Vient de paraître Pourquoi on pleure : ce que la larme fait, et ne fait pas

Nutrition et alimentation

Médicaments pour maigrir : Reductil suspendu, Alli disparu, Xenical toujours là

Sur les trois médicaments pour maigrir que tout le monde cite, un seul se trouve encore en pharmacie française. Le déroulé exact, les chiffres des agences et les dates de chaque décision.

Par Nathalie Delcourt Publié le 1 janvier 2020 6 min de lecture

Un tiroir de comptoir de pharmacie ouvert et vide, ses séparateurs de bois usés, une balance à plateaux de laiton posée à côté sur le zinc

Longtemps, j’ai cru qu’un médicament vendu sans ordonnance était un médicament sur lequel la discussion était close. Le pharmacien te le donne, tu le prends, personne ne se pose plus de question. Trois boîtes m’ont montré le contraire. L’une d’elles est restée neuf ans dans les pharmacies françaises avant d’en sortir.

Reductil, Alli, Xenical : en août 2026, un seul des trois se trouve encore en pharmacie en France, et il faut une ordonnance pour l’avoir. Les deux autres ont disparu, mais pas pour la même raison. Je ne suis pas pharmacienne, je cuisine pour 3 800 personnes par jour. Ce que je peux faire, c’est te raconter ce que les agences ont écrit, avec les dates.

Trois noms de boîte, deux molécules seulement

La sibutramine travaille dans le cerveau. Elle empêche deux messagers, la sérotonine et la noradrénaline, d’être repris par les cellules nerveuses. Leur quantité augmente, et la sensation d’être rassasié après un repas arrive plus vite. C’est l’Agence européenne du médicament qui le décrit comme ça, dans son document de suspension.

L’orlistat ne monte jamais jusqu’au cerveau. Il reste dans l’intestin et bloque une partie des enzymes qui découpent les graisses du repas. Ce qui n’est pas découpé n’est pas absorbé, et repart dans les selles. Ça, je le comprends sans effort : c’est de la mécanique de digestion. Alli et Xenical contiennent exactement la même molécule, à deux dosages différents, 60 mg et 120 mg.

En France, la boîte ne s’appelait pas Reductil

Reductil est la marque sous laquelle la sibutramine s’est vendue dans plusieurs pays d’Europe. En France, elle portait un autre nom sur la boîte : Sibutral, commercialisé depuis juin 2001. L’Agence européenne en recense quinze au total pour cette seule substance, dont Meridia, Lindaxa, Ectiva et Zelixa.

Même molécule, mêmes gélules de 10 et 15 mg, quinze étiquettes. Le nom que tu tapes n’a jamais été délivré chez ton pharmacien, et pourtant c’est bien ce produit-là que tu cherches.

Huit ans entre la question posée et la réponse rendue

Le comité européen des médicaments à usage humain avait déjà examiné la sibutramine en 1999, puis en 2002, à cause de ses effets sur la tension et sur le rythme cardiaque. Les deux fois, il a conclu que le bénéfice l’emportait. Mais en 2002, il a demandé au laboratoire une étude de sécurité chez des patients à risque cardiovasculaire, avec un point d’avancement tous les six mois.

Cette étude s’appelle SCOUT. Démarrée en 2002, elle a suivi environ 9 800 patients pendant six ans au maximum et comptait les infarctus, les accidents vasculaires cérébraux et les arrêts cardiaques.

En octobre 2009, le comité indépendant chargé de surveiller l’essai a prévenu l’Agence : les résultats préliminaires montraient plus d’accidents cardiovasculaires sous sibutramine que sous placebo. L’agence allemande du médicament a ouvert la procédure en novembre 2009, l’avis européen est tombé en janvier 2010, la décision de la Commission européenne le 6 août 2010.

Reste la question du bénéfice. Le comité l’a chiffré lui aussi, toutes études confondues : deux à quatre kilos de plus qu’avec un placebo, en moyenne, sans certitude que la perte tienne après l’arrêt du traitement. Huit ans de commercialisation pour deux à quatre kilos.

