 décembre 1967 : 171e. Il quitte les classements le 6 janvier 1968.
Trois autres albums suivent, tous en trois ans : White Light/White Heat en janvier 1968, The Velvet Underground en 1969, Loaded en 1970. Reed quitte le groupe en août 1970 et rentre chez ses parents. En 2003, le magazine Rolling Stone classe ce premier disque invendu treizième des cinq cents plus grands albums de tous les temps ; il y figurait encore vingt-troisième en 2020.
Vingt albums solo, un seul vrai succès en single
La suite se joue à Londres. Transformer sort en novembre 1972 chez RCA, produit par David Bowie et arrangé par Mick Ronson, avec « Walk on the Wild Side » et « Perfect Day » dessus. Le premier est le seul titre de Reed jamais entré au Billboard Hot 100, où il monte au 16e rang. Un seul, sur quarante ans de carrière.
Le reste part dans tous les sens. Berlin, en 1973, raconte un couple qui se détruit ; la critique le démolit à sa sortie. Sally Can’t Dance, l’année suivante, atteint la 10e place américaine, son meilleur classement d’album. Metal Machine Music, en 1975, est un double disque d’une heure de larsens, sans chanson, sans batterie. Puis New York en 1989, Songs for Drella en 1990 avec John Cale à la mémoire de Warhol, Magic and Loss en 1992, son album le mieux classé au Royaume-Uni. Vingt albums solo en tout.
Le dernier est Lulu, enregistré avec Metallica et sorti en octobre 2011. Il entre 36e aux États-Unis avec 13 000 exemplaires la première semaine, et se fait éreinter. Reed a plaisanté là-dessus : il ne lui restait plus de fans depuis Metal Machine Music.
Les questions qui reviennent sur Lou Reed
Quel âge avait Lou Reed à sa mort ?
Il avait 71 ans. Né le 2 mars 1942, mort le 27 octobre 2013.
Où est-il enterré ?
Nulle part. Il a été incinéré et les cendres sont revenues à la famille.
Qui était sa femme ?
Laurie Anderson, musicienne et plasticienne new-yorkaise. Ils s’étaient mariés le 12 avril 2008 sans le dire à personne, et la presse locale ne l’a appris que deux semaines plus tard. Reed n’a pas eu d’enfants.
Qu’est devenue sa succession ?
Son testament a été déposé devant un tribunal de New York le 4 novembre 2013, une semaine après la mort. L’essentiel revient à Laurie Anderson, environ un quart à sa sœur Merrill, et le texte prévoit 500 000 dollars pour les soins de leur mère.
Où se trouvent aujourd’hui les archives de Lou Reed
La New York Public Library a annoncé l’acquisition de ses archives le 2 mars 2017, jour de ce qui aurait été son 75e anniversaire. Le fonds fait environ 300 pieds linéaires de papiers et de photographies, avec 3 600 enregistrements sonores et 1 300 vidéos : des bandes de répétition, des carnets, des contrats, des photos qu’il avait prises lui-même.
Il a fallu deux ans de catalogage. Depuis mars 2019, tout cela se consulte à la Library for the Performing Arts, à Lincoln Center, troisième étage, division de la musique et du son enregistré.
Reed est entré au Rock and Roll Hall of Fame deux fois : en 1996 avec le Velvet Underground, en 2015 sous son nom, deux ans après sa mort.