Je compte quatre gouttes de romarin dans une cuillère à soupe d’huile de tournesol, je frotte entre mes paumes, je pose sur le crâne et je masse deux minutes. Le mélange fait à peu près 1 % d’huile essentielle, et le geste tient là-dedans. Tout ce qui suit sert à savoir quelles gouttes, dans quoi, et sur qui.
Au bout de trois semaines, ce que tu peux constater tient en peu de chose : un cuir chevelu qui gratte moins, qui regraisse un peu moins vite, une odeur qui tient jusqu’au soir. Pas une repousse. Je distille du romarin sauvage depuis 2005 et je n’ai jamais vu personne récupérer un cheveu avec un flacon de 10 millilitres.
Ce que les huiles essentielles font aux cheveux, et ce qu’elles ne feront pas
Diluée sur le cuir chevelu, une huile essentielle travaille sur la peau. Pas sur le cheveu : ce qui sort du crâne est de la kératine morte, et rien de ce que tu poses dessus ne le fait pousser. La peau, elle, réagit. Elle chauffe, elle picote.
L’étiquette n’a d’ailleurs pas le droit de te promettre davantage. Vendue hors pharmacie, une huile essentielle ne peut revendiquer aucune allégation thérapeutique, parce que sa composition n’est pas garantie au regard de l’effet annoncé : c’est écrit dans le bulletin de vigilance de l’Anses de décembre 2024. Un flacon qui promet la repousse porte une mention interdite.
Femme enceinte ou qui allaite, nourrisson, jeune enfant, personne épileptique ou asthmatique : rien sur le cuir chevelu sans l'avis d'un médecin ou d'un pharmacien. Même chose si tu suis un traitement, la question est pour ton pharmacien.
Étape 1 : vérifier ce qu’il y a vraiment dans le flacon
Deux mots décident de tout, le nom latin et le chémotype. Romarin, ça ne veut rien dire. Rosmarinus officinalis pousse en trois versions chimiques selon le sol et le climat, à camphre, à cinéole, à verbénone. Celui à camphre est riche en cétones et sort du jeu chez la femme enceinte comme chez l’enfant. Un flacon qui écrit romarin et rien d’autre ne te dit pas lequel tu tiens.
Le second piège est plus vicieux. L’Anses a relevé que des produits affichés comme huile essentielle contenaient plus de 50 % d’huile végétale, et certains sprays plus de 70 % d’éthanol. Sous une même appellation citronnelle, un produit mélangeait quatre espèces. Si ton flacon est déjà dilué de moitié, ton calcul de dose est faux d’un facteur deux.
Regarde enfin le prix au litre. Un flacon de 10 millilitres à 4 €, ça fait 400 € le litre : jouable pour du lavandin, impossible pour de la mélisse ou de l’hélichryse. Il me faut plusieurs centaines de kilos de sommités d’hélichryse pour un seul kilo d’huile.
Étape 2 : calculer la dose en millilitres, puis compter les gouttes
Sur le cuir chevelu, la dose est de 1 % du mélange fini, 2 % si ta peau encaisse bien et que tu poses avant un shampooing. Jamais plus. Le support est une huile végétale ordinaire, tournesol, jojoba, coco fondue : l’huile essentielle ne se mélange pas à l’eau, elle se mélange au gras.
Reste la goutte, qui n’est pas une unité de mesure. Sur mes propres flacons, selon le codigoutte et la viscosité de l’huile, je compte entre 25 et 35 gouttes au millilitre. Ça fait 40 % d’écart entre les deux. Calcule d’abord en millilitres, compte ensuite.
Pour les proportions des autres voies et des autres âges, la règle générale de dilution a sa propre page.
Étape 3 : tester au pli du coude vingt-quatre heures avant
Deux gouttes du mélange fini, jamais du pur, dans le pli du coude. Tu couvres, tu attends vingt-quatre heures, tu regardes. Rougeur, plaque, démangeaison : tu jettes le mélange et tu n’insistes pas.
Ce n’est pas une précaution de principe. Des substances contenues dans les huiles essentielles sont classées irritantes ou sensibilisantes pour la peau, et l’Anses estime que le consommateur devrait être averti du risque de dermatite. Une sensibilisation ne s’annule pas : une fois qu’elle est là, cette huile t’est fermée pour de bon.
Étape 4 : poser sur le cuir chevelu avant le shampooing
Tu sépares les cheveux en raies de deux ou trois centimètres, tu déposes le mélange le long de la raie, tu masses avec la pulpe des doigts et pas avec les ongles. Deux minutes suffisent. Tu laisses ensuite vingt à trente minutes, puis tu laves en deux fois : le premier shampooing décolle le gras, le second nettoie.
Une fois par semaine, deux au maximum. Moi c’est le dimanche soir, en hiver, quand j’ai le temps de me relaver la tête sans regarder l’heure. Si tu préfères doser dans le shampooing, mets les gouttes dans le creux de ta main au moment de laver. Jamais dans le flacon.
Ce qui rate, et pourquoi
Les gouttes versées dans la bouteille de shampooing ne se dissolvent pas. Un shampooing est une émulsion, l’huile essentielle la casse au-delà de 1 %, la texture tourne. Ce qui surnage part dans la première dose ou dans la dernière, et tu ne sais jamais ce que tu appliques.
Un flacon ouvert depuis deux ans s’oxyde, et ses produits d’oxydation irritent plus que l’huile fraîche. L’Anses recommande de conserver les huiles de Melaleuca, arbre à thé, niaouli, cajeput, au frais et à l’obscurité, pour éviter la formation d’ascaridole, une substance toxique. L’arbre à thé est justement celle qu’on met partout sur le cuir chevelu. Je date mes flacons à l’ouverture, au crayon, sur l’étiquette.
Le soleil, ensuite. En 2017, une cliente m’a demandé quoi mettre avant de jardiner, j’ai répondu citron sans réfléchir, elle est revenue avec des taches brunes sur l’avant-bras qui ont mis des mois à partir. Sur la nuque et sur la raie, c’est le même risque : les essences d’agrumes tachent la peau exposée.
Et quand les racines regraissent plus vite qu’avant, l’huile n’y est le plus souvent pour rien : c’est le rythme de lavage qui entretient le cercle.
Savoir au bout de trois semaines si ça a servi
Regarde la peau, pas la longueur. Un cheveu pousse d’environ un centimètre par mois : à trois semaines, il n’y a rien de mesurable à voir sur une mèche.
Le reste se constate. Est-ce que ça gratte encore le troisième jour après le shampooing ? Est-ce que les racines sont plates au bout de deux jours comme avant, ou de trois ? Note-le sur un papier le jour où tu commences, sinon tu ne t’en souviendras pas. Une seule huile à la fois, sinon tu ne sauras pas laquelle a fait quoi.
Si rien n’a bougé au bout de six semaines, arrête : ça ne s’accumule pas. Et pour tout ce qui touche un traitement en cours ou une peau qui part en plaques, demande à ton pharmacien. Il a ta liste, moi non.