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Nutrition et alimentation

Le régime pauvre en résidus, ce n'est pas un régime

Deux feuillets de gastro-entérologie, deux listes qui se contredisent sur le pain. Ce que le régime pauvre en résidus retire vraiment, combien de jours il dure, et pourquoi mixer une soupe n'enlève pas une fibre.

Par Nathalie Delcourt Publié le 1 janvier 2020 9 min de lecture Avec un calculateur

Une assiette de riz blanc et un œuf poché sur une table de cuisine, à côté d'un chinois et d'une casserole de bouillon filtré.

Deux feuillets de gastro-entérologie posés côte à côte sur ma table de cuisine. Le premier interdit le pain, tous les pains, y compris le pain blanc. Le second autorise le pain blanc, le pain grillé et les biscottes. Même régime, même pays, deux listes qui ne disent pas la même chose.

Le régime pauvre en résidus est une préparation médicale courte. Un à trois jours le plus souvent, décidée par un médecin avant un examen ou pendant une poussée, arrêtée dès que la raison qui l’a fait prescrire s’arrête. Moins de 10 grammes de fibres par jour, trois jours d’assiettes sans une feuille de salade, puis on remonte. Personne ne vit là-dedans.

« Résidu », un mot que personne ne sait chiffrer

Un résidu, c’est ce qui arrive intact dans le côlon quand la digestion a fini son travail : la fibre que tu n’as pas digérée, mais aussi des bactéries, des sécrétions, des cellules de la paroi qui se détachent en chemin. Personne n’a jamais su dire quelle part vient de l’assiette.

Les diététiciens américains en ont tiré la conséquence. Le régime pauvre en résidus a été retiré du Nutrition Care Manual, leur manuel de référence, après 2011 : pas de définition chiffrée du mot « résidu », et aucune méthode pour estimer ce qu’un aliment donné produit vraiment. Une revue parue en novembre 2015 dans Advances in Nutrition raconte ce retrait et ses raisons. Le mot est resté dans les feuillets français, le chiffre derrière n’existe toujours pas.

Les fibres, elles, se comptent. Dans les essais cliniques, on parle de régime pauvre en résidus en dessous de 10 grammes de fibres par jour. L’ANSES fixe depuis 2016 l’apport satisfaisant d’un adulte à 30 grammes. Tu descends au tiers de ce que tu manges d’habitude, pendant trois jours. Le reste du feuillet traduit ce chiffre en aliments.

30 gl'apport en fibres visé chez l'adulte, ANSES 2016

10 gle seuil retenu dans les essais cliniques

1 jourla veille de la coloscopie, et rien avant

Mixer une soupe n’enlève pas une fibre

On me l’a dit pendant vingt ans à moi aussi : je mixe, c’est plus digeste. Le mixeur coupe la fibre en morceaux plus petits. Il ne l’enlève pas. Elle est toujours dans le bol, en plus fin, et elle arrivera dans le côlon comme avant.

Ce qui l’enlève, c’est le tamis. Tu cuis tes légumes à l’eau, tu verses dans un chinois sans écraser, tu gardes le liquide et tu jettes le reste. La fibre est là, dans la passoire, tu la vois. C’est pour ça que les feuillets autorisent le bouillon de légumes et refusent la soupe de légumes : deux gestes différents, deux contenus différents, et le mot « soupe » ne dit pas lequel des deux tu as fait.

Deux autres gestes en retirent pour de bon, et on les fait déjà tous les jours. Éplucher, parce que la peau d’une pomme ou d’une courgette porte une bonne part de ce que le végétal contient. Épépiner, parce que les pépins, les filaments et les membranes d’agrumes passent entiers. La cuisson, elle, ne retire rien : elle ramollit, ce qui n’est pas pareil. Une carotte fondante et une carotte crue portent les mêmes fibres.

Ce qui reste dans l’assiette pendant ces trois jours

FamilleCe qui passeCe qui sort
Féculentsriz blanc, pâtes blanches, semoule fine, biscottespain complet, avoine, quinoa, maïs
Légumesle bouillon passé au chinoistous, crus ou cuits, et la soupe mixée
Fruitsjus sans pulpe, geléefrais, cuits, secs, compote comprise
Viandes, poissons, œufsgrillés, pochés, rôtis sans saucepanure, friture, charcuterie grasse
Laitagespâtes pressées cuites, comté, emmentallait et yaourt, selon ton feuillet
Grasbeurre, huile cruefritures, sauces à la crème

Trois jours comme ça, ce n’est pas triste si tu t’organises. Du riz au beurre, un œuf poché, du comté râpé dessus : ça se mange. Semoule fine mouillée au bouillon de volaille, blanc de poulet grillé, une gelée de coing pour finir, tu tiens un dîner. L’ennui de manger blanc pèse plus lourd que le manque de goût. Fais varier les cuissons plutôt que les aliments : grillé un soir, poché le lendemain, en gratin de pâtes le troisième.

Attention au piège du rayon. La compote allégée en sucre reste une compote de fruits, avec ses fibres. Le jus sans pulpe, lui, a été filtré. Sur ces trois jours, c’est la filtration qui décide, jamais la mention diététique de l’emballage.


Un jour suffit avant une coloscopie

Les feuillets français annoncent un à trois jours, et tout le monde comprend trois. La recommandation européenne d’endoscopie digestive, mise à jour en 2019, tient en une phrase : un régime pauvre en fibres la veille de la coloscopie. Recommandation forte, niveau de preuve modéré. La veille, pas la semaine.

Elle s’appuie sur des essais qui ont comparé ce régime aux boissons claires seules, celles qu’on imposait avant. Le côlon ressort aussi propre dans les deux cas. En revanche les gens tiennent beaucoup mieux quand on les laisse manger : ils boivent la préparation laxative en entier et ils acceptent de refaire l’examen plus tard. Le repas de la veille fait tenir la préparation.

Ton feuillet à toi reste la référence, parce qu’il tient compte de ton examen, de ton laxatif et de l’heure de ton rendez-vous. S’il dit trois jours, tu fais trois jours. La question se pose au médecin, au moment où il te le remet.

Hors coloscopie, la durée se compte en semaines

L’indication décide de presque tout. Une coloscopie, un à trois jours. Une poussée de maladie inflammatoire ou une diverticulite, quelques jours à quelques semaines, sous surveillance. Après une chirurgie digestive, c’est l’équipe qui fixe la durée et la sortie.

Une fois la poussée passée, ce régime devient exactement ce qu’il ne faut plus faire, et c’est ton médecin qui dit quand remonter. Le tenir au-delà de son indication, c’est un transit qui se bloque et une bonne raison qui devient une mauvaise habitude.

Remettre les fibres, dans quel ordre

Pas tout d’un coup. Reprendre une assiette de lentilles le lendemain de l’examen, c’est la garantie d’une soirée à se tordre, et de croire ensuite qu’on ne supporte plus les légumes secs.

L’ordre qui passe bien : compote lisse d’abord, puis légumes cuits mixés sans peau ni pépins, courgette et carotte en tête. Viennent après les fruits cuits, le pain semi-complet et les pâtes semi-complètes. Les crudités et les légumes secs ferment la marche, une semaine plus tard. Un cran tous les deux jours, et tu recules d’un cran si ça grogne.

Et tu montes l’eau en même temps que les fibres. Une fibre qui n’a rien à boire fait bouchon au lieu de faire avancer, c’est l’erreur qui revient en atelier à chaque fois. Un grand verre à chaque repas, sur toute la semaine de reprise.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

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