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Nutrition et alimentation

Quel régime choisir : quatre questions avant de commencer

À un an, les régimes qui font maigrir arrivent tous à peu près au même endroit. Pour savoir quel régime choisir, quatre questions valent mieux qu'un classement.

Par Nathalie Delcourt Publié le 1 janvier 2020 6 min de lecture Avec un calculateur

Des feuilles agrafées posées sur une table de cuisine, à côté d'un carnet de prix, d'une balance et de lentilles vertes

Mercredi 21 janvier 2026, atelier du centre social de Frais-Marais. Une femme de quarante ans sort une feuille imprimée de son sac, quatre pages agrafées, un régime trouvé la veille. Elle ne me demande pas de recette. Elle me demande : est-ce que c’est le bon ?

Non. Et aucun autre non plus. À un an, les régimes qui font maigrir arrivent à peu près au même endroit, et ce qui les sépare tient au nombre de semaines pendant lesquelles tu tiens, pas à leur mécanique. Je ne t’en désignerai donc aucun. Voici plutôt les quatre questions que je pose à n’importe quelle feuille qu’on pose devant moi : ce qu’elle t’interdit, ce qu’elle coûte par semaine, combien de temps elle dure, et ce qui se passe le jour où elle s’arrête.

Les régimes qui marchent arrivent tous au même endroit

En 2018, une équipe de l’université Stanford a publié dans le JAMA le résultat d’un essai mené sur 609 adultes pendant douze mois. Moitié en pauvre en graisses, moitié en pauvre en glucides, les deux versions sérieuses, légumes compris et sans produits industriels. Au bout d’un an : 5,3 kg perdus d’un côté, 6,0 kg de l’autre.

L’écart entre les deux groupes ne veut rien dire. L’intéressant est ailleurs : dans chacun d’eux, les résultats individuels vont de trente kilos perdus à dix kilos pris. Même feuille, même suivi, même durée.

Le mécanisme n’a rien de mystérieux. Chacun de ces régimes retire des calories par un chemin différent. Supprimer le sucre supprime les gâteaux, les sodas et la moitié du rayon petit-déjeuner. Supprimer le gras supprime la charcuterie, le fromage et les sauces. Manger dans une fenêtre de huit heures supprime le grignotage du soir, qui est souvent l’essentiel. Le chemin change, la sortie est la même : tu manges moins qu’avant. Ce qui varie ensuite, c’est ta capacité à continuer.

On m’a répété pendant vingt ans qu’il existait un meilleur régime et qu’il suffisait de trouver le sien. C’était dans la salle de pause, tous les mois de mai, dans les mêmes magazines. La question n’est pas lequel marche. C’est lequel tu tiendras.

Ce qu’il t’interdit, et combien de repas ça touche

Tu manges vingt et un repas par semaine. Compte les vrais : ceux de chez toi, celui du self ou de la cantine, celui du dimanche chez ta mère, celui du vendredi soir où tu ne cuisines pas. Puis coche ceux que la feuille interdit tels quels. Ce calcul prend trois minutes, et c’est le seul qui vaille avant de commencer.

Sur ma semaine, ça donne ça.

Ce qu’elle retireRepas sur 21Ce qui coince
Les féculents18le midi hors de chez toi
Le gluten16le pain et tout le pané
Le sucre ajouté7le petit-déjeuner
Deux repas sur trois7le dîner avec les autres

Un interdit qui tombe sur deux repas se contourne. Un interdit qui tombe sur quinze te met en position de refuser quelque chose quinze fois par semaine, devant des gens, les jours de fatigue compris. Personne ne tient ça longtemps, et ce n’est pas un problème de volonté : c’est un problème de nombre. C’est aussi ce qui fait lâcher les gens qui comptent leurs calories : pas le calcul, le nombre de fois où il faut le refaire.

Ce qu’il coûte par semaine, et personne ne l’écrit

Je note le prix au kilo de dix-huit produits toutes les semaines depuis janvier 2009. Dix-sept carnets. J’ai refait les courses de plusieurs régimes courants avec mes relevés du printemps, marque distributeur chaque fois qu’elle existe, et je les ai comparées à une semaine ordinaire chez moi.

L’écart n’est pas une broutille, et il va presque toujours dans le même sens. Les sachets de substituts arrivent en tête, parce que tu payes deux fois : les sachets, et les repas des autres que tu continues d’acheter.



Écart avec ma semaine ordinaire.

La version méditerranéenne construite sur les légumes secs, elle, coûte moins cher que ma semaine ordinaire. Deux cents grammes de lentilles vertes, vingt-cinq minutes de cuisson, autour de 0,70 € pour quatre personnes. Personne n’a rien à te vendre là-dessus, ce qui explique peut-être qu’on en parle si peu.

Combien de temps il dure

Cherche une date de fin, écrite quelque part sur la feuille.

S’il y en a une, trois semaines, quatre phases, deux mois, alors le régime lui-même n’est plus la question. Ce qui vient après l’est, et c’est la dernière des quatre.

S’il n’y en a pas, ce n’est plus un régime : c’est une façon de manger. Elle se juge sur trente ans, pas sur trois semaines, et les critères changent du tout au tout. Est-ce que ça se cuisine un mardi soir à 19 h. Est-ce que ça se sert à toute la table. Est-ce que ça tient le jour où tu rentres à 20 h 30.

Ce qui se passe le jour où il s’arrête

C’est la question qu’on pose en dernier alors qu’elle décide de tout.

Dans un avis rendu le 12 mai 2011, l’Anses a examiné quinze des régimes amaigrissants les plus répandus. Elle écrit que la reprise du poids perdu survient dans environ 80 % des cas au bout d’un an, et dans 95 % des cas au bout de cinq ans. Elle relève aussi qu’une perte de poids s’accompagne d’une perte de masse musculaire de l’ordre du quart du poids parti, y compris quand le régime est équilibré.

Le mécanisme est banal, et c’est pour ça qu’il attrape tout le monde. Tu reviens à ce que tu mangeais avant, parce que la feuille s’est arrêtée et qu’elle ne disait rien de la suite. Sauf que ton corps pèse moins, dépense un peu moins, et qu’une partie du muscle perdu ne revient pas tout seul. Les anciennes courses retrouvent leur place dans le caddie en une quinzaine de jours. J’ai vu ça chez deux collègues, qui ont repris davantage que ce qu’elles avaient perdu.

Donc la sortie s’écrit avant l’entrée. Quelles courses tu feras la semaine d’après. Quels repas restent en place quoi qu’il arrive. Ce que tu gardes une fois la période finie. Si tu ne sais répondre à aucune des trois, ne commence pas cette semaine-là.

Là où je m’arrête

Je cuisine, je ne soigne pas. Un régime lié à un diabète, à un cholestérol, à une hypertension ou à une maladie du rein se décide avec ton médecin et une diététicienne, pas avec une feuille imprimée et pas avec moi.

Et il reste une chose que personne ne sait faire, y compris les équipes qui montent ces essais : prédire qui tiendra. On mesure des moyennes de groupe, sur des gens qui déclarent eux-mêmes ce qu’ils ont mangé, et c’est la partie la plus fragile de l’édifice. Mes quatre questions ne te diront pas si tu vas maigrir. Elles te disent où ça cassera, et c’est la seule chose que la feuille n’écrit jamais.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

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