Ce que la sibutramine a laissé derrière elle en France

Le communiqué de l’Afssaps du 21 janvier 2010 donne les chiffres français, et ils sont plus petits qu’on ne l’imagine. Environ 5 500 personnes traitées par Sibutral en 2009. Une soixantaine de signalements d’effets indésirables depuis la mise sur le marché, remontés par les centres régionaux de pharmacovigilance. Moins de la moitié concernaient le cœur ou les vaisseaux, dont cinq cas graves : troubles du rythme, hypertension, tachycardie. Un décès, chez une femme obèse d’une soixantaine d’années.

Une soixantaine de signalements en neuf ans, ça paraît peu. C’est justement le problème. Un effet rare ne se voit pas dans les remontées spontanées, il se voit dans une étude construite pour le chercher, sur dix mille personnes. Il a fallu construire cette étude, la mener, l’analyser, puis décider.

Alli n’a pas été interdit, il a été arrêté

Alli, c’est l’orlistat à 60 mg. Il est arrivé dans les pharmacies françaises le 6 mai 2009, en vente sans ordonnance, pour les adultes à partir d’un indice de masse corporelle de 28, avec une durée d’utilisation limitée à six mois.

En 2011, l’agence française l’a placé sous surveillance renforcée après des cas d’atteinte du foie. Une réévaluation européenne a suivi, ouverte à la demande de la France. Sa conclusion, rendue en 2012 : pas de preuve convaincante que l’orlistat augmente le risque de lésion hépatique grave, rapport bénéfice-risque toujours favorable, et notices harmonisées sur ce point pour toutes les spécialités.

Alli pouvait donc rester. Il est parti par une autre porte. Rupture d’approvisionnement en principe actif en janvier 2012, puis décision du laboratoire de ne pas relancer la vente en France. Pas d’interdiction, pas de retrait sanitaire, pas de scandale. Une décision commerciale, prise dans un pays qui sortait de l’affaire du Mediator et où plus personne ne voulait vendre une pilule minceur en rayon libre.

Ce que ces trois cas t’apprennent, et ce qu’ils ne disent pas

Xenical, lui, n’a jamais bougé. Son autorisation date du 29 juillet 1998, sa commercialisation du 28 septembre 1998, et la base publique des médicaments le donne toujours actif au 3 août 2026 : sur ordonnance uniquement, prix libre, non remboursable. Il existe des génériques d’orlistat 120 mg, au même statut.

La sibutramine, elle, n’a pas disparu de la circulation. Le 11 avril 2023, l’ANSM a suspendu la vente de trois produits présentés comme des tisanes et gélules « détox », après une vingtaine de signalements graves : arythmies, poussées de tension, tachycardie, vertiges, crises d’épilepsie. L’analyse a retrouvé dedans de la sibutramine et du sildénafil, non déclarés sur l’étiquette. Une molécule retirée du marché en 2010 se retrouve treize ans plus tard dans un sachet vendu en ligne, sans que personne ait signé une ordonnance.

Depuis le 15 juin 2026, deux traitements de l’obésité peuvent être remboursés en France sous conditions, avec un formulaire à remplir par le médecin à chaque délivrance et une première prescription réservée à certains spécialistes. On est loin de la boîte qu’on attrape au comptoir.

Aucune de ces trois histoires ne dit qu’un médicament pour maigrir serait dangereux par nature. Elles disent quelque chose de plus embêtant. La vente libre ne renseigne pas sur le risque, et les années passées en rayon non plus. Sibutral a été vendu neuf ans avant qu’on sache. Alli est parti sans qu’on lui reproche rien.

Et le reste ne me regarde pas. Si ton poids t’inquiète, la personne à qui en parler porte une blouse, pas un tablier. Moi je te dis ce qu’il y a dans l’assiette, ce que ça coûte au kilo et combien de temps ça prend à cuire.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

À lire aussi dans « Nutrition et alimentation »

Toute la rubrique « Nutrition et alimentation »

Ailleurs sur le site

Revenir à l'accueil

Ce site n'est pas un cabinet médical

On y décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Un symptôme qui dure ou qui revient se montre, il ne se cherche pas en ligne.

Qui écrit ici