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Beauté et soins

Le Pueraria mirifica fait-il grossir la poitrine ?

Huit essais cliniques, 309 femmes, et pas une mesure de tour de poitrine. Ce que contient la racine de Pueraria mirifica, pourquoi elle est absente de la liste française des plantes autorisées, et ce qu'elle engage vraiment.

Par Sébastien Reynaud Publié le 1 janvier 2020 6 min de lecture

Tranches de racine tubéreuse séchée posées sur une table d'atelier, à côté d'un flacon de gélules ouvert

Une cliente m’a posé la question sur le marché de Nyons, un jeudi de mars, et j’ai répondu à côté. J’ai dit que je ne connaissais pas, que ça devait ressembler au soja. Les deux moitiés étaient fausses. Le Pueraria mirifica n’a rien d’un soja : sa racine contient les phyto-œstrogènes les plus puissants qu’on ait isolés dans une plante. Et sur la poitrine, la réponse tient en une ligne. Aucun essai clinique publié n’a mesuré un volume mammaire. Ce que la racine fait, elle, c’est de l’hormone.

Je suis allé lire, parce que répondre deux fois à côté m’agace. Rien de ce qui suit ne sort de mes parcelles : je cultive du lavandin, du thym et de l’hélichryse, je n’ai jamais vu un pied de kwao krua. Tout vient des essais publiés, du texte réglementaire français et des dosages faits sur les produits vendus. En revanche, j’y ai reconnu un problème que je connais par cœur : deux racines de la même espèce ne contiennent pas la même chose, et le flacon n’en dit rien.

Ce que contient la racine, et pourquoi la puissance change tout

Le Pueraria mirifica, ou kwao krua blanc, est une liane du nord de la Thaïlande et de la Birmanie. On récolte son tubercule, on le sèche, on le broie. La poudre porte une centaine de composés, dont deux qui font toute l’affaire : le miroestrol et le déoxymiroestrol. Ce sont des benzopyranes, pas des isoflavones. Première différence avec le soja.

La puissance, elle, se mesure. Dans une comparaison de huit phyto-œstrogènes sur cellules mammaires en culture, la concentration qui produit la moitié de l’effet descend à 1 × 10⁻¹⁰ mole par litre pour le déoxymiroestrol, contre 4 × 10⁻⁸ pour la génistéine du soja. Quatre cents fois moins de molécule pour le même effet. Rapporté à l’œstradiol, l’hormone que fabrique l’ovaire, le déoxymiroestrol est environ cinquante fois moins actif ; la génistéine, mille fois.

C’est le mécanisme entier, et il n’y en a pas d’autre. Ces molécules se fixent sur les récepteurs aux œstrogènes, les mêmes que ceux de l’hormone. Le tissu mammaire en porte, l’utérus aussi. Un tissu qui reçoit un signal œstrogénique retient de l’eau, gonfle, et ses cellules se divisent davantage. La fermeté décrite après quelques semaines, c’est ça : de l’eau et de la division cellulaire. Pas de la glande en plus.

Huit essais, 309 femmes, et pas une mesure de poitrine

La revue systématique la plus complète sur cette plante date de 2018. Elle a ramassé les bases internationales et thaïlandaises : huit études, 309 femmes, toutes ménopausées ou en train de l’être. On y a mesuré les bouffées de chaleur, les hormones dans le sang, la muqueuse vaginale et des marqueurs osseux. Pas un centimètre de tour de poitrine.

Et les résultats sur la ménopause eux-mêmes tiennent mal. Les scores de symptômes tombent de moitié dans cinq études, mais presque sans groupe placebo, sur des questionnaires que les participantes remplissent elles-mêmes, avec un risque de biais que les auteurs qualifient d’élevé. Une phrase de leur conclusion vaut pour tout le reste : dans ces essais, ni le principe actif ni la provenance de la plante n’étaient définis. On ne sait donc pas ce que ces femmes ont avalé.

