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Nutrition et alimentation

Témoignage de perte de poids : le produit miracle est une pub

Le nombre de kilos n'a pas le droit d'être écrit sur la boîte. Il est donc déplacé dans la bouche d'une femme qui n'existe pas. Les six pièces du montage, et ce que payent vraiment les 4,95 € de frais de port.

Par Nathalie Delcourt Publié le 1 janvier 2020 7 min de lecture Avec un calculateur

Trois flacons de gélules identiques et sans étiquette, alignés sur une table de cuisine.

4,95 €. C’est tout ce qu’on te demande, tout en bas de la page, pour recevoir trois flacons « offerts » : les frais de port. Au-dessus, il y a une femme de 42 ans, deux enfants, des photos avant-après et une émission de télévision qui aurait tout déclenché. Cette femme n’existe pas. Et le nombre de kilos qu’elle annonce se trouve dans sa bouche pour une raison très précise : il n’a pas le droit d’être ailleurs.

Un contenu rédactionnel financé par le vendeur et présenté comme un article, sans que rien ne le signale au lecteur, porte un nom dans le code de la consommation : pratique commerciale trompeuse. Une fois que tu sais dans quel ordre les pièces sont posées, tu ne peux plus lire ces pages autrement.

Le nombre de kilos n’a pas le droit de figurer sur la boîte

Sur l’emballage d’un complément alimentaire, sur son site, dans sa publicité, il est interdit de faire référence au rythme ou à l’importance de la perte de poids. La fiche de la DGCCRF sur l’étiquetage des compléments alimentaires prend même l’exemple mot pour mot : « Perdez 3 kilos en 10 jours ». L’interdiction vient du règlement européen 1924/2006, applicable depuis 2007, et elle couvre toute la communication commerciale, pas seulement l’étiquette.

Le vendeur ne peut donc pas écrire « 12 kilos en huit semaines » sur son flacon. Alors il le fait dire. Le témoignage sert exactement à ça : il déplace le chiffre du fabricant vers la bouche d’une inconnue, où il cesse d’être une promesse pour devenir un souvenir. Toute la page est bâtie autour de ce déplacement.

Ça marche parce qu’un récit se lit sans défense, là où un argumentaire de vente met tout le monde en alerte. Rien à voir avec la naïveté. J’ai ouvert une de ces pages en sachant très bien ce que j’allais y trouver, et je suis quand même descendue jusqu’au bouton pour voir le prix.

Les six pièces, dans l’ordre où on te les sert

Elles arrivent toujours dans le même ordre, et chacune répond à une objection que tu n’as pas encore formulée.

La pièceCe qu’elle te fait admettreCe qui la trahit
Un prénom, un âge, une villequelqu’un comme toila ville suit le pays qui affiche la page
Sa photoelle existela même image ailleurs, sous d’autres prénoms
Les clichés avant-aprèshuit semaines ont passémême mur, même lumière
Les logos de journauxla presse en a parléaucun n’est cliquable
Les commentairesd’autres ont essayédatés d’hier, tous les jours
Le compte à reboursdécide maintenantdemain, il finit demain soir

Aucune de ces pièces ne coûte cher à fabriquer. Une page se duplique en quelques heures : on change le nom du produit, on change le prénom de la femme, on recopie le reste.

Toutes ne finissent pas au même endroit, et c’est la seule chose qui varie vraiment. Certaines livrent bel et bien un flacon, et se contentent du prélèvement mensuel derrière. D’autres n’envoient rien et ferment en trois semaines. Quelques-unes renvoient vers un vendeur français en règle sur son étiquetage, qui a acheté du trafic à un affilié et ne sait même pas à quoi ressemble la page qui t’a amenée chez lui.

La photo avant-après se vérifie en trente secondes

Fais-le une fois, tu ne pourras plus t’en empêcher.

Clic droit sur la photo, « rechercher l’image ». Ton navigateur te rend les autres pages où elle apparaît. Je l’ai fait sur trois pages : la même femme s’appelait Sandrine ici, Elena là, et vendait une crème antirides sur la troisième. Ces photos sortent de banques d’images, à quelques euros pièce.

Regarde aussi les deux clichés côte à côte. Même mur, même carrelage, même heure de la journée, même lumière. Sur le premier, le dos est rond et le ventre relâché. Sur le second, les épaules sont en arrière. Huit semaines ne se sont pas écoulées entre les deux prises de vue. Huit minutes, plutôt.

Les 4,95 € servent à enregistrer ton numéro de carte

Expédier trois flacons coûte plus de 4,95 €. L’opération ne devient rentable que si quelque chose se déclenche derrière, et c’est bien ce qui est prévu.

En saisissant ta carte pour ces frais de port, tu valides le plus souvent un abonnement : une case déjà cochée, une ligne dans des conditions générales que personne ne lit, et un prélèvement mensuel qui démarre dès la fin de « l’essai », deux semaines plus tard. Les gens s’en aperçoivent au deuxième relevé, parfois au quatrième.




Sur ce point, la loi française est nette. L’article L121-17 du code de la consommation oblige le vendeur à recueillir ton consentement exprès pour tout paiement qui s’ajoute au prix principal. Une case pré-cochée n’a jamais valu consentement exprès, et les sommes prélevées de cette façon doivent t’être remboursées. Va voir ta banque avec les relevés, fais opposition, signale la page sur SignalConso. Le remboursement n’arrive jamais tout seul, mais il s’obtient.

Le nom de la molécule change, la page ne change jamais

Il y a eu la baie d’açaï, revendue aussi en jus de particulier à particulier. Puis la cétone de framboise, le garcinia, le café vert, et maintenant des gommes à mâcher colorées. Le principe actif tourne tous les deux ou trois ans, le temps que les moteurs de recherche se remplissent de plaintes sur le nom précédent.

Ce qui ne bouge pas : la femme qui raconte, le chiffre dans sa bouche, le compte à rebours, les frais de port. Quand tu reconnais la charpente, le nom du produit devient une information inutile.

Ce que le contrôle attrape, et où il s’arrête

En 2023, la DGCCRF a contrôlé 270 établissements du secteur des compléments alimentaires, du fabricant au distributeur. Un sur trois présentait une anomalie, et « les allégations faisant référence à l’importance de la perte de poids » figurent noir sur blanc dans la liste des manquements relevés. Le bilan a été publié le 3 novembre 2025.

Ces contrôles portent sur des opérateurs installés en France. La page que tu viens de lire, elle, est hébergée ailleurs, sous des sociétés qui changent de nom et de pays.

En avril 2011, l’agence américaine chargée du droit de la consommation a poursuivi dix exploitants de ces faux sites d’information à l’açaï. L’affaire s’est réglée contre environ 9 millions de dollars. Les pages ont continué, avec un autre nom de plante.

Moi, je n’ai jamais ouvert un de ces flacons et je ne te dirai pas ce qu’il y a dedans. Ce que je sais lire, c’est une page de vente et un prix. Le reste, ton poids, ce que ton corps encaisse ou pas, c’est ton médecin.

Ce que tu lis ici décrit des mécanismes et des gestes du quotidien. Rien n'y remplace un médecin, et un symptôme qui dure ou qui revient se montre plutôt qu'il ne se cherche en ligne.

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