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La santé au quotidien

Les manifestations inhabituelles des maladies pulmonaires : cinq signaux hors de la poitrine

Ongles bombés, voix enrouée, épaule qui tire, un étage qui essouffle : cinq manifestations inhabituelles des maladies pulmonaires, le test qui prend dix secondes, et le seuil à partir duquel ça se montre.

Par Nathalie Delcourt Publié le 1 janvier 2020 8 min de lecture Avec un calculateur

Cage d'escalier de service en béton peint, rampe métallique, marches vues depuis le bas

Le mercredi 11 juin 2025, à l’atelier cuisine du centre social de Frais-Marais, un monsieur de 62 ans a posé ses mains à plat pour éplucher ses carottes et m’a demandé pourquoi le bout de ses doigts avait grossi. Je n’en savais rien. Je le lui ai dit, on a fini les carottes, et je suis rentrée chercher.

Ce que j’ai trouvé ce soir-là tient en deux doigts et dix secondes, et je ne l’avais lu nulle part. Un ennui du côté des poumons ne prévient pas toujours par une toux. Il se signale parfois à un ongle, à une voix, à une épaule, à un étage d’escalier, à un pantalon devenu large. Aucun de ces signaux ne dit de quoi il vient. Ils disent qu’il faut se montrer. Moi je te dis ce qui se regarde et à partir de quand ; le reste, c’est ton médecin.

Pourquoi ces cinq signaux, et pas la toux

Trois conditions ont fait le tri : le signal se voit ailleurs que dans la poitrine, il se repère sans appareil, et il existe un seuil écrit qui dit à partir de quand ça se montre au lieu de se surveiller. C’est le seuil qui a écarté le reste. La toux, la fatigue, la fièvre : trop de portes ouvrent dessus.

Le signalCe que tu regardesÀ partir de quand ça se montre
Ongles bombésle losange de lumière entre deux ongles collésdès qu’il est bouché
Voix enrouéela voix, sans mal de gorge autourplus d’une semaine sans amélioration
Épaule et brasépaule, petit doigt, paupière du même côtédouleur nocturne qui ne cède pas au repos
Essoufflementl’étage ou la côte de l’an dernierun stade d’écart en un an
Poidsle pantalon, l’alliance, la montre5 % en un mois, 10 % en six mois

Les ongles bombés, et le test qui prend dix secondes

Colle le dos de tes deux index l’un contre l’autre, ongle contre ongle, à hauteur des yeux, devant une fenêtre. Entre les deux ongles, il reste normalement un petit losange de lumière. S’il est bouché, ce que tu viens de faire porte un nom : le test de Schamroth.

Le test des deux ongles le losange passe le losange est bouché

Ce qu’on cherche s’appelle l’hippocratisme digital : la dernière phalange s’épaissit, l’ongle se bombe et devient luisant, l’angle entre l’ongle et la peau dépasse 180 degrés. Les deux mains y passent ensemble, les orteils souvent aussi. C’est indolore et ça met des années, voilà pourquoi personne ne le voit sur ses propres doigts. Ce descriptif vient d’une revue de médecine de Liège parue en 2010.

Pour qui n’a aucun symptôme et veut un contrôle gratuit.

Ce qu’il fait moins bien : il est lent, donc il ne signale rien de récent, et sa liste de causes déborde les poumons. Un seul doigt touché n’est pas ça, et sous du vernis permanent tu ne verras rien.

La voix enrouée qui reste enrouée

Une extinction de voix qui suit un virus passe en une à deux semaines. Au-delà d’une semaine sans amélioration, l’Assurance maladie écrit qu’il faut consulter, et sa page a été mise à jour le 6 juin 2024.

Le trajet du nerf explique tout, et il est bizarre. Celui qui commande une des deux cordes vocales ne monte pas droit du cou au larynx : à gauche, il descend dans le thorax, contourne la grosse artère qui sort du cœur, puis remonte en longeant le poumon. Ce qui appuie dessus en route change la voix sans que la gorge fasse mal.

Pour toi si ta voix a changé sans rhume ni soirée à crier.

Sa faiblesse, c’est d’être le plus banal des cinq. Laryngite, reflux, tabac, deux heures dans un stade. À la cuisine centrale, on sort de l’hiver à trois ou quatre la voix cassée. Seule la durée compte.

L’épaule et le bras qui tirent sans que tu aies rien porté

Le sommet du poumon dépasse la clavicule, et juste au-dessus passent les nerfs du bras. Ce qui pousse là donne une douleur d’épaule, puis une douleur qui descend le long du bord interne du bras jusqu’au petit doigt. Du même côté, la paupière tombe parfois un peu et la pupille reste plus serrée.

À regarder quand l’épaule réveille la nuit et qu’aucune chute ne l’explique.

Le piège : c’est l’endroit du corps où l’on se trompe le plus. Tendinite, cervicales, bursite, dans mon métier tout le monde en a une. C’est l’assemblage qui met la puce à l’oreille, l’épaule et le petit doigt et la paupière du même côté.

L’étage qui essouffle alors qu’il passait l’an dernier

L’Assurance maladie publie une échelle en cinq stades pour décrire un essoufflement, du stade 0, deux étages, au stade 4, le moindre effort. Elle est datée du 24 mars 2025, et elle vaut mieux que « je souffle un peu ».

Ton stade, en lui-même, n’apprend pas grand-chose à personne. Regarde plutôt si tu en as changé, et en combien de temps : un stade perdu en un an ne se raconte pas comme un stade perdu en dix ans.





Prends un repère que tu montes déjà. Moi, c’est l’escalier de la cuisine centrale, vingt-deux marches. Le jour où je m’arrêterai en haut, je le saurai à la marche près.

Il ne parle qu’à ceux qui ont un repère de l’an dernier.

Sa limite : il bouge avec le poids, l’entraînement, le cœur, l’anémie, l’anxiété. Le plus fréquent des cinq, et le moins précis.

Le poids qui descend sans que tu aies rien changé

La Haute Autorité de santé a publié en 2021 les seuils qui font parler de dénutrition chez l’adulte : 5 % du poids en un mois, 10 % en six mois. Pour 78 kg, ça fait 74 kg en un mois, ou 70 kg en six.

Ce que j’ai vu chez ma mère, 81 ans, c’est que la balance arrive après. Le pantalon flotte, l’alliance tourne, la montre descend sur la main. Trois semaines avant que quiconque ait pesé quoi que ce soit.

Celui-là s’adresse à qui n’a rien changé, ni l’assiette ni l’activité.

Ce qu’il ne fait pas : il arrive tard, et il dit qu’il se passe quelque chose sans dire où.

Par lequel je commencerais

Le test des deux ongles. Pas parce qu’il serait le plus grave, je n’en sais rien et personne ne peut te le dire depuis un article. Parce que c’est le seul des cinq qui ne demande rien : ni le souvenir de l’an dernier, ni une balance, ni trois semaines d’attente. Dix secondes, une fenêtre, tes deux index.

Et si quelque chose t’inquiète, ne cherche pas le nom de ce que c’est. Note ce que tu as vu, depuis quand, et ce qui a changé, puis emporte ces trois phrases chez ton médecin. Ça ne soigne rien et ça ne diagnostique rien. Ça t’amène en face de quelqu’un dont c’est le métier avec autre chose que « je ne me sens pas bien ». C’est déjà pas mal.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

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