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Nutrition et alimentation

Capteur de graisses en pharmacie : ce qu'il y a dans la boîte

Un capteur de graisses de pharmacie, c'est une fibre qui colle aux lipides du repas. Le statut écrit sur la boîte décide de ce qui a été vérifié avant la vente.

Par Nathalie Delcourt Publié le 1 janvier 2020 6 min de lecture Avec un calculateur

Une cuillère à soupe remplie d'huile et trois comprimés blancs posés sur une assiette.

Le mercredi 4 février, à l’atelier du centre social, une boîte a atterri sur la table entre mon sac de lentilles et la balance. Capteur de graisses, acheté en pharmacie la veille. Ces comprimés contiennent une fibre végétale qui se lie à une partie des graisses du repas dans l’intestin, et cette part ressort dans les selles au lieu de passer dans le sang. Rien n’est capté au sens où on l’imagine. Ça colle, ça reste dans le tube digestif, ça sort.

D’une boîte à l’autre, la fibre change peu. Ce qui change, c’est le mot écrit en petit sur le côté : dispositif médical, complément alimentaire, médicament. Chacun de ces trois mots correspond à une procédure de contrôle avant la mise en rayon, à une liste de ce que le fabricant a le droit d’imprimer, et à une adresse où signaler un problème. Sur la même étagère, à trente centimètres d’écart.

Ce que la fibre fabrique dans l’intestin

La fibre employée dépend des marques. Le complexe le plus vendu en France associe gomme d’acacia et feuille de nopal, un cactus. D’autres boîtes utilisent du chitosane, tiré de la carapace des crustacés. Le principe ne bouge pas : au contact des lipides déjà émulsionnés par la bile, la fibre gonfle et forme avec eux un agrégat trop gros pour franchir la paroi de l’intestin. L’agrégat descend et sort.

Ça se mesure dans les selles. La publication disponible sur ce complexe porte sur vingt personnes : environ 15 grammes de graisses par jour retrouvées dans les selles du groupe traité, contre 4 grammes dans le groupe placebo. L’écart fait 11 grammes. Onze grammes d’huile, c’est une cuillère à soupe, à peu près cent calories. Sur la boîte, on lit « jusqu’à 28 % des graisses ingérées ».

La fibre ne trie pas, et c’est le point que personne ne t’explique au comptoir. Elle ne sait pas distinguer le gras d’un steak d’une vitamine qui voyage avec le gras. Retourne la boîte et lis la composition : il y a des vitamines A, D et E ajoutées dedans. Elles ne sont pas là pour te faire du bien. Elles sont là pour compenser ce que la fibre emporte au passage. Les précautions disent la même chose dans l’autre sens, en demandant de ne rien avaler de liposoluble dans les deux heures, une pilule contraceptive par exemple. Ce qui accroche le gras accroche aussi ce qui voyage dedans.

Trois statuts, trois contrôles

Un médicament pour maigrir agit sur une enzyme : l’orlistat bloque les lipases de l’estomac et du pancréas, celles qui découpent les graisses avant absorption. Un dispositif médical n’a pas ce droit. Sa définition européenne exige un effet principal mécanique, pas pharmacologique ; une fibre qui colle reste mécanique, une enzyme bloquée ne l’est plus. Depuis le règlement 2017/745, applicable depuis mai 2021, ces produits avalés ne s’auto-certifient plus : le numéro à quatre chiffres imprimé à côté du sigle CE est celui de l’organisme qui a examiné le dossier.

Ce qui est écrit sur la boîteContrôlé avant la vente parCe qu’il a le droit de promettreOù se signale un effet indésirable
Médicamentl’Agence du médicament, sur dossier cliniquece que dit son autorisation de mise sur le marchépharmacovigilance
Dispositif médicalun organisme notifié, sur la performance annoncéela performance mécanique du dispositifmatériovigilance
Complément alimentairepersonne, une déclaration suffitle registre européen des allégations, rien d’autrenutrivigilance de l’Anses

Le complément alimentaire ne passe par aucune de ces deux portes. Une déclaration au service de la répression des fraudes avant la première vente, rien de plus ; sa seule contrainte sérieuse porte sur ce qui est imprimé sur l’emballage. Les médicaments, eux, ont leur propre histoire, que je raconte dans ce que sont devenus les médicaments pour maigrir.

« Capteur de graisses » n’existe dans aucun texte

Ni le règlement des dispositifs médicaux, ni le registre européen des allégations, ni le code de la santé publique n’emploient cette expression. C’est un mot de rayon, choisi parce qu’il fait entendre un aimant. Le mécanisme réel est un collage partiel qui laisse filer le reste. Personne n’a menti. On a gardé le mot qui fait image.

Ce que le registre européen autorise, et ce qu’il refuse

L’autorité européenne de sécurité des aliments a examiné deux dossiers demandant de pouvoir écrire que le chitosane réduit la masse corporelle. Les deux ont été refusés. Le seul feu vert obtenu par cette fibre porte sur le maintien d’un taux normal de cholestérol LDL, à 3 grammes par jour : du cholestérol, pas du poids.

Une seule fibre a décroché une allégation liée à la perte de poids, le glucomannane, avec ses conditions écrites noir sur blanc : 3 grammes par jour, en trois prises, et dans le cadre d’un régime hypocalorique. Elle ne capte d’ailleurs rien, elle gonfle avec l’eau et elle cale. Aucune allégation autorisée ne parle de capturer les graisses d’un repas. Passer sa boîte en dispositif médical permet de sortir de ce registre : le fabricant ne rédige plus une allégation de santé, il décrit la performance d’un dispositif. C’est légal, et ça relève d’un autre rayon du droit.

Les trois lignes à lire avant de payer

La première est le statut, en petit, souvent au dos près du code-barres. La deuxième est la fibre et son grammage : multiplie la quantité par comprimé par le nombre de comprimés quotidiens, et compare aux 3 grammes qui reviennent dans les dossiers européens. La troisième est le paragraphe des précautions, celui que personne ne lit, où se trouvent l’allergie aux crustacés et le délai à respecter avec les autres médicaments. Trois lignes, deux minutes debout dans le magasin.



Ce qui n’est pas tranché

Un essai enregistré sur 166 participants n’a jamais publié ses résultats. Tant qu’ils ne sortent pas, la seule donnée solide reste ce comptage de graisses dans les selles, sur vingt personnes, sur quelques jours. Combien de kilos au bout de trois mois, dans une vraie vie avec des repas de famille et des semaines fatigantes : je n’en sais rien, et méfie-toi de qui te donne un chiffre.

Si tu prends quelque chose et que ça se passe mal, ballonnements qui durent ou selles grasses, ça se signale. Les deux vigilances passent par le même portail de signalement des événements sanitaires, et c’est ce genre de déclaration qui fait bouger une notice : la nutrivigilance de l’Anses a enregistré 478 déclarations en 2024 et lancé neuf alertes. Pour savoir si ce produit a sa place dans ton cas, va voir ton médecin ; moi, je te dis ce qu’il y a dans la boîte.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

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