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Beauté et soins

Comment réussir sa leçon de maquillage en boutique

Une leçon de maquillage en boutique dure 45 minutes à 1 h 30 et se paie 75 à 100 euros, déduits de tes achats du jour. Ce que tu en gardes se joue sur trois phrases dites au moment de réserver.

Par Sébastien Reynaud Publié le 1 janvier 2020 6 min de lecture Avec un calculateur

Pinceaux à maquillage alignés sur un comptoir de boutique, à côté d'une fiche de visage dessinée

« C’est offert, donc c’est un piège à vente. » C’est ce qu’on me répond dès que je parle de ces rendez-vous, et c’est vrai à moitié. Une leçon de maquillage en boutique se termine par une proposition d’achat, sans exception. Chez Bobbi Brown, ce sont 45 minutes facturées 75 euros, déduits de ce que tu achètes ce jour-là.

Ça ne dit rien de ce que tu en retires. J’ouvre ma distillerie le samedi matin depuis 2012, j’y ai reçu quatorze classes et je ne compte plus les particuliers, et je vends des flacons à la fin. Ce que les gens emportent dépend de ce qu’ils ont fait pendant l’heure. Ceux qui ont regardé gardent un souvenir. Ceux qui ont mis les mains dans la cuve gardent un geste. Une leçon de maquillage obéit à la même mécanique, et ça se décide avant d’entrer dans la boutique.

Ce que tu dois avoir en repartant de la leçon

Un numéro de teinte de fond de teint, écrit noir sur blanc, valable dans la gamme de cette marque-là et nulle part ailleurs.

L’ordre dans lequel les produits se posent : correcteur puis anti-cernes, anti-cernes jamais recouvert de fond de teint, poudre en dernier. Cet ordre ne dépend d’aucune marque et il te suivra vingt ans.

Et un geste, un seul, que tu as fait de ta main pendant la séance et que tu sais refaire le lendemain matin.

Le reste ne se transporte pas : le visage terminé, la photo, l’heure agréable. Ça ne règle rien non plus si ta peau te pose un problème installé, rougeurs qui reviennent, boutons qui s’accrochent, et je préfère te le dire tout de suite plutôt qu’en bas de page. Ça, c’est un médecin, et il te réglera la question en une consultation.

Ce que la leçon te coûte vraiment

75 euros remboursables en produits, ce ne sont pas 75 euros rendus. Ce sont 75 euros à dépenser chez cette marque, au prix de cette marque, dans la journée. Le coût de ton heure, c’est l’écart entre ce que tu aurais acheté de toute façon et ce que tu poses sur le comptoir en sortant.

FormuleDuréeCe que tu paies
Séance flash au comptoir d’une parfumerie15 minrien, et on te propose les produits posés
Leçon en boutique de marque45 min75 €, déduits de tes achats du jour
Leçon longue1 h 30100 €, convertis en bon d’achat

Je vends 70 % de ma récolte en vrac à un négociant. Le même litre, reconditionné en flacons de 10 millilitres, arrive huit fois plus cher chez le consommateur. Ça ne rend pas le flacon malhonnête : l’étiquette, le verre ambré et le magasin se paient, et je le sais d’autant mieux que j’en vends aussi. Mais quand on m’annonce qu’on m’offre quelque chose, je regarde le prix au litre et je comprends tout seul. Pose ce chiffre avant d’y aller : combien tu dépenses en maquillage dans une année.




Réserve tôt, et dis ce que tu veux dès l’appel

Les créneaux sont rares. Deux jours par semaine dans certaines boutiques, deux rendez-vous par jour, le samedi souvent gardé pour les mariées. Compte plusieurs semaines d’attente, et davantage en novembre et en décembre.

Au téléphone, dans cet ordre :

  1. « Je veux apprendre à le refaire, je ne viens pas me faire maquiller. » C’est la seule qui change le contenu de l’heure.
  2. « Je ferai la moitié du visage moi-même. » Ça se dit à la réservation, pas quand la maquilleuse a déjà le pinceau en main.
  3. « Je viens pour le teint. » Ou les yeux, ou les sourcils. Trois quarts d’heure ne couvrent pas un visage entier correctement, et vouloir tout voir revient à ne rien retenir.

Arrive démaquillée, avec tes pinceaux

Démaquillée de chez toi. Sinon le premier quart d’heure part à te démaquiller avec les lingettes de la maison, qui piquent les yeux et qu’on n’a pas choisies. Ce quart d’heure-là, tu le paies au même prix que le reste.

Apporte tes propres pinceaux et les deux ou trois produits que tu utilises tous les matins. Une maquilleuse qui voit ton matériel te dira ce qui cloche dedans : un pinceau qui a perdu sa forme, un fond de teint deux tons trop clair acheté sous une autre lumière. Cette phrase-là vaut souvent la démonstration entière. On te posera aussi des questions sur ta routine et sur le type de peau que tu as ; réponds avec ce que tu observes le matin, pas avec ce qui est imprimé sur ton pot.

L’étape qui décide : la moitié du visage

C’est là que la plupart des séances se perdent. Le déroulé habituel, c’est la maquilleuse qui pose tout en expliquant à mesure. Tu regardes, tu trouves ça très bien fait, tu rentres chez toi. Le lendemain devant ton miroir, tu ne sais pas par où commencer. Une cliente a raconté la sienne en une phrase qui vaut avertissement : un cours magistral plutôt qu’un apprentissage.

Le remède ne coûte rien et tient à ton insistance. Elle fait un œil, tu fais l’autre, miroir à la main, pendant qu’elle est encore là pour rattraper. Pareil pour l’anti-cernes, pareil pour le fond de teint. Ça ralentit tout. Vous couvrirez moins de terrain dans les 45 minutes, et tant mieux : deux gestes que tu tiens battent dix gestes que tu as vus faire.

Si on te répond que ce n’est pas prévu comme ça, insiste une fois. Si la réponse ne bouge pas, tu sais où tu es : c’est une prestation de maquillage, et ça se décide en connaissance de cause.

La fiche de fin est une liste de courses

À la sortie, on te remet une face chart : un visage dessiné, avec la référence de chaque produit posé sur toi. C’est précieux pour retrouver ta teinte six mois plus tard. Ça ne t’apprend rien. Une référence n’est pas un geste.

Complète-la à la main, debout au comptoir, avant de sortir :

  • l’ordre de pose, numéroté ;
  • quel pinceau pour quel produit ;
  • la quantité, en objets : une noisette, un grain de riz, une tête d’allumette.

La quantité s’oublie en premier et c’est elle qui rate en premier. Deux minutes de stylo. Personne ne te les refusera.

Refais tout seule dans les 48 heures

Le contrôle est là, il ne coûte rien, et il tranche.

Dans les deux jours, tu reprends le visage complet, chez toi, la fiche posée à côté du lavabo. Ce qui sort correct, tu l’as acquis. Ce qui coince, tu le notes le jour même : c’est ça qu’il faudra demander la prochaine fois, ou chercher ailleurs.

Passé une semaine, le geste est parti. Mon oncle a mis quatre étés à m’expliquer pourquoi il arrêtait une chauffe au moment où il l’arrêtait. Je n’ai rien compris avant le jour où il m’a laissé la main sur l’essencier. Regarder quelqu’un faire ne fabrique aucune mémoire.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

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