Le meilleur rôle de Game of Thrones, pour une carrière, c’était le plus court. Pedro Pascal a tenu sept épisodes sur soixante-treize et c’est aujourd’hui le nom de la distribution qui remplit le plus de salles. Kit Harington en a tourné soixante-deux, et il lui a fallu cinq ans pour redevenir autre chose que Jon Snow.
Huit saisons, soixante-treize épisodes, du 17 avril 2011 au 19 mai 2019. Sur la dernière, cinq acteurs principaux touchaient un million de dollars par épisode. Regarde le compteur d’épisodes de chacun, puis regarde sa filmographie depuis : tu comprendras tout seul dans quel sens ça marche.
Épisodes joués, sur les 73 de la série
Pedro Pascal7
Jason Momoa10
Richard Madden21
Alfie Allen47
Nikolaj Coster-Waldau55
Kit Harington62
Le critère : la date à laquelle le personnage disparaît
C’est le seul point commun que j’ai retenu pour ces six-là. Pas la notoriété, pas le salaire, pas le nombre de nominations : le moment où le personnage sort de l’écran.
Un comédien libéré en 2012 arrive sur le marché avec une série en cours qui fait sa publicité toutes les semaines, et un visage que personne n’a encore usé. Un comédien libéré en 2019 arrive avec un rôle terminé, huit ans d’exclusivité dans le dos, et une tête qui reste collée à un seul personnage. Ce sont deux métiers différents. Les six hommes ci-dessous sont ceux que la série a le plus exposés, du plus vite sorti au dernier debout.
Pedro Pascal, sept épisodes et la carrière la plus lourde
Oberyn Martell, prince de Dorne, saison 4, sept épisodes, le crâne écrasé en duel judiciaire dans un épisode diffusé le 1er juin 2014. À ce moment-là, personne ne mise un centime sur lui.
Cinq ans plus tard il porte The Mandalorian, une série où son visage reste sous un casque. Puis Joel dans The Last of Us à partir de 2023, qui lui vaut le prix du Syndicat des acteurs en 2024. Puis Gladiator II, puis Reed Richards chez Marvel en 2025.
C’est mon premier choix, et la raison tient en une ligne : il est le seul des six dont le rôle dans la série ne sert plus de référence. On ne dit plus « l’acteur qui jouait Oberyn ».
Le revers commence à se voir. Il accepte tout, quatre sorties dans la seule année 2025, et à peu près le même homme abîmé qui protège plus jeune que lui. À ce rythme, on finit par le voir venir.
Jason Momoa, sorti de la série avant tout le monde
Aquaman a dépassé le milliard de dollars de recettes en 2018. C’est le seul des six à avoir porté seul un film de cette taille.
Khal Drogo, dix épisodes, étouffé par sa propre femme au dernier épisode de la saison 1. Il était donc libre dès 2011, avec une série qui montait et un agent qui pouvait la vendre. Ont suivi Duncan Idaho dans Dune, Fast X, le retour d’Aquaman, un rôle comique dans le film tiré de Minecraft. En 2025 il a coécrit, produit et joué Chief of War, sur l’unification des îles Hawaï, tournée en partie en hawaïen.
Hors de l’action, on ne l’a jamais vraiment vu. Il a mis quatorze ans à s’écrire un rôle qui ne repose pas sur sa carrure, et il a dû le produire lui-même pour l’obtenir.
Richard Madden, tué aux Noces pourpres, relancé par Bodyguard
Robb Stark, vingt et un épisodes, criblé de carreaux d’arbalète puis achevé au couteau pendant les Noces pourpres, en juin 2013.
Cinq ans de traversée ensuite, sans rien qui reste. Puis Bodyguard sur la BBC en 2018 : dix-sept millions de Britanniques devant le dernier épisode, la plus grosse audience pour une fiction britannique depuis 2002, date de la mesure actuelle. Golden Globe du meilleur acteur en janvier 2019. La même année, il joue le manager d’Elton John dans Rocketman.
Rien depuis n’a retrouvé ce niveau. Citadel, en 2023, a mobilisé un des budgets de série les plus lourds jamais engagés et n’a rien laissé derrière lui. Sur les six, c’est la carrière qui tient au plus petit nombre de rôles.
Alfie Allen, nommé aux Tony pour une pièce, pas pour un film
Theon Greyjoy, quarante-sept épisodes de 2011 à 2019 : trahison, capture, torture, mutilation, puis rachat. Le rôle dont personne ne voulait. Il meurt en chargeant seul le Roi de la Nuit et décroche sa première nomination aux Emmy la même année.
La suite ne s’est pas jouée au cinéma. Jojo Rabbit en 2019, SAS Rogue Heroes en 2022, et surtout Hangmen à Broadway la même année, dans un rôle repris à Dan Stevens, qui lui vaut une nomination aux Tony du meilleur second rôle dans une pièce. C’est la seule distinction de théâtre américain du groupe. Il était encore sur scène à Londres en 2025, au Donmar Warehouse.
Le grand écran ne lui a jamais donné de premier rôle. Il reste un excellent second couteau, et il a l’air de s’en accommoder mieux que les autres.
Nikolaj Coster-Waldau, cinquante-cinq épisodes et un mandat à l’ONU
Jaime Lannister, de 2011 à 2019, mort sous les décombres de Port-Réal avec sa sœur, une nomination aux Emmy en 2018. Il n’a pas couru après Hollywood ensuite. Il est rentré travailler au Danemark, il a coécrit, produit et interprété Against the Ice en 2022, sur une expédition polaire danoise partie en 1909, et il est ambassadeur de bonne volonté du Programme des Nations unies pour le développement depuis 2016, sur le climat et les inégalités.
Au box-office, il ne pèse plus. Ses films danois ne sortent presque pas en France, ses rôles américains depuis 2019 tiennent en quelques scènes. C’est un choix, pas un accident de carrière.
Kit Harington, celui qui a payé la fin de la série
Jon Snow, soixante-deux épisodes, le plus gros compteur des six, deux nominations aux Emmy en 2016 et en 2019. Il a raconté lui-même être entré en cure au sortir du dernier tournage. Huit ans dans le même manteau, ça se paye.
Le cinéma ne lui a rien rendu : Les Éternels en 2021, et pas grand-chose autour. Son retour date de 2024 et il vient d’ailleurs. La saison 3 de la série financière Industry, où il joue un patron de start-up qui se noie, et Slave Play au Noël Coward Theatre de Londres, du 29 juin au 21 septembre 2024. Une série anglaise et une scène de théâtre.
Si tu n’en revois qu’un ce soir
Bodyguard. Six épisodes, une soirée et demie, la seule de ces suites de carrière qui se regarde d’un bloc, et Madden y joue exactement le contraire de Robb Stark.
Si tu préfères mesurer ce qu’un acteur tire d’un mauvais personnage, reprends Theon à partir de la saison 3, en sachant comment ça finit. Ça change la série.