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Beauté et soins

Cheveux gras rapidement après lavage : ton shampooing ne régule rien

Des cheveux gras rapidement après le lavage, ce n'est pas une glande qui se venge d'un produit trop fort. Le sébum sort à la base de la fibre, il vieillit en trois jours, et une bonne partie de ce que tu prends pour du gras n'en est pas.

Par Sébastien Reynaud Publié le 1 janvier 2020 8 min de lecture Avec un calculateur

Une brosse à cheveux en bois posée sur le rebord humide d'un lavabo carrelé.

Jeudi dernier, sur le marché de Nyons, une cliente m’a tendu son téléphone. Une page conseillait d’espacer les shampooings, le cuir chevelu se rééquilibrant en trois semaines. L’autre conseillait de laver tous les jours, étude à l’appui. Elle voulait savoir laquelle mentait.

Des cheveux gras rapidement après le lavage, oui, ça vient souvent du lavage. Pas par le mécanisme qu’on te raconte. Ta glande ne se venge pas d’avoir été décapée : elle travaille dans le derme, sous commande hormonale, et rien de ce que tu poses sur ta tête ne l’atteint. Ce que tu vois le lendemain, c’est du gras sorti à la base de la fibre, plus ce que ton soin a laissé.

Le sébum sort à la base du cheveu, pas sur la peau entre les cheveux

La glande sébacée n’est pas posée sur le cuir chevelu. Elle est accrochée au follicule, dans le derme, et se vide dans le canal du poil. Sa sécrétion est holocrine : les cellules se chargent de gras, puis se désagrègent entièrement, et ce qu’elles contenaient devient le sébum. La glande fabrique en se détruisant.

La Société française de dermatologie décrit le trajet en une phrase : le sébum remonte le long du poil dans le canal pilo-sébacé, arrive à la surface, et « engaine les tiges pilaires ».

Coupe du cuir chevelu : la glande se vide dans le canal du cheveu surface du cuir chevelu derme glande sébacée canal du poil le sébum sort ici

Engaine, pas recouvre. Le gras sort déjà autour de la fibre, dans le même conduit qu’elle. Sur une tête qu’on vient de laver, la première goutte se pose sur un cheveu nu, sans rien pour l’absorber, et elle se voit. La sensation revient si vite parce que cette quantité ridicule tombe pile au bon endroit.

Ce que trois jours font à ce gras

Le sébum, c’est environ 60 % de triglycérides, des cires et du squalène. J’ai les mêmes molécules dans mes bidons. Un macérat huileux de calendula laissé au chaud avec un fond d’humidité, je sais comment il finit : les triglycérides s’hydrolysent en acides gras libres, le squalène s’oxyde. Ça rancit, et ça change d’odeur avant de changer d’aspect.

Un cuir chevelu tourne autour de 34 degrés, sous des cheveux qui retiennent l’humidité : ça va plus vite que dans ma cave. Ces acides gras libres et ces lipides oxydés irritent la peau : les démangeaisons montent régulièrement pendant les 72 heures qui suivent un shampooing. Ce que tu appelles sale au troisième jour, c’est d’abord du sébum qui a vieilli sur place.

Ce que ton shampooing n’atteint pas

On appelle ça l’effet rebond : le shampooing décape, la glande compense, et plus tu laves plus elle fabrique. C’est répété partout. Dessous, il n’y a pas de mesure, il y a une conviction.

L’activité de la glande est sous contrôle des hormones sexuelles. La testostérone libre entre dans le sébocyte, la 5-alpha-réductase la transforme en dihydrotestostérone, et c’est cette molécule-là qui commande la production. Une séborrhée forte vient d’un excès d’androgènes ou d’une enzyme trop active. C’est la même commande qui fait déborder le sébum sur le visage. Aucun tensioactif là-dedans, et « régule le sébum » sur un flacon reste une allégation cosmétique.

Ce que « sans sulfate » change

Un tensioactif doux retire moins de lipides de surface qu'un sulfate. Il change ce qui reste sur ta tête, pas ce que ta glande fabrique dessous. Le cuir chevelu tiraille moins, et c'est déjà ça. Lui demander de « rééquilibrer la production », c'est demander à un savon de parler à une hormone.

Ça n’excuse pas les produits agressifs. Un shampooing qui retire trop de lipides laisse le cuir chevelu tiraillé, donc qui démange. On passe la main dedans sans y penser, et la main étale.

L’étude qui dit le contraire, et ce qu’elle a comparé

Un travail publié en 2021 dans Skin Appendage Disorders conclut l’inverse. Une équipe a suivi 1 500 personnes à Xi’an réparties par fréquence de lavage, puis fait passer au lavage quotidien, quatre semaines durant, 60 volontaires qui se lavaient les cheveux deux fois par semaine au plus. Moins de lipides et moins de squames sur le cuir chevelu, satisfaction maximale entre cinq et six lavages par semaine.

Regarde le protocole avant de changer quoi que ce soit. La comparaison oppose sept jours sans aucun shampooing à un lavage quotidien. Sept jours. La question se pose au deuxième jour, pas au septième. Le produit était un antipelliculaire au pyrithione de zinc, pas le flacon de la salle de bains. Et l’étude a été payée à 100 % par Procter & Gamble, ce que les auteurs écrivent eux-mêmes.

Elle établit une chose : laisser le sébum une semaine sur place abîme le confort du cuir chevelu. Sur le fait de laver plus souvent pour garder des racines propres plus longtemps, elle ne dit rien. Les deux camps s’en réclament, et les deux vendent du shampooing.

Ce qui rend des cheveux gras plus vite après le lavage

La forme de ta fibre pèse plus que le choix du flacon, les résidus presque autant.

Ce qui changeDans quel sens ça pousse
Cheveu lissele sébum descend vite, les racines luisent en un jour
Cheveu bouclé ou crépuil reste en haut, racines grasses et pointes sèches
Soin posé trop haut, rinçage courtajoute un gras qui n’en est pas
Puberté, cycle, poussée d’androgènesaugmente le débit, rien sur l’étagère n’y touche

La moitié des gens qui me disent avoir les cheveux gras ont surtout les cheveux chargés, et ça ne se règle pas pareil. Si ton cuir chevelu rougit ou pèle par plaques, va voir un médecin plutôt que changer de shampooing.



Ce que je changerais, et dans quel ordre

D’abord le second shampooing. Beaucoup en font deux par lavage, par habitude, sur une tête déjà propre au bout du premier. Supprime-le deux semaines et regarde.

Ensuite le soin : à partir des oreilles, jamais sur les racines, et rince jusqu’à ce que la mèche crisse entre deux doigts. Sur les résidus, ça rend plus qu’un changement de marque.

L’eau tiède plutôt que brûlante, oui, mais pas pour la raison qu’on lit partout. Je n’ai aucune mesure montrant qu’une eau chaude fait travailler la glande, et vu où elle se trouve, ça m’étonnerait. Un cuir chevelu ébouillanté démange, en revanche, et ça finit toujours par une main dedans.

Espace enfin par paliers, une demi-journée à la fois, en gardant le jour où tu sors. Je ne te donne pas de délai : je n’en ai pas, et ceux qu’on annonce en semaines ne reposent sur rien de vérifiable. Derrière mon étal, je réponds quinze fois par matinée la même chose : non, mon hydrolat de laurier ne règle pas ça, et les huiles essentielles non plus. Je vends des flacons et je te le dis quand même.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

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