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Beauté et soins

Pourquoi certaines femmes ont de la cellulite et pas d'autres

Des cloisons de collagène dressées à la verticale, un derme qui s'amincit, des œstrogènes : voilà pourquoi certaines femmes ont de la cellulite et pas leur voisine, aussi mince qu'elles.

Par Sébastien Reynaud Publié le 1 janvier 2020 7 min de lecture

Coupe de peau montrant les cloisons de collagène et les lobes de graisse sous le derme

Pendant dix ans, derrière mon étal du jeudi à Nyons, quand une cliente me demandait quoi mettre contre la cellulite, je répondais cyprès et genévrier, et je parlais de rétention d’eau. Je récitais. Je n’avais rien vérifié, je répétais ce que tout le monde répète. La réponse est sous ta peau et elle n’a rien à voir avec ce que j’y faisais mettre : la graisse y est rangée en compartiments tenus par des cloisons de collagène, et chez la femme ces cloisons montent perpendiculairement vers la surface au lieu de la croiser en biais. Les lobes de graisse remontent entre elles, la peau se creuse là où les cloisons tirent. C’est ça, la peau d’orange.

Le chiffre d’abord, parce que c’est mon métier : il me faut environ 60 kilos de fleurs de lavandin pour un litre d’huile essentielle. Un litre, une parcelle, un été. Ça ne déplace pas une cloison de collagène ancrée à deux centimètres sous la peau, et rien de ce que tu étales dessus ne la déplace non plus. Autant te le dire tout de suite : tu ne trouveras pas ici comment la faire partir. Tu trouveras pourquoi elle est là chez toi et pas chez ta sœur, qui pèse le même poids.

Des cloisons verticales chez toi, obliques chez lui

La graisse est stockée sous le derme, dans l’hypoderme, en lobes. Ces lobes ne flottent pas : des travées de collagène, les septa, relient la face profonde de la peau à l’aponévrose qui court en dessous. Ce sont ces attaches qui décident de tout.

Chez l’homme, elles sont épaisses, nombreuses, croisées en biais. Elles retiennent. Chez la femme, elles sont plus fines et plus souvent dressées à la verticale : elles délimitent des compartiments ouverts vers le haut, et quand un lobe grossit, il n’a qu’une direction où aller, le derme. Il fait saillie. Autour, les cloisons restent tendues et creusent une fossette. Ce relief-là, c’est de la graisse mal contenue, pas de la graisse en trop.

Cloisons verticales chez la femme, croisées chez l'hommeChez ellecloisons verticalesChez luicloisons en biaisMêmes lobes, deux façons de les tenir.

Un travail publié en 2019 a posé des chiffres là-dessus, sur vingt corps donnés à la science, dix hommes et dix femmes. Les hommes portaient en moyenne 10,05 lobes graisseux superficiels contre 7,51 chez les femmes : plus de lobes, donc plus de points d’ancrage entre la peau et la profondeur. Et la force nécessaire pour rompre une cloison atteignait 38 newtons chez les hommes contre 23 chez les femmes. Les auteurs résument le phénomène comme un rapport de forces entre ce qui contient et ce qui pousse. Chez toi, ce qui contient est plus lâche.

Rien là-dedans ne relève de la maladie, et le constat a presque cinquante ans. La première description sérieuse date de 1978, dans une revue de chirurgie dermatologique, sous un titre que je trouve honnête : « la soi-disant cellulite, une maladie inventée ». Ses auteurs la disaient déjà normale chez la femme, et inévitable.

Le pincement qui dit à quel stade tu en es

Ces mêmes auteurs ont laissé une échelle qu’on utilise encore, et tu peux te situer seule en trente secondes.

Stade 1, la peau est lisse debout et les capitons n’apparaissent que si tu pinces un pli entre deux doigts. Stade 2, le relief se voit debout, sans rien toucher. Stade 3, il reste visible allongée, quand la peau n’est plus tirée par le poids de la jambe.

Ça décrit, ça ne diagnostique rien. Le stade 1 concerne à peu près toutes les femmes après la puberté, et tu passes sans doute ton temps à comparer un stade 1 à une photo retouchée.

Pourquoi ta voisine aussi mince que toi n’en a pas

L’hérédité d’abord, le facteur que tout le monde sent sans savoir le nommer. Une étude parue en 2010 a comparé 200 femmes minces qui avaient de la cellulite à 200 femmes du même âge et du même IMC qui n’en avaient pas. Vingt-cinq variants génétiques testés, deux qui ressortent, des effets petits. Ça se transmet, et aucun gène ne décide à lui seul.

Les œstrogènes ensuite, et là le raisonnement est propre. La cellulite arrive à la puberté, elle bouge avec la grossesse, la contraception, la périménopause. Et l’homme n’en fait pas, sauf s’il manque d’androgènes ou s’il reçoit un traitement œstrogénique : le papier de 1978 le notait déjà. Quand un caractère apparaît chez l’homme au moment précis où on lui donne des hormones féminines, on tient quelque chose.

Reste l’épaisseur du derme. Elle diminue avec l’âge, indépendamment du sexe, mesuré dans ce même travail de 2019. Un derme fin ne fabrique pas de cellulite, il arrête de la masquer : c’est pour ça qu’à 45 ans on la découvre là où on ne la voyait pas à 25.

Ce qui changeVers quoi ça pousse
Cloisons verticalesplus de relief
Œstrogènesplus de relief
Lobes volumineuxplus de relief
Attaches peau-fasciamoins de relief
Derme épaisrelief masqué
Âgerelief démasqué

Maigrir ne suffit pas, et chez les plus minces ça peut empirer

Ce résultat-là m’a fait relire deux fois, et il date de 2006. Des chercheurs ont suivi des femmes en programme d’amaigrissement encadré, en mesurant le relief de la cuisse au scanner de surface plutôt qu’en le notant à l’œil.

La majorité a vu sa cellulite s’améliorer. Pas toutes. Chez celles qui ont empiré, on retrouve trois choses : un IMC de départ plus bas, une perte de poids plus faible et aucune baisse du pourcentage de graisse à la cuisse. Leur tissu était devenu plus mou, plus déformable. La peau se vide un peu, elle se détend, le relief ressort davantage.

Donc non, la minceur ne la fait pas disparaître, et chez les plus minces ça s’inverse. Une femme qui a déjà peu de graisse n’a rien à retirer sous sa peau ; ce qu’elle perd en maigrissant, c’est la tension qui lissait la surface.

Ce que je racontais sur la rétention d’eau, et ce qui reste flou

En 2002, une équipe de recherche cosmétique a passé des cuisses à l’IRM et mesuré, par spectroscopie, ce qu’il y avait dans un lobe de graisse : part d’eau, part de lipides. Aucune différence, ni entre hommes et femmes, ni entre femmes avec et sans cellulite. L’eau en excès dans le tissu graisseux, ils ne l’ont pas trouvée. Les auteurs laissent une porte ouverte, et je la laisse avec eux : cette eau se tiendrait dans les cloisons elles-mêmes, qu’ils ne mesuraient pas.

C’est la même étude qui abîme le schéma que je viens de te faire. Les cloisons ne forment pas des plans bien rangés, verticaux chez la femme et inclinés à 45 degrés chez l’homme : le réseau est tortueux. Ajoute que les mesures de force de 2019 viennent de vingt corps dont l’âge moyen était de 76 ans, et que l’étude génétique porte sur 400 femmes, une fois.

La direction tient. Le détail, non. Et quand on te vend un flacon en t’expliquant le détail, c’est le moment de retourner l’étiquette.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

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