« Ça fait six semaines que j’en mets tous les soirs et je ne vois rien. La tienne, elle serait plus forte ? »
Non, et je n’en vends pas. Une huile anti-cellulite, c’est une huile végétale dans laquelle on a dilué quelques actifs : caféine, extrait de lierre ou de vigne rouge, essence d’agrume, souvent du menthol ou du gingembre pour la sensation. Dans un flacon de 100 millilitres, tout ça pèse 1 à 5 millilitres. Le reste, ce sont 95 à 99 millilitres de tournesol, d’amande douce ou de noisette. Et ce qui bouge sur ta peau au bout de six semaines, c’est la main qui l’a fait bouger, pas le liquide. L’huile sert à ce que la main glisse. C’est déjà quelque chose. Ça s’arrête là, et le relief remonte dès que tu arrêtes de masser.
Dans une huile anti-cellulite, il y a surtout de l’huile
Je ne formule pas de cosmétique. Je fournis une savonnière à onze kilomètres de chez moi en hydrolats et en macérats, et je m’arrête là. Un flacon, en revanche, je sais le décomposer : j’achète les mêmes huiles végétales en bidon de cinq litres, et je connais les prix.
La porteuse coûte entre 6 et 25 euros le litre. Tournesol désodorisé en bas de la fourchette, amande douce et noisette au milieu, rosier muscat très au-dessus. Les actifs, eux, valent cher au kilo, sauf qu’on les dose à quelques pour cent : leur part dans le flacon reste minuscule. Un flacon de 100 millilitres vendu 19 euros revient à 190 euros le litre. Regarde le prix au litre, tu comprendras tout seul.
| Ce qui est dilué dedans | Ce qu’on lui prête | Ce qui se constate |
|---|---|---|
| Caféine, 1 à 3 % | déstockage local des graisses | mesuré avec le massage, jamais sans |
| Lierre, vigne rouge, marron d’Inde | drainage, circulation | rien de visible sans la main |
| Essence d’agrume | drainage, et l’odeur | tache la peau au soleil |
| Menthol, gingembre, cannelle | activation | du froid ou du chaud, une heure |
Ce qui agit, c’est la pression de ta main
Un palper-rouler sans glissant, tu tiens trois jours. Les doigts accrochent sur la peau sèche, ça tire, ça fait mal, et on abandonne. Avec deux ou trois millilitres d’huile, la main roule, le pli se déplace au lieu de se pincer, et la séance passe de deux minutes à dix. C’est le service que rend l’huile, et il n’est pas mince.
Ce qui se passe ensuite sous la peau n’est pas mon terrain. Je constate ce que constate n’importe qui en le faisant : la peau rougit sous la pression, elle reste chaude un moment, elle paraît plus lisse dans les heures qui suivent. Le sang arrive, le liquide qui stagnait entre les cellules repart en circulation, le gonflement descend. Le lendemain matin, c’est revenu.
Le menthol et le gingembre jouent sur une autre corde, plus courte : ils donnent du froid ou de la chaleur, et cette sensation-là fait croire à un effet. La sensation est réelle. L’effet n’est pas dedans.
Reste la caféine, le seul actif de cette liste sur lequel il existe un peu de littérature. Les essais qui la testent mesurent des centimètres de tour de cuisse, sur des groupes de vingt ou trente personnes, et presque tous demandent aux participantes de masser en appliquant. Deux choses agissent en même temps, on relève un seul résultat, et personne ne peut dire ce qui revient à laquelle.
Pourquoi le relief revient quand tu arrêtes
L’idée qu’une huile déloge un capiton se vend depuis longtemps. Rien n’a jamais été délogé. Que ça s’installe chez l’une et pas chez l’autre est une autre question, et elle se joue dans l’épaisseur de la peau, pas dans un flacon : des cloisons fibreuses tirent la peau vers le bas, les lobules de graisse font saillie entre elles, et une huile n’a aucune raison d’aller couper une cloison. Le massage a déplacé de l’eau. L’eau revient.
La loi dit la même chose à sa façon. Un produit cosmétique n’a pas le droit d’annoncer une fonction qu’il n’a pas, et la Répression des fraudes contrôle ces mentions. Une huile peut écrire qu’elle nourrit et qu’elle laisse la peau lisse. « Élimine la cellulite », personne ne le soutient devant un contrôleur.
Deux personnes, le même flacon, deux résultats
La formule n’y est presque pour rien. C’est la façon de s’en servir qui déplace ce que tu vois, et voici dans quel sens pousse chaque facteur.
| Ce que tu changes | Dans quel sens ça pousse |
|---|---|
| Appuyer jusqu’à faire rougir, ou effleurer | l’effleurage ne déplace rien |
| Trois fois par semaine, ou une | en dessous de trois, rien ne se cumule |
| Dix minutes par jambe, ou deux | sous cinq minutes, la zone n’est pas couverte |
| Arrêter | le relief remonte |
Le pamplemousse sur une jambe qui va voir le soleil
En 2017, une cliente m’a demandé quoi mettre sur sa peau avant d’aller jardiner. J’ai répondu citron, la tête ailleurs. Elle est revenue quelques semaines plus tard avec des taches brunes sur l’avant-bras, qui ont mis des mois à partir. Les essences d’agrumes portent des furocoumarines : sous les UV, ces molécules brûlent la peau à l’endroit exact où on les a posées.
Or l’agrume est partout dans ces huiles. Pamplemousse, citron, mandarine, on les met pour l’odeur autant que pour la promesse drainante. Et on masse des cuisses en mai, la veille d’une journée en short. Cherche la mention « sans bergaptène » ou « FCF » sur le flacon. Sinon, laisse passer douze heures avant d’exposer la zone, et regarde quelles huiles tachent la peau au soleil avant d’ouvrir quoi que ce soit.
Ma réponse, quand on me pose la question sur l’étal
Un demi-litre d’amande douce ou de tournesol désodorisé, en bidon, chez un producteur ou en magasin bio. Trois à cinq millilitres par cuisse, une cuillère à café bombée. Le soir, dix minutes par jambe, trois fois par semaine au minimum. Et tiens six semaines avant de juger : ceux qui voient quelque chose le voient dans cet ordre de temps, personne ne voit rien en dix jours.
Si tu tiens à tes actifs, ajoute-les toi-même en sachant ce que tu mets : 1 ou 2 % sur une surface de peau aussi grande, pas à la louche. Moi, je ne mets rien. J’ai passé vingt et un étés à sortir des essences d’un alambic, et c’est pour ça que je ne me raconte pas d’histoire sur ce qu’une goutte fait à travers une peau.