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Beauté et soins

Tresses collées, cornrows : c'est la tension qui décide

Tresses collées, tresses plaquées et cornrows nomment la même coiffure. Le dessin des raies n'y est pour rien : ce qui fait reculer la lisière, c'est le serrage et le nombre de semaines. Voilà ce qui se passe sous la natte, et le signe qui doit tout arrêter.

Par Sébastien Reynaud Publié le 1 janvier 2020 6 min de lecture

Un peigne à queue en bois et une bobine de fil à tresser posés sur un plan de travail.

Marché de Nyons, jeudi 14 mars 2024. Une cliente pose un flacon de macérat de calendula sur ma table et me demande si ça fera revenir sa lisière, partie sur deux bons centimètres au-dessus des tempes. Non. Et j’ai passé le quart d’heure suivant à me faire expliquer le reste par sa fille, qui tresse depuis dix ans.

Tresses collées, tresses plaquées, nattes collées, cornrows : quatre mots pour une seule coiffure. Le motif n’abîme rien, aussi compliqué soit-il. Deux choses décident, et toutes les deux se mesurent : le serrage au moment du tressage, et le nombre de semaines pendant lequel on garde la tête tressée.

Tresses collées, tresses plaquées, cornrows : un seul geste

Le principe tient en une phrase : la natte se fabrique à même le cuir chevelu, et chaque mèche rencontrée en chemin est reprise dans le tressage. La tresse reste donc couchée contre le crâne au lieu de pendre. « Cornrow » vient de l’anglais, la rangée de maïs, à cause du dessin des lignes sur la tête. « Collées » et « plaquées » disent la même chose en français. Aucune différence de technique entre les trois, et personne ne t’en vendra une meilleure que l’autre.

La vraie différence entre deux têtes tressées se joue sur l’épaisseur des sections, la force appliquée, la présence de rajouts et le temps que ça reste en place. Une mise au point publiée en 2013 dans les Annales de dermatologie et de vénéréologie range ces coiffures dans un tableau intitulé « selon la tension exercée », où voisinent le chignon, la queue de cheval, les couettes, les vanilles, les tresses plaquées et les dreadlocks. Elles y sont classées par la force appliquée, jamais par leur allure.

Ce que la traction fabrique à la racine, dans l’ordre

Je ne tresse pas, et je n’ai aucun cuir chevelu à te montrer là-dessus. Tout ce qui suit vient de cette même publication.

La tige est tirée en permanence, et le pourtour du follicule s’irrite. Ça donne une rougeur autour du pore, remplacée sur peau noire ou métisse par une hyperpigmentation ou un aspect grisâtre. Parfois des petits boutons douloureux les premiers jours : une folliculite de traction, irritative, sans infection derrière. Elle s’en va quand la coiffure change.

Ensuite apparaissent les gaines coulissantes, à la base des cheveux. Des manchons blanc-grisâtre de 3 à 7 millimètres, faits de cellules de peau, qu’on fait glisser le long de la tige avec l’ongle. Ils avancent avec la pousse et ils marquent l’endroit exact où on tire. Leur présence signe une traction régulière installée depuis un moment, pas un accident de coiffure. C’est le signe le plus simple à repérer soi-même.

Le cheveu finit par casser, ou par partir avec son bulbe. Il repousse plus court, plus fin, et cesse de repousser sur la bande la plus sollicitée : la lisière du front, les tempes, les zones au-dessus des oreilles.

Et si la tension dure des années, du tissu cicatriciel prend la place du follicule. Les dermatologues parlent d’alopécie biphasique, parce qu’elle commence non cicatricielle et le devient. À ce stade rien ne revient, ni une huile, ni un traitement, ni la patience.

Il existe un signe reconnaissable sans matériel, appelé signe de la frange : une rangée de cheveux courts persiste devant la zone dégarnie. Ce sont ceux qui étaient trop courts pour être attrapés dans la tresse.

La douleur est un bon signal d’arrêt, un mauvais certificat

« Ça ne tire pas, donc ce n’est pas trop serré. » C’est la phrase que je voudrais démonter, parce qu’elle rassure pour rien. Les auteurs sont nets là-dessus : se plaindre d’une coiffure douloureuse ne permet pas de prédire qui perdra ses cheveux. Certaines ont mal à chaque pose et gardent une lisière intacte à cinquante ans. D’autres n’ont jamais rien senti et se dégarnissent quand même.

Autrement dit, la douleur qui persiste le lendemain de la pose vaut un ordre : on desserre ou on défait. Mais son absence ne certifie rien du tout. Ce qui se surveille, c’est ce qui se voit : les boutons qui reviennent à chaque pose, les manchons blancs à la base, la ligne du front qui recule d’un demi-centimètre par an sans que personne le remarque.

Il y a un détail qui m’a frappé plus que le reste. Les personnes concernées font rarement le lien avec leurs coiffures. Elles arrivent en consultation en décrivant une chute récente, alors que les questions font remonter des tresses serrées portées depuis l’enfance.

Ce qui fait varier le risque d’une tête à l’autre

La traction abîme plus de monde qu’on ne l’imagine. Dans une étude sud-africaine citée par ces mêmes auteurs, 17 % des filles de 6 à 21 ans en portaient déjà la trace, et 31 % des femmes adultes. Chez les hommes, 2,3 %.

Combien de temps garder des tresses collées, et combien en laisser après

Deux durées circulent, et elles ne parlent pas de la même chose. Les coiffeuses annoncent 4 à 6 semaines de tenue sur cheveu crépu, 2 à 3 sur cheveu lisse : c’est la durée avant que ça dépeigne, pas une durée de sécurité. Du côté dermatologique, la borne qui revient est de 6 à 8 semaines au maximum, puis 2 à 4 semaines de cheveux libres avant de retresser. Aucun texte officiel ne fixe ces chiffres. C’est un ordre de grandeur sur lequel les praticiens convergent, et je te le donne comme tel.

Un détail pèse autant que le calendrier : déplacer les raies d’une pose à l’autre. Retresser huit fois de suite sur les mêmes lignes concentre toute la tension sur les mêmes follicules. La bande dégarnie qui en sort a des bords nets, et sa forme suit le dessin des raies.

Et si tu vois que ta lisière a reculé, évite de camoufler la zone avec des rajouts. Leur poids tire encore plus, et c’est le cercle que les dermatologues voient arriver en consultation. Le rendez-vous se prend tôt : la repousse n’est possible que sur les follicules encore vivants.

Ce qu’une huile fait, et ce qu’elle ne fait pas

Je vends des macérats et des hydrolats, alors autant que ce soit moi qui le dise. Une huile végétale sur une tête tressée lubrifie la fibre, limite la casse au démêlage et à la dépose, et calme un cuir chevelu qui tiraille. C’est réel et c’est petit. Elle ne desserre aucune tresse et elle ne fait rien repousser sur un follicule cicatrisé.

Le ricin à 14 € du rayon bien-être et le coco du supermarché font ce travail-là aussi bien l’un que l’autre. Pour les huiles essentielles pures qu’on lit partout en application directe sur le cuir chevelu, la dilution n’est pas facultative, et le sujet mérite sa page : deux gouttes dans une cuillère d’huile végétale, jamais l’inverse. Ce qu’elles changent à un cheveu, je l’ai détaillé ailleurs, dans ce qu’elles font vraiment à la fibre.

Une dernière chose, pour les mères qui tressent leurs filles. La recommandation la plus répétée par les dermatologues vise l’enfance, parce que c’est là que les décennies de traction commencent : cheveux lâchés le plus souvent possible, tresses souples, et pas de rajouts sur une tête de six ans.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

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