Sur les bouffées de chaleur, il existe donc un signal, mal démontré. Sur le volume de la poitrine, aucune mesure, donc aucune réponse. Un témoignage n’en tient pas lieu : un sein qui gonfle sous œstrogène se dégonfle à l’arrêt, et personne n’a suivi ça sur deux ans.

Deux gélules de la même racine ne contiennent pas la même chose

Là, je suis chez moi. Un thym de plein soleil et un thym d’ombre ne donnent pas la même huile, et je ne parle pas de nuances : le chémotype change, donc les molécules changent. Ça se lit à l’œil nu sur une chromatographie.

Le Pueraria mirifica fait pire, parce que la racine vendue vient souvent de cueillette et pas de culture. Une équipe japonaise a dosé le miroestrol en 2021, dans des matières premières et dans des produits du commerce. Sur cinq racines séchées, une n’en contenait aucune quantité mesurable.

Racine séchée, la plus riche 31,8

Racine séchée, la plus pauvre 15,1

Produit fini, le plus riche 13,6

Produit fini, le plus pauvre 4,0

Miroestrol dosé, en microgrammes par gramme.

Un facteur huit entre le lot le plus riche et le produit le plus pauvre, sur une molécule active à 10⁻¹⁰ mole par litre. Deux boîtes, la même étiquette, la même contenance : l’une ne fait rien, l’autre envoie un signal hormonal réel. Aucune des deux ne le dit.

La liste française des plantes autorisées ne la porte pas

Ce qui peut entrer dans un complément alimentaire est écrit noir sur blanc. C’est l’arrêté du 24 juin 2014, et son annexe I déroule plante par plante ce qui est admis, quelle partie, à quelles conditions. On y trouve bien un Pueraria : Pueraria montana var. lobata, le kudzu, racine, feuille et fleur, avec une condition chiffrée. La portion journalière ne doit pas conduire à plus d’un milligramme d’isoflavones par kilo de poids corporel.

Le Pueraria mirifica, lui, n’y est pas. Ni autorisation restreinte, ni mention : absent. Il n’a pas davantage d’autorisation européenne au titre des nouveaux aliments, et la Finlande a retiré ces produits de son marché dès 2009 pour ce motif. La Corée du Sud les interdit.

Une plante absente de cette liste n’a pas été jugée dangereuse par un comité. Elle n’a pas de dossier, c’est tout. Personne n’a montré qu’un usage quotidien était sûr, et la démonstration revient à celui qui vend.

Envoyer de l’hormone dans un corps qu’on ne connaît pas

Chez le rat, on a une réponse. Une équipe a nourri des rates Donryu avec de la poudre de Pueraria mirifica pendant trente-six semaines, après avoir amorcé chimiquement un cancer mammaire. À la dose intermédiaire, l’incidence d’adénocarcinomes est montée à 35 %, contre 4,8 % chez les témoins. L’utérus s’est dilaté et enflammé. Un rat n’est pas une femme, et un cancer amorcé au laboratoire n’est pas un cancer qui arrive tout seul. L’expérience montre au moins ceci : sur un tissu hormono-sensible, cette racine pousse dans le sens de la croissance.

Chez l’humain, on a des signalements. Dans une enquête publiée en 2022 auprès de Japonaises utilisant des compléments à effet œstrogénique, 16,2 % rapportaient un effet indésirable : saignements en dehors des règles, seins gonflés et douloureux, règles abondantes. Le Japon a classé cette plante parmi les ingrédients qui demandent une attention particulière.

Alors avant de se demander si ça marche, il y a plus bête à se demander. Est-ce que tu sais ce que tu as ? Un antécédent hormono-dépendant dans la famille, un fibrome, une contraception en cours, un traitement de ménopause, ça change tout, et ça ne se devine ni depuis un étal de marché ni depuis un article. Celle-là, c’est ton pharmacien. Il a la liste de ce que tu prends, moi non, et il te répondra en deux minutes.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

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