Beauté et soins

Allergènes de parfum : ce que l'étiquette d'un cosmétique doit dire depuis le 31 juillet 2026

Depuis le 31 juillet 2026, la liste des allergènes de parfum à nommer sur l'étiquette d'un cosmétique passe de 26 à plus de 80. L'huile de lavande y entre sous son propre nom, et ton flacon entamé, lui, ne change pas.

Par Sébastien Reynaud Publié le 18 septembre 2026 11 min de lecture Avec un calculateur

Un flacon ambré d'huile essentielle et un savon posés sur un carnet de distillation ouvert

Trois pages ouvertes le même matin sur la même règle. La première annonce 80 allergènes à écrire sur l’étiquette d’un cosmétique, la deuxième 81, la troisième 82. Elles parlent pourtant du même texte : le règlement européen 2023/1545, applicable depuis le 31 juillet 2026. Depuis cette date, un cosmétique nouvellement mis sur le marché doit nommer chaque allergène de parfum qu’il contient dès 0,001 % s’il reste sur la peau, dès 0,01 % s’il se rince. Avant, la liste en comptait 26.

Ça ne change rien à ce qu’il y a dans le flacon. Même formule, même odeur, étiquette plus longue. Et une ligne me concerne de près : l’huile essentielle de lavande y est entrée sous son propre nom. Il me faut 60 kilos de fleurs de lavandin pour sortir un litre d’huile, et ce litre-là s’écrit maintenant Lavandula oil/extract dans la liste d’ingrédients du savon qui en contient un demi-gramme.

Avant le 31 juillet 2026Depuis
Substances à nommer une par une26plus de 80
Seuil sur un produit qui reste sur la peau0,001 %0,001 %
Seuil sur un produit qui se rince0,01 %0,01 %
Une huile essentielle s’écritmolécule par moléculel’huile porte son propre nom
Ce qui est déjà en rayonvendable jusqu’au 31 juillet 2028

Le texte, ses deux dates, et pourquoi le rayon est dépareillé

Le règlement a été publié au Journal officiel de l’Union européenne le 27 juillet 2023, avec trois ans devant lui. La première échéance est tombée le 31 juillet 2026 : les produits nouvellement mis sur le marché doivent porter la liste complète. La seconde tombera le 31 juillet 2028 : ce jour-là, ce qui reste à l’ancien étiquetage devra sortir des rayons.

Entre les deux, il y a un flottement. La mise sur le marché, ce n’est ni la date de fabrication, ni l’année de lancement d’une référence : c’est le moment où le responsable du produit cède l’unité à son distributeur ou te la vend en direct. Deux boîtes du même gel douche, achetées le même jour dans le même magasin, peuvent donc afficher deux listes d’ingrédients différentes pendant deux ans. Rien d’anormal là-dedans, et rien à en conclure sur la qualité de l’une ou de l’autre.

Pourquoi tu lis 80 ici, 82 ailleurs

Parce qu’on ne compte pas la même chose. L’ancienne liste portait 26 entrées. Deux d’entre elles ont été interdites entre-temps : le lyral, retiré des rayons le 23 août 2021, et le lilial, interdit au 1er mars 2022. Il en reste donc 24 qui traversent, auxquelles s’ajoutent les nouvelles venues.

Selon qu’un rédacteur compte les deux molécules bannies ou qu’il les laisse de côté, il écrit 80, 81 ou 82. Aucun n’a tort. Le seul chiffre qui te serve, c’est celui-là : la liste a plus que triplé.

L’huile de lavande est devenue un allergène à elle seule

C’est la nouveauté du texte qui me touche directement. Jusqu’ici, une huile essentielle se déclarait par ses molécules : linalol, géraniol, limonène, citral, chacune séparément quand elle dépassait le seuil. Le règlement introduit des noms regroupés : une huile de plante y figure désormais sous son nom d’huile, en une seule ligne.

Lavandula oil/extract, donc, qui couvre lavande vraie, lavande aspic et lavandin, trois plantes qu’on n’a aucune raison de confondre. Mais aussi Laurus nobilis leaf oil, l’huile de feuille de laurier. Eucalyptus globulus. Mentha piperita. Eugenia caryophyllus, le girofle. Pelargonium graveolens, le géranium rosat. Cananga odorata, l’ylang-ylang. Le sclaréol, qui est la molécule de ma sauge sclarée. Et les essences d’agrumes, citron, bergamote, néroli, que tu connais déjà pour leur mauvaise habitude de tacher la peau au soleil.

Sur mes cinq cultures, trois sont nommées dans ce texte. Ça m’a fait un drôle d’effet de lire mon travail dans une annexe réglementaire.

L’origine naturelle n’exempte de rien, et c’est le point que je répète le plus souvent derrière l’étal. Une molécule ne sait pas d’où elle vient. Le linalol de ma lavande et le linalol de synthèse d’un parfumeur sont la même molécule, et une peau qui réagit à l’un réagit à l’autre. « C’est naturel, donc c’est sans danger » : je l’entends toutes les semaines, et cette liste vient de lui répondre.

Rien de tout ça ne rend un savon à la lavande dangereux. Une liste d’allergènes n’est pas une liste de poisons. Ces substances déclenchent quelque chose chez une minorité de gens, et rien du tout chez les autres. Une chromatographie me coûte 45 € et j’en fais une trentaine par an. Celle qui devra chercher plus de 80 substances au lieu de 26 ne se paiera pas au même tarif, et c’est le producteur qui règle la facture. Voilà ce que le texte change chez moi. Chez toi, il rallonge une ligne d’étiquette.

Ce que ça ne change pas

Ton flacon entamé, rien. Il reste conforme, il n’est pas rappelé, tu le finis. Il n’a pas changé de composition le 31 juillet, il a juste été fabriqué avant.

Le mot « parfum » seul continue d’exister en fin de liste, pour tout ce qui reste sous les seuils. Une étiquette courte ne prouve donc pas qu’il n’y a pas de substance parfumante dedans. Elle dit seulement que rien n’a franchi 0,001 % ou 0,01 % selon le cas.

Et une liste plus longue ne rend pas un produit plus fiable pour autant. Ces 80 noms ne font pas toute la chimie d’une plante : ma lavande en contient plusieurs centaines, et je les ai sur un papier. Ce que la marque écrit à côté, en revanche, reste soumis à des règles qu’il faut lire de près.

À qui cette liste sert vraiment

À une personne : celle qui est sortie d’un rendez-vous de dermatologie avec des tests épicutanés et un nom de molécule sur une feuille. Jusqu’à cet été, ce nom pouvait ne figurer nulle part sur l’emballage, dissous dans un « parfum » sans détail. Maintenant il y est, et l’étiquette redevient lisible pour elle.


Si tu n’as jamais rien eu, la liste rallongée ne t’apprend rien sur ton produit et n’appelle aucune décision. Et si une plaque revient au même endroit après le même geste, deux ou trois fois de suite, note le produit, garde l’emballage et va le montrer : c’est une consultation, pas une lecture d’étiquette. Ton pharmacien fera le premier tri en deux minutes.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

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