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Beauté et soins

Parabènes dans les cosmétiques : ce qui reste autorisé

Cinq parabènes interdits en 2014, quatre encore admis à doses plafonnées, et une mention « sans » que les marques n'ont plus le droit d'écrire. Ce qui les a remplacés est moins connu.

Par Sébastien Reynaud Publié le 1 janvier 2020 9 min de lecture Avec un calculateur

Flacons ambrés et bidons inox alignés sur une étagère de cave, étiquettes tournées vers le mur

Marché de Nyons, un jeudi de mars. Une cliente attrape un flacon d’hydrolat de laurier sur mon étal, le retourne, cherche quelque chose au dos, et le repose. Elle voulait lire « sans parabènes ». Elle ne l’a trouvé nulle part et elle en a conclu qu’il y en avait dedans.

Il n’y en a pas. Mon hydrolat n’a aucun conservateur du tout, et c’est un problème plutôt qu’un argument. Les parabènes sur lesquels pesait un vrai doute sont interdits dans les cosmétiques européens depuis 2014. Quatre restent autorisés, à des doses plafonnées, et ils s’écrivent en toutes lettres sur la liste des ingrédients. Ce qui a bougé sur les emballages depuis dix ans, c’est surtout ce qu’on a le droit d’imprimer dessus.

Ce qu’un conservateur empêche, et ce qui arrive sans lui

Je distille depuis vingt et un ans et je vends de l’eau de distillation. Un hydrolat, c’est de l’eau à 99,9 % : entre 0,02 et 0,05 % de composés aromatiques, le reste sort du condenseur. Son pH tourne autour de 4,5 sur mon laurier, je le mesure au pH-mètre au début de chaque saison. Je le garde en chambre froide à 8 °C, dans des bidons inox pleins à ras bord.

Tout ça, c’est du travail pour compenser l’absence de conservateur. Un été, j’ai laissé un bidon entamé dans la cave, autour de 18 °C. Trois semaines plus tard, un voile blanc flottait dessus. Rien de dramatique, un litre à la poubelle. L’eau ne se garde pas toute seule, et ce qui pousse dedans n’attend pas d’invitation.

Une crème, c’est le même problème en pire. De l’eau, du gras, parfois des sucres, un pot qu’on ouvre tous les matins avec un doigt qui vient de toucher une poignée de porte, et six mois passés à 20 °C dans une salle de bains. Un conservateur n’hydrate rien et ne fait aucun bien à la peau. Il empêche qu’elle se peuple, c’est tout son travail. Retirer les parabènes n’a donc jamais amélioré une formule : ça a posé une question au fabricant, qui a dû y répondre autrement.

Cinq parabènes interdits, quatre encore autorisés

Les parabènes forment une famille de molécules, et l’Europe les a triés un par un. La confusion vient de là.

Le règlement 358/2014 du 9 avril 2014 en a interdit cinq. Les produits non conformes ne pouvaient plus être mis sur le marché à partir du 30 octobre 2014, ni vendus après le 30 juillet 2015. Un deuxième texte, le règlement 1004/2014, a resserré les deux qui restaient discutés.

ParabèneCe qu’il a le droit d’être aujourd’hui
Isopropyl-, isobutyl-, phényl-, benzyl-, pentylparabèneInterdits, plus rien ne peut légalement en contenir
Méthylparabène, éthylparabèneAutorisés : 0,4 % pour un seul, 0,8 % en mélange
Propylparabène, butylparabèneAutorisés : 0,14 % à eux deux, et rien sur le siège des moins de trois ans

Ces seuils s’expriment en acide 4-hydroxybenzoïque, pas en poids d’ester : c’est la convention du texte, et c’est pour ça que le chiffre de 0,14 % ne se compare pas directement à ce qui est écrit sur une fiche technique.

« Sans parabènes » n’a plus le droit d’être imprimé

Voilà pourquoi la cliente de mon étal cherchait une mention qui n’existe plus.

Une allégation portée par un cosmétique doit répondre aux critères du règlement européen 655/2013, dont un critère d’équité : elle ne doit pas dénigrer des produits conformes. Or les parabènes forment une famille chimique dont les membres nocifs ont été interdits et les autres encadrés. Dire « sans » revient donc à jeter le doute sur des ingrédients légalement autorisés. La position des autorités de contrôle françaises est nette là-dessus depuis 2019 : l’allégation doit être retirée.

La mention a donc quitté les emballages sans qu’aucune formule ne change ce jour-là. Beaucoup de gens ont lu l’inverse. C’est le même mécanisme que pour les autres promesses écrites sur un pot : ce qui disparaît d’une étiquette ne dit rien de ce qui reste dans le tube.

Ce qui a pris la place, et ce qui lui est arrivé ensuite

Cette partie de l’histoire se raconte beaucoup moins. Quand les parabènes sont devenus invendables, les formulateurs ont dû conserver autrement.

La méthylisothiazolinone a beaucoup servi à ça. Elle a provoqué une vague d’allergies de contact assez nette pour que l’Europe l’interdise dans tous les produits sans rinçage à partir du 12 février 2017, puis la plafonne à 0,0015 % dans ceux qui se rincent. Le produit de remplacement était ressorti des crèmes dix ans après y être entré.

Le phénoxyéthanol, l’autre solution de repli, est autorisé jusqu’à 1 %. L’ANSM demande depuis 2019 que les produits sans rinçage qui en contiennent portent une mention : à ne pas utiliser sur les fesses des enfants de trois ans ou moins. La restriction est exactement celle qui s’applique au propylparabène et au butylparabène depuis 2015, sur la même zone et pour le même âge.

Un conservateur ancien a été mesuré, discuté vingt ans, puis encadré. Celui qui prend sa place démarre avec un dossier plus mince, et il faut des années pour savoir ce qu’il vaut. Sur une étiquette, « sans » ne dit jamais ce qu’il y a à la place.

Ce qui n’est pas tranché : la dose additionnée chez l’enfant

Le dossier n’est pas clos, et je préfère le dire.

Le comité scientifique européen de la sécurité des consommateurs a rendu le 2 mai 2025 un avis sur l’exposition des enfants au butylparabène. En additionnant tous les produits qu’un nourrisson peut recevoir dans une journée, crème, lait, lingette, il arrive à une dose cumulée bien supérieure à ce qu’il juge acceptable, alors que chaque produit pris seul respecte le plafond. Le comité propose donc d’abaisser les concentrations dans le sans-rinçage.

Dose jugée acceptable 245

Nourrisson, tous produits cumulés 952

Butylparabène reçu en une journée, en microgrammes par kilo de poids.

Un avis n’est pas un règlement : le texte européen n’a pas bougé et 0,14 % reste la limite. Ce que ça déplace, c’est la façon de compter. Le seuil porte sur un flacon, la peau reçoit la journée entière.

Ce que tu regardes sur ton étagère

Prends un produit que tu utilises depuis un moment et cherche le petit pot ouvert avec un chiffre dedans, 6M ou 12M. C’est la période après ouverture, obligatoire quand le produit se garde plus de trente mois. Passé ce délai, il n’y a plus grand-chose à espérer du conservateur, quel qu’il soit.

Si tu tiens à éviter les parabènes, la liste des ingrédients suffit : ils s’écrivent methylparaben, ethylparaben, propylparaben, butylparaben, et rien ne les cache. C’est aussi la seule façon de voir ce qu’il y a à la place.


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