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Nutrition et alimentation

MonaVie : mon avis sur ce jus d'açaï vendu 40 € le litre

Premier ingrédient : l'eau. Prix : 40 € le litre. Mon avis sur MonaVie, ce que disait vraiment l'étiquette, et les trois signes qui trahissent un jus vendu par parrainage.

Par Nathalie Delcourt Publié le 1 janvier 2020 8 min de lecture Avec un calculateur

Une bouteille de jus de fruits foncé retournée sur un plan de travail, à côté d'un verre doseur gradué

Un jus de fruits à 40 € le litre, dont le premier ingrédient est l’eau et le deuxième du concentré de poire : mon avis sur MonaVie tient dans cette phrase. Ce que tu payais, c’était la chaîne de gens qui te l’avait fait connaître.

Je ne l’ai jamais acheté. Une collègue du collège Gayant a posé la bouteille sur la table de la salle de pause, un midi de 2014, pour me demander si ça valait le coup. Elle en buvait deux fois 60 ml par jour depuis six semaines. J’ai fait ce que je fais toujours : j’ai retourné la bouteille, lu la liste dans l’ordre, divisé le prix par le volume. Quatre minutes.

Ce que coûtait vraiment une bouteille de MonaVie

Une bouteille faisait 750 ml et se vendait une trentaine d’euros en France. La dose conseillée : 60 ml, matin et soir. Six jours par bouteille, cinq bouteilles par mois.

Ramené au litre, on est à 40 €. Un pur jus de pomme du commerce tourne entre 1,20 € et 2 € le litre. Je tiens un carnet de prix au litre depuis 2009, dix-sept carnets, et je n’ai jamais rien noté d’aussi éloigné de son contenu.




Le rapport se calcule contre un pur jus de pomme à 1,60 € le litre.

Ce prix a marché. En 2008, MonaVie a fait 854,9 millions de dollars de chiffre d’affaires. Aucune n’est passée par un rayon : la boisson se trouvait par quelqu’un qui en buvait déjà et qui touchait sur ce que tu achetais.

Ce que disait l’étiquette, dans l’ordre où elle se lit

Une liste d’ingrédients se range par poids décroissant. C’est une obligation, et c’est la seule information d’un emballage qui ne se négocie pas.

Sur MonaVie Active, ça donne : eau, concentré de poire, concentré de pomme, concentré de kiwi, purée de poire, concentré de raisin. Viennent ensuite la canneberge, la banane en poudre, l’ananas, la prune. La myrtille, le sureau, la grenade et la mûre ferment la marche, là où les quantités se comptent en fractions de gramme.

Et l’açaï ? Il n’apparaît pas comme ingrédient mais sous une marque déposée, « AcaVie », 9,3 g par dose de 60 ml. Une marque n’a pas à dire ce qu’elle contient ni dans quelles proportions. C’est le seul endroit de la bouteille où le mot açaï figure, et c’est lui qui a fait vendre.

Reste le sucre : 13,3 g pour 100 ml. Plus qu’un cola. Le jus le plus cher du placard était aussi le plus sucré, et ça ne se lit que sur le tableau que personne ne retourne.

MonaVie Active13,3

Cola classique10,6

Pur jus de pomme10,5

Grammes de sucres pour 100 ml.

Pourquoi la promesse n’était jamais écrite sur la bouteille

La bouteille, elle, n’a jamais rien promis. La règle l’en empêchait.

En Europe, une phrase qui relie un aliment à un effet sur la santé n’est pas libre. Elle doit figurer dans un registre tenu par la Commission, chaque formulation écrite mot pour mot avec sa condition. Ce qui n’y est pas ne s’écrit pas sur un emballage.

L’açaï n’y est pas. Aucune allégation de santé n’a jamais été autorisée pour cette baie : l’examen des demandes portant sur les plantes est suspendu depuis 2010, et elle attend dans cette file avec des centaines d’autres. La seule phrase que MonaVie pouvait légalement porter était celle de la vitamine C, qui contribue au fonctionnement normal du système immunitaire. Quinze milligrammes par dose, quand un kiwi à 40 centimes en donne quatre fois plus.

Alors la promesse est passée ailleurs : par la bouche de ta collègue. Aux États-Unis, l’agence du médicament a écrit à l’entreprise en 2007 parce que ses supports parlaient de cholestérol, d’inflammation et de douleurs articulaires. Ces phrases-là font d’une boisson un médicament, et un médicament s’autorise. Le vendeur, lui, n’est lié par aucune étiquette. Il raconte.

L’autre argument, c’était l’indice ORAC, censé mesurer un pouvoir antioxydant. Le ministère américain de l’agriculture a retiré sa propre table en 2012 : ces valeurs mesurées en éprouvette ne disent rien de ce qui se passe dans un corps. L’argument vedette du produit, désavoué par l’organisme qui l’avait publié.

Ça ne soigne rien. Ça nourrit un peu, et ça coûte cher.

Le résultat : 854,9 millions de dollars en 2008, une créance à 15 millions en 2015

Ce qui a été mesuréLe chiffre
Chiffre d’affaires 2008854,9 millions de dollars
Bouteilles écouléesenviron 1 million par semaine
Vendeurs à 35 dollars par semaine ou moins, en 201185 %
Vendeurs touchant une commissionmoins de 1 %
Emprunt non honoré, mai 2014182 millions de dollars
Créance rachetée, mars 201515 millions de dollars

En sept ans, un produit qui pesait près d’un milliard de dollars de ventes annuelles s’est vendu au prix de sa dette. Rien n’avait changé dans la bouteille.

En 2023, un groupe d’investisseurs a racheté la marque pour la relancer. Elle se vend aujourd’hui en boutique en ligne : 40 dollars la bouteille de 750 ml, 36 en abonnement. Le réseau a disparu, le prix n’a pas bougé. La liste d’ingrédients non plus, et la seule promesse écrite sur le site est la phrase réglementaire qui dit que le produit ne diagnostique, ne traite et ne guérit rien.

La collègue de la salle de pause, elle, avait dépensé environ 900 € en six mois. Elle a arrêté. Elle m’a dit qu’elle se sentait mieux au début, et je la crois : quand on paie 150 € par mois pour une boisson, on fait attention à ce qu’on mange à côté.

Les trois signes qui doivent t’arrêter aujourd’hui

Je regarde trois choses quand on me met un jus « fonctionnel » entre les mains.

Le prix ne s’affiche qu’au flacon ou à l’abonnement. Divise-le par le volume, compare avec le rayon jus du supermarché. Si l’écart dépasse dix, tu paies autre chose que du fruit.

La promesse sort d’une bouche, pas de l’emballage. Retourne la bouteille et cherche la phrase santé. Absente alors qu’on vient de te la dire à l’oral, ce n’est pas un oubli : elle n’est pas autorisée.

L’ingrédient vedette porte un nom déposé au lieu d’un pourcentage. Un fabricant qui met vraiment du fruit dedans écrit le chiffre. Une marque déposée à la place, c’est un rideau.

Et ce qui ne se transpose pas, parce qu’il faut être honnête. Vendre par recommandation n’est pas illégal, et des gens sérieux le font. Ce qui est interdit en France, c’est la vente à la boule de neige : quand ton gain vient du nombre de personnes que tu inscris plutôt que de ce que tu vends. Ça se vérifie en regardant d’où vient l’argent du parrain.

Le jus, lui, n’était pas dangereux. Cher, sucré, sans effet : ça n’en fait pas un poison, et je préfère le dire. Si tu as une question de santé qui te pousse vers ce genre de produit, elle ne se règle pas au rayon : elle se pose à ton médecin.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